Aman
Source : Section de l'Education juive en CEI
réalisation : Meïr Levinoff et Dvora David-Schwartz
1. HISTOIRE DU SYMBOLE
Evolution historique
Aman ha-Agagui, persécuteur des Juifs, descendant d'Agag,
roi des Amalécites, était aussi un descendant à la 17e
génération d'Amalek, fils d'Eliphaz qui était le fils aîné
d'Esaü. Le commandement positif que nos Maîtres ont
déduit du verset, "Tu effaceras le souvenir d'Amalek de
dessous les cieux" (Deutéronome 25:19) a ainsi
été accompli à l'époque d'Esther et de Mardochée : Aman et
ses dix enfants furent pendus.
Un autre verset de la Torah nous rappelle que "nous menons
une guerre sacrée contre Amalek, de génération en
génération" (Exode 17:17). La tradition juive
s'appuie sur ce que décidèrent, en leur temps, Esther et
Mardochée, à savoir "Et ces jours seront rappelés et
commémorés de génération en génération " (Esther
9:28) pour nous faire reprendre conscience de cet état
de guerre avec Amalek et sa descendance au moment où,chaque année, nous reprenons la lecture de la
Meguila.
On se contenta au début de manifester verbalement cette
volonté de vengeance : les noms d'Aman et de ses dix fils
étaient lus d'une seule haleine, sans interruption ; dans
les manuscrits de la Meguila, on écrivit le nom
d'Aman et de ses fils d'une façon particulière dénommée
"brique sur brique" ( un seul nom par ligne ) pour bien
préciser qu'ils n'avaient plus aucun espoir d'avenir. La
lecture de la Meguila semblait être centrée sur la défaite
de Aman.
Les scibes qui, jadis, écrivaient sur parchemin la Meguilath
Esther, avaient
coutume de "battre Aman et ses fils".
Dans les premiers siècles qui suivirent la destruction du
Second Temple se répandit la coutume de brûler une effigie
d'Aman lors de la fête de Pourim après l'avoir, parfois,
pendue à un poteau. Mais le monde chrétien se mit à
soupçonner les Juifs de procéder à un simulacre de mise à
mort de Jésus, sous prétexte de brûler Aman et interdit
toute cérémonie de ce genre. Il fallut attendre des
siècles avant que la coutume ne reprenne.
L'habitude de "battre Aman" remonte loin dans
l'histoire, et elle revêtit, selon les pays où vivaient
les Juifs de la Diaspora, les formes les plus curieuses et
les plus variées, jusqu'à prendre, ajourd'hui, la forme de
la crécelle traditionnelle.

Période des
Gaonim
A la page 64b du traité Sanhédrîn (Talmud de
Babylone) nous trouvons
une ancienne coutume dénommée mashvarta de-Pouria.
En voici la
description : "Les jeunes gens font une effigie d'Aman que
l'on accroche sur les toits
quatre ou cinq jours avant la fête. Le jour de Pourim on
fait un grand feu de joie, on y jette Aman et tous les
jeunes en font le tour en dansant et en chantant. On
accroche un anneau ( en araméen mashvarta, littéralement : un étrier ) au dessus du feu et les
enfants s'y accrochent pour passer d'une côté à l'autre du
brasier." (Teshouvot ha-Gueonim, textes extraits de
la Gueniza du Caire,
ed. Ginsburg.)
Période
byzantine
"Du temps d'Honorius, empereur d'Occident (384 à 423) et
neveu de Théodose II, empereur d'Orient, les extrémistes chrétiens se mirent
à suspecter que ce n'était pas Aman-le-Méchant que l'on
brûlait [lors des fêtes de Pourim] mais bel et bien Jésus.
A la suite de quoi l'on préposa des inspecteurs chargés de
surveiller le comportement des Juifs au moment de la "fête
d'Aman" où ils avaient l'habitude de brûler le
Christ en croix en se moquant ainsi de la foi chrétienne".
En 415
"En l'année 415, les Juifs d'un bourg proche de Imanstar
érigèrent à Pourim une potence en forme de croix et ils y
pendirent une effigie de bois représentant Aman et se
mirent à le rouer de coups. Mais le bruit se répandit
dans le voisinage que les Juifs avaient mis en croix un
jeune Chrétien. Il faillit y avoir une émeute, mais
l'empereur intervint pour calmer les esprits des
extrémistes chrétiens en imposant une lourde amende aux
Juifs qui avaient pris part à la fête".
Un Aman "vivant" à
Shmishel
"On sait que les Juifs ont l'habitude d'exprimer
vigoureusement, le jour de Pourim, leur colère contre Aman.
Et voici ce qu'ils font : ils louent les services
d'un chrétien et le conduisent en grand cortège à travers
les rues de la ville, tout en le bourrant de coups, en le
frappant avec des lanières, en lui tirant les cheveux et
en le couvrant de ridicule". (Galicie 1743, Document 136)
Sans reprendre haleine
"Lorsque le lecteur en arrive au nom d'Aman et de ses
fils, il doit prononcer leurs noms sans reprendre haleine,
car ils furent tous pendus ensemble "
(Mayence 1238).
Les Autorités de
Londres
"De nombreux membres de la communauté portugaise de
Londres se mirent à protester contre la coutume de "
battre Aman " à Pourim, de crainte que les Chrétiens n'en
viennent à soupçonner les Juifs de s'en prendre à Jésus.
Comme on ne les écoutait pas, le Conseil de la Communauté
( appelé le Ma'amad) s'adressa, en 1783, aux
autorités de la ville pour qu'elles interdisent aux Juifs
de "battre Aman " au son des cymbales, des marteaux, etc.
