SOUKOTH DANS LA VIE JUIVE
Soukoth dans la vie juive


Extrait de : SOUKOTH - MATERIEL DE DOCUMENTATION ET SUGGESTIONS D'ACTIVITES, édité par le Département de la Jeunesse et du Hehaloutz de l'Organisation Sioniste Mondiale sous la direction d'Eliahou Eilon

SOUKOTH, FETE DE LA JOIE

Le mois de Tishri est le premier de l’année juive, et le plus riche en fêtes et solennités : Rosh Hashana (1er et 2 du mois) ; Yom Hakipourim (le 10 du mois) ; et Soukoth (le 15 Tishri), qui dure sept jours et se prolonge par Shemini Atsereth et Sim'hath Torah. Fêtées le 22 et le 23 Tishri en Diaspora; ces deux dernières solennités sont célébrées ensemble le 22 Tishri en Israël.

Les dix premiers jours du mois sont appelés les "Jours redoutables", jours de gravité, de recueillement et de retour sur soi que conclut - au terme d'une gradation insensible vers la sainteté, la pureté, la pénitence et le pardon - la journée solennelle du Yom Hakipourim.

Rosh Hashana et Yom Hakipourim sont des solennités empreintes de gravité et d’austérité, tandis que Soukoth et Sim'hath Torah sont célébrées sous le signe de la joie et de l’allégresse. On les appelle Zmanei sim'hatenou : "temps de notre joie".

A la suite de Pessah et de Shavouoth, Soukoth est la troisième des fêtes pèlerinage : lorsque le Temple existait, le peuple s'y rendait en procession au cours de ces trois fêtes, pour apporter des offrandes sur l'autel. Pour cette raison, la Torah désigne ces trois solennités sous le nom de : "fêtes de Dieu".

La fête en elle-même porte plusieurs noms. La Bible l'appelle 'Hag HaSoukoth (fête des tentes ou fête des cabanes), 'Hag Haassif (fête de la récolte) ou simplement He'hag, c’est-à-dire : la Fête par excellence, celle ou la joie est la plus franche.

En effet, à Pessah, la Torah (Deutéronome 16) ne nous ordonne guère explicitement de nous livrer à la joie. A l'occasion de Shavouoth, il nous est prescrit une seule fois : "Et tu te réjouiras devant l'Eternel ton Dieu..." tandis qu'à Soukoth les invitations à la joie et à l’allégresse apparaissent trois fois.


LES EVENEMENTS QUI MARQUENT LA FETE



LA SOUKA


Couverte uniquement de feuillage, la souka se dresse directement sous la voûte du ciel, refusant de l'arbre ou du toit de la maison la protection et l'ombrage. Parfois, elle est perchée sur un balcon dont elle utilise la barre d'appui et le mur, ou bien elle occupe une pièce dans l'appartement, située immédiatement sous le toit, dont on a remplacé momentanément les tuiles par la verdure. C'est cette voûte rustique, le sekhah -impliqué dans le mot souka- qui représente la partie la plus importante. Seuls y sont admis branchages et feuillages, soutenus par des lattes en forme de claie. Ils sont suffisamment fournis pour que l'ombre qu'ils projettent sur le sol soit plus étendue que le jour qui parvient à les traverser. Par ses interstices, on peut cependant la nuit, apercevoir les étoiles et le sekhah n'est pas assez épais pour s'opposer à la pluie.

Pendant les sept jours, la souka remplace littéralement la demeure habituelle. On y prend tous ses repas, sauf s'il pleut ou si le temps est trop rigoureux. Sont en effet dispensés du commandement d'habiter dans la souka tous ceux qui s'en trouvent incommodés. C'est pour cette question sans doute que la prescription impérative d'y dormir est tombée quelque peu en désuétude dans les pays où le froid en rend l'accomplissement dangereux pour la santé. On y passe son temps dans la mesure du possible, on y lit et étudie, on y reçoit ses amis.

Sa garniture de fruits et de fleurs, de guirlandes d'origines diverses, en rappelle la signification agricole tout en l’égayant. Tapis, draperies, tableaux, le beau linge et la plus riche vaisselle émigrent de la maison pour lui conférer un caractère confortable sinon luxueux.

Chaque fois que l'on se rend dans la souka pour y séjourner, et en tous cas avant les repas, on bénit "Celui qui nous a sanctifie par ses commandements et nous a ordonné de résider dans la souka."

Dans une prière d'origine kabbalistique, on invite également certains hôtes célestes", les Oushpizines : Abraham, Isaac, Jacob, Joseph, Moise, Aaron et David. Par leur présence invisible dans la souka, ces pères protecteurs ne rappellent pas seulement la grandeur du passé, mais encouragent aussi les Juifs, soumis à la tragédie de l'exil et de la dispersion, à supporter et à attendre la délivrance avec confiance.

