Extrait de Jérusalem à travers le temps , Abraham
Stahl, édité par l'Autorité conjointe pour l'Education
juive et sioniste, Jérusalem, 1995.
SOUMISSION POLITIQUE ET
AUTONOMIE INTERNE
DE LA JUDEE
A partir du retour à Sion et pendant des siècles,
Jérusalem est
soumise au pouvoir de peuples étrangers. D'abord ce sont
les Perses qui l'occupent. En 333 a.C.n., Alexandre de
Macédoine remporte la victoire sur l'armée perse, et, depuis lors,
c'est lui qui gouverne le Moyen Orient. Après sa mort, son
immense empire est divisé entre la dynastie de Ptolémée qui règne en Egypte, et celle de Seleucus, qui règne en Syrie et dans
les pays voisins. Eretz Israël se trouve d'abord au pouvoir des
Ptolémées, et par la suite il est conquis par les Séleucides.
Pendant toute cette longue période, les Juifs jouissent
d'une autonomie administrative pour leurs affaires intérieures.
Ils ne peuvent pas mener de politique étrangère ils n'ont pas
d'armée,
il doivent verser de lourds impôts aux souverains
étrangers, mais ceux-ci n'interviennent pas dans les relations
des Juifs entre eux, par exemple, la gestion de la société
en conformité avec les lois de la Torah, et le service du
Temple. Le grand-prêtre, qui est responsable du Temple et
de son culte, se charge aussi d'affaires qui n'ont pas trait à la
religion, par exemple la réparation des murailles de la
ville ou
l'amélioration du réseau d'alimentation en eau de
Jérusalem.
Telle est donc la situation quand la Judée tombe sous
l'influence
de l'hellénisme.
LES HELLENISANTS
Depuis le règne d'Alexandre de Macédoine, tous les pays du
Moyen
Orient subissent l'influence de la culture grecque,
appelée aussi
culture héllenistique ("hellène" signifie "grec" en langue
grecque). Il
s'agit d'une culture bien différente de celle des Juifs,
qui
touche la philosophie, la littérature ; les domaines
corporels : le sport et l'art de la guerre ; et des
domaines
matériels comme le bâtiment et la fabrication d'objets.
Les
peuples de la région s'efforcent d'imiter les moeurs de
leurs
dirigeants hellenistiques ; certains s'assimilent
totalement et
disparaissent en tant qu'entité nationale.
On trouve aussi des Juifs qui sont attirés par cette
culture
hellenistique, répandue dans toute la région. C'est
surtout le
cas des membres des classes sociales élevées de Jérusalem
: les
riches et les prêtres se trouvent en relation étroite avec
les
gouvernants et, appréciant leur mode de vie, commencent
à les
imiter. Ils se mettent à parler grec, adoptent des noms
grecs,
fréquentent le gymnase, qui est le lieu où les jeunes gens
nus
s'adonnent au sport, à la course et à la lutte.
La plupart des Juifs, restés fidèles à leur religion et à
leurs
coutumes, refusent totalement cette culture païenne qui
comporte de nombreux éléments étrangers et même
antagonistes à
l'esprit du judaïsme. Ils s'opposent fermement à ceux qui
cherchent à l'imiter.
On peut imaginer ce que ressentent les paysans
traditionalistes
d'un village de Judée, lorsqu'ils se rendent à Jérusalem
et
voient le grand-prêtre, à la fin du service dans le
Temple, ôter
ses habits sacerdotaux et se rendre au gymnase pour y
assister
aux jeux !
Ceux qui observent la tradition considèrent les
hellénisants
comme des hérétiques et des profanateurs ; les
hellénisants
quand à eux, estiment qu'ils ont des idées avancées,
qu'ils
suivent l'air du temps, et que les traditionalistes sont
des
fanatiques qui refusent le progrès.
ANTIOCHUS IV ET SES
DECRETS
Antiochus IV est l'un des rois de la dynastie seleucide
qui règne
en Syrie et en Eretz Israël à partir de 175 a.C.n.. Il
mène une
politique différente de celle de ses prédécesseurs
hellénistiques et perses : alors que ceux-ci
n'intervenaient pas
dans les affaires religieuses des citoyens, Antiochus IV
cherche
à réunir toutes les nations placées sous son pouvoir en un
seul
peuple, et pour cela il interdit la pratique des
commandements de la Torah aux
Juifs et s'efforce de leur inculquer les coutumes
grecques.
Nos textes traditionnels évoquent les décrets d'Antiochus
IV
ainsi que les réactions des Juifs traditionalistes.
Le Livre des Maccabées
raconte :
"Le roi envoya des livres par l'entremise de
messagers à Jérusalem et dans les Monts de Judée, disant
qu'il fallait obéir aux lois étrangères. (Il fallait)
s'abstenir de faire des sacrifices au Temple, et (il
fallait) profaner le Shabath et les fêtes. (Il fallait)
construire des autels et des statues (d'idoles), et
sacrifier des porcs, et (il fallait) s'abstenir de
circoncire
les fils. (Il fallait) oublier la Torah et changer toutes
les lois. Et celui qui n'obéirait pas à l'ordre du roi
serait mis à mort."