".
Un curieux contrat de mariage
Certaines communautés sefarades avaient la coutume de
rédiger un simulacre
de Ketouba (contrat de mariage) pour célébrer les
noces d'Aman et de Zerech, sa femme. Voici comment
commence une de ces Ketouboth :
"Que le Seigneur te donne sa malédiction et que soit
amère comme
la mort la femme que le sort t'a réservée. Le 16ème jour du premier mois, qui est le mois de Nissan,
troisième mois de l'écrasement d'Amalek (que son nom soit
rayé à jamais), en l'année 3404 de la création du monde,
selon le comput que nous décomptons ici, à Suse la
capitale, dans le pays de Perse, nous témoignons qu'a
comparu devant nous l'abominable criminel, le sanglier de
la forêt, le persécuteur des Juifs, etc. Aman-le-Méchant
(que son nom soit rayé à jamais) et qu'il a déclaré à la
mégère que voici, l'horrible ânesse, la vache sauvage,
etc. La redoutable Zerech, : Voici, je te repousse, ô
chienne insupportable, selon la loi de Bilam le Tordu et
de Balak ben Tsipor (que son nom soit rayé à jamais) ... (
Recueilli par Yaakov Tsidkoni selon le témoignage de
Yehouda Cohen, de Salonique).
Coutumes contemporaines
Dans certaines communautés on ajoute, après la lecture
de la Meguila le verset suivant : "Béni soit
Mordekhaï, bénie soit Esther, maudit soit Aman, maudit
soit Zerech".
Au cours des dernières générations les communautés
ashkenazes aussi bien que les communauté sefarades ont
adopté l'usage de la crécelle.
Voici l'origine de cette coutume :
"La nuit des Pâques chrétiennes les enfants avaient
l'habitude de parcourir les rues et même les églises en
faisant tourner des crécelles pour insulter Juda
Ascariote, l'un des douze apôtres de Jésus et celui qui
l'avait trahi. Les moines avaient l'habitude d'en faire de
même du haut de leur clocher soit en actionnant de grandes
crécelles, soit en tapant avec des bâtons sur de grandes
pièces de bois. En raison de la proximité de cette date
avec la fête de Pourim, la coutume d'en faire de même se
répandit chez les Juifs."
Voyez aussi les coutumes adoptées dans les différents
pays de Diaspora, dans l'article A travers
le monde.
2. PROPOSITION D'ACTIVITE

But de
l'activité :
Après avoir étudié l'évolution des diverses modalités
d'application de la coutume de " frapper Aman " au cours
de l'histoire, il est possible de commencer une débat
intéressant avec les
élèves.
On peut mettre l'accent sur les aspects positifs et
négatifs de cette tradition :
ne nous empressons pas d'émettre des jugements sur les
anciennes générations, mais essayons de nous représenter
le contexte dans lequel ces coutumes se sont développées.
Il est vrai que, parfois, la façon de " battre Aman" a
dépassé la simple célébration de la défaite d'Amalek et
Aman, et a laissé la place aux sentiments de frustration
des Juifs par rapport aux Goyim. Mais il faut se souvenir
qu'à l'époque où les nations ont opprimé les Juifs,
souvent de façon cruelle, ces derniers ne pouvaient se défendre et exprimer leur colère
que de façon symbolique : "battre Aman" en paroles, à
coups de bâton ou en faisant tourner des crécelles.
De nos jours, dans un monde déjà si plein de violence et
de haine, quelle place convient-il de réserver à une telle
coutume, susceptible d'ajouter encore à la haine ambiante
? Nous venons de voir que dans certaines communautés on
avait déjà renoncé à cette coutume pour préserver de
bonnes relations avec le voisinage chrétien.
Ce débat, en Israël, peut prendre une dimension
supplémentaire : la coutume ne s'est-elle pas
développée à l'époque où le peuple juif était
constitué par un ensemble de minorités réparties au
milieu de peuples étrangers. Maintenant qu' Israël est
devenu un état indépendant, on peut se
poser un certain nombre de questions morales se rapportant
à nos voisins arabes. Cette coutume reste-t-elle
souhaitable dans l'Etat d'Israël ?
L'enseignant doit laisser les élèves l'exprimer leurs
sentiments à propos de cette coutume et de sa
signification. Le débat pourra ainsi se développer
dans de multiples directions.
Description de
l'activité
-
Introduction : l'enseignant ou bien l'animateur présente
le sujet en quelques phrases (5 minutes).
-
L'enseignant divise la classe en petits groupes ( de 4 ou
5 élèves ).
On distribue à chaque groupe :
- les différents textes qui permettent de suivre l'évolution de cette
coutume : le texte ci-dessus et l'article
A travers
le monde ;
- des illustrations se rapportant à cette coutume
(si l'on peut s'en procurer).
Laissez aux groupes 20 minutes pour étudier ce
matériel.
- Demandez aux élèves de prendre position sur l'intérêt
qu'il y a à
pratiquer la coutume de nos jours. Ils devront souligner
les côtés positifs
et négatifs de cette pratique.
Chaque groupe nommera un délégué qui expliquera
à l'ensemble
de la classe la position adoptée par son groupe
( 15 minutes ).
-
Chaque élève rédigera par écrit son opinion personnelle (
20 minutes ), en utilisant de l'encre rouge ( pour les opposants ) et de
l'encre bleue (pour ceux qui soutiennent la coutume ).
-
Conclusion :
l'enseignant décrira en quelques mots l'évolution de la
coutume, puis il
donnera lecture de quelques unes des opinions exprimées
par les élèves.
©1998 Le Centre Pédagogique