L'usage s'est répandu peu à peu de construire dans la cour de la synagogue une souka communautaire, destinée à ceux qui sont dans l’impossibilité matérielle d'en posséder une.

La souka a une particularité qui la rend supérieure à touts les autres commandements, : ceux-ci sont pratiqués avec une certaine partie du corps, ou impliquent certaines activités spécifiques, par exemple, les tefilîn sont mis sur le bras et sur la tête. Par contre, le commandement de la souka "entoure" tout notre corps et englobe toutes les activités humaines. Ainsi, pendant la semaine de Soukoth, toutes nos activités quotidiennes - boire, manger ou dormir, etc. - deviennent des mitsvoth, des commandements divins et des actions saintes parce que nous les accomplissons dans la souka.



LE LOULAV

Le loulav est un bouquet de feuillages, composé d'une palme, de trois rameaux de myrte, et deux rameaux de saule, auxquels on adjoint un cédrat. Il est agité à la synagogue pendant les jours de la fête et de 'hol hamoed. Nous lui avons consacré un chapitre spécial.




RITUEL

Le premier jour de Soukoth (les deux premiers jours en Diaspora), on entrecoupe l'office de piyoutim (poèmes religieux composés au moyen-âge) ayant trait à la souka et au loulav.

On lit dans la Torah le passage de la section Emor, relatif au Shabath et aux fêtes dont Soukoth termine la liste (Lévitique 22:26-23:44).

Dans le dernier chapitre de son livre choisi comme haftara du premier jour (chapitre 14:1-21), le prophète Zacharie annonce qu'un temps viendra où tous les peuples se réuniront pour lutter contre Jérusalem et s'en empareront. Mais le Seigneur sortira alors pour les combattre, et les anéantira. "Et ceux qui se seront dressés contre Jérusalem y monteront chaque année pour se prosterner devant le Roi Seigneur des Armées, et célébrer la solennité de Soukoth". Car, dans sa signification profonde, la fête des Cabanes, symbole de la protection divine, est aussi préfiguration de l’ère messianique où l’humanité entière reconnaîtra la souveraineté du seul Dieu.

Le lendemain, la haftara, tirée du livre des Rois (1Rois 8:2-21), relate l'inauguration du Temple de Salomon dont les festivités eurent lieu durant le mois de Tishri, pendant la fête de Soukoth.

Après la prière de Moussaf, munie de loulavim, Sefer Torah en tète, une procession, partant de l'Arche sainte, fait le tour de la Bima ou de la synagogue en chantant les Hosha'noth. Ces poèmes liturgiques doivent leur nom au terme de Hosha'na (Hosanna) qui, comme un refrain, en termine les versets.



'HOL HAMOED

'Hol hamoed signifie littéralement : "jours non fériés au sein d'une fête". Ce terme désigne les jours intermédiaires des fêtes de Soukoth, Hanouka et Pessah.

Pratiquement, les jours de demi-fête ne présentent plus guère de différences sensibles avec les jours ouvrables ordinaires. Quelques additions dans la liturgie: chant du Hallel, lecture de la Loi, office de Moussaf avec Hoshanoth et prise du loulav.

En principe, de nombreux travaux sont interdits et à maintes reprises, les maîtres du Talmud condamnent ceux qui profanent le caractère semi-sacré de cette période. Seuls, sont vraiment autorisés les travaux nécessaires aux besoins de la fête et ceux dont l'abstention entraînerait une perte matérielle sensible. Mais la rigueur économique a considérablement élargi cette catégorie.

En Israël, de nombreuses entreprises et administrations sont fermées pendant cette semaine, ainsi que les écoles, ce qui donne à cette période une ambiance de vacances dans tout le pays. Nombreux sont les Israéliens qui se rendent à Jérusalem en souvenir des fêtes de pèlerinagem et c'est aussi un moment privilégié de visite pour les Juifs de Diaspora. Le cinquième jour de 'hol hamoed, tous se pressent en foule au Mur des Lamentations pour assister à la cérémonie de la Bénédiction des prêtres (Birkath Cohanim).

Le Shabath 'hol hamoed, la lecture de L'Ecclésiaste (Koheleth) précède celle de la Torah. "Vanité des vanités, dit Koheleth, tout est vanité... mais, crains Dieu et observe ses commandements, c'est là tout l'homme !... " La vanité des biens terrestres, la recherche du bonheur éternel et absolu qu'apporte la crainte du Seigneur, sont aussi un des sens de la frêle souka, dressée à l'approche de la saison des pluies.
La haftara (Ezéchiel 38:18 - 39:11) s'apparente à celle du premier jour de Soukoth : description du bouleversement général, prélude des temps messianiques, causé par la guerre divine contre Gog et Magog.


CELEBRATIONS DE CLOTURE



HOSHANA RABA

Déjà à l’époque du Temple, le dernier jour de 'hol hamoed occupait une place à part. Aujourd'hui, en souvenir de cette cérémonie, tous les fidèles, loulav en main, font en cortège sept fois le tour de l'almemor (estrade) sur lequel repose un Sefer Torah, en chantant : "O Seigneur, secours-nous !" (Psaume 118:25).

Puis, également pour rappeler une antique coutume, on accomplit le commandement dit des Hosha'noth" : après avoir pose le loulav, chacun saisit un bouquet de cinq beaux rameaux de saule, liés par une feuille de palmier, puis les effeuille en les frappant trois fois sur un meuble ou sur le sol. Si, selon certains, cet usage concrétise la joie de la fête, symbolisant l'abondance des pluies, condition de la fécondité de la terre et de notre prospérité, pour d'autres il préfigure la disparition du mal, signe précurseur de l’avènement messianique. Selon une croyance populaire, le verdict prononce à Rosh Hashana et scellé à Kippour reçoit à Hosha'na Raba force exécutoire. Aussi le service synagogal y gagne-t-il une solennité particulière.

Plusieurs cérémonies directement liées à la demande de la pluie jalonnent la fête de Soukoth. On considère que le sol d'Eretz Israël doit être arrosé entre Soukoth et Pessah. Mais si la pluie commence à tomber avant Shemini 'Atsereth, lorsque les Juifs demeurent encore dans la souka, nos sages considèrent qu'il s'agit d'un présage défavorable.

Le battage des branches de saules à Hoshana Raba est une cérémonie incantatoire et presque magique : le saule pousse au bord de la rivière et sa présence indique celle de l'eau. Par l'effeuillage de ses rameaux dans la synagogue, on suscite une pluie de feuilles qui évoque la pluie véritable.

Le lendemain, on commence à introduire dans les Dix-huit bénédictions (le Shemonei-Essrei) la bénédiction spéciale pour demander la pluie.



SHEMINI 'ATSERETH

Fête de la clôture, clôture du cycle annuel des fêtes. A Israël, venu en pèlerinage à son Temple, offrant chaque jour de Soukoth un nombre de sacrifices toujours croissant en faveur des soixante-dix nations de la terre, Dieu, semblable à un père qui reçoit la visite de ses enfants, adresse les paroles suivantes au moment de la séparation : "Restez donc un jour de plus, un jour où nous resterons vraiment entre nous !"

De nombreuses expressions liturgiques soulignent le caractère à part de cette fête, son individualité propre dont un sacrifice spécial rendait compte jadis. En Eretz Israël, le commandement d'habiter dans la souka cesse dès la tombée de la huitième nuit ; si elle se maintient encore le 22 Tishri dans la Diaspora, c'est en vertu de la règle qui veut que l'on y prolonge d'un jour les fêtes bibliques.

Pour la lecture de la Torah des derniers jours de toutes les fêtes de pèlerinage, on a choisi les chapitres 15:19 à 16:17 du Deutéronome qui contiennent, outre les prescriptions relatives à ces trois solennités, les règles des différentes dîmes.

Puis, une cérémonie est consacrée au souvenir des parents disparus et à la mémoire de tous les martyrs d’Israël : née en Europe orientale, elle tend actuellement à se généraliser.

Pendant les six ou sept mois qui séparent Shemini 'Atsereth de Pessah et qui constituent en Eretz Israël la période des pluies, on intercale dans la deuxième bénédiction du Shemone-Essrei, après la phrase : "Tu es puissant à jamais, Seigneur, tu ressusciteras les morts, toi qui es grand pour sauver", la formule "faisant souffler le vent et tomber la pluie". C'est au cours de l'office de Moussaf de cette fête qu'on l'introduit solennellement.



SIM'HATH TORAH

La deuxième journée de Shemini 'Atsereth, célébrée dans en Diaspora, possède comme son nom l'indique, un caractère de liesse tout particulier : "joie de la Torah". Cette solennité se célèbre le jour-même de Shemini 'Atsereth en Eretz Israël. Un chapitre particulier est consacré à ce dernier jour de la fête de Soukoth.


UNE FETE AUX MULTIPLES DIMENSIONS


Après avoir pris connaissance du détail des nombreuses péripéties qui caractérisent la fête de Soukoth, on se rend compte aisément qu'il s'agit de bien autre chose que d'un simple séjour d'une semaine dans une cabane.

Les événements qui se déroulent pendant la fête suggèrent une pluralité de symboles :

D’après : E. Gugenheim, LE JUDAISME DANS LA VIE QUOTIDIENNE, et S. Mastey, LA FETE DE SOUKOTH DANS LA TRADITION JUIVE


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