(1 Maccabées 1:44-50 - avec des coupures)
LA REACTION DES JUIFS CONTRE LES
DECRETS
Certains cèdent facilement aux décrets du roi parce
qu'ils sont
déjà influencés par le mode de vie hellénistique. Mais la
majorité du peuple s'y oppose, et certains même sont prêts
à
sacrifier leur vie et celle de leurs enfants pour
préserver
l'accomplissement des mitsvoth de la Torah. Le
Livre des
Maccabées parle de femmes qui sont mises à mort avec
cruauté
parce qu'elles refusent de renoncer à circoncire leurs
fils
(Maccabées 1:60). L'histoire de Hana et de ses sept
fils est
très célèbre : ils sont exécutés par les Grecs pour avoir
refusé
de se prosterner devant les idoles.
Dans l'un des récits de ces jours sombres, Antiochus
désigne
un gouverneur, appelé Philipus, à Jérusalem, et lui
ordonne
d'imposer aux Juifs la prosternation devant la statue du
roi (qui est aussi considéré comme un dieu à cette
époque),
ainsi que l'offrande de porcs en sacrifice. Philipus
pense
que s'il réussit à persuader l'un des anciens, celui-ci
influencera le petit peuple. C'est pourquoi il appelle
Eleazar, l'un des prêtres les plus importants, et lui
ordonne d'obéir au décret du roi. Devant le refus de
celui-
ci, Philipus lui dit :
"Tu sais que je t'honore, et que je veux te faciliter les
choses. Prenons un peu de la viande que vous avez abattue
rituellement, et tu la mangeras devant le peuple, pour
qu'ils croient que c'est du porc. Si tu n'acceptes pas,
je serai contraint d'obéir aux ordres et de te mettre à
mort."
Eleazar lui répond :
"Je suis âgé aujourd'hui de
quatre-vingt-dix ans. Si t'obéis, tous les jeunes diront :
"Voyez, si même Eleazar, le nonagénaire, a accepté de
manger du porc pour sauver sa vie, que peut-on exiger de
nous ?" Je préfère mourir, pour servir d'exemple à mon
peuple. La vie et la mort sont entre les mains de Dieu, et
toi, fais comme bon te semble."
Philipus, devant l'obstination d'Eleazar, ordonne à ses
serviteurs de le fouetter à mort.
(Sefer Josippon 14)
LE DEBUT DE LA REBELLION
Le début de la révolte juive contre les Grecs est raconté
dans
les Livres des Maccabées. Un détachement de soldats
étrangers
pénètre dans la ville de Modiîn, pour obliger les
habitants à
sacrifier un porc aux dieux grecs. Les officiers se
tournent
d'abord vers Mathatias, descendant de la famille
sacerdotale des
Hasmonéens :
"Les officiers du roi chargés de forcer les populations à
abjurer
leur foi vinrent à Modiîn pour s'assurer que le sacrifice
avait
été offert, et que de nombreux israélites y avaient
participé.
Mathatias et ses fils étaient rassemblés en groupe. Les
officiers
dirent à Mathatias :
"tu es le chef ici, un homme
important qui
exerce une influence sur sa ville, avec le soutien de tes
fils et
de tes frères. Aussi tu dois être le premier à t'avancer
pour
obéir à l'ordre du roi. Toutes les nations l'ont fait,
ainsi que
de hautes personnalités de Judée et de Jérusalem. Ensuite,
toi et
tes fils seront comptés parmi les amis du roi ; vous
recevrez de
grands honneurs, et de riches récompenses d'or et
d'argent, ainsi
que de nombreux autres profits."
Mathatias répondit d'une voix sonore :
"Même si toutes les
nations
dominées par le roi lui ont obéi et ont abjuré leur culte
ancestral, même si elles ont choisi de se soumettre à ses
ordres,
mes fils, mes frères et moi resterons fidèles à l'Alliance
de nos
pères. Dieu garde que nous abandonnions jamais la Loi et
ses
commandements. Nous n'obéirons pas à l'ordre du roi, et
nous ne
délaisserons pas notre culte."
Il avait juste fini de parler qu'un Juif s'avança devant
tous,
pour offrir un sacrifice sur l'autel païen, en conformité
avec le
décret royal. Ce spectacle indigna Mathatias ; tremblant
de
fureur, et dans la rage d'une juste colère, il s'élança et
égorgea le traître sur ce même autel. Il tua aussi
l'officier
envoyé par le roi pour imposer le sacrifice, et renversa
l'autel
païen. (...)
"Que me suivent", cria-t-il à travers la
ville,
"tous ceux qui sont fidèles à la Loi et désirent maintenir
l'Alliance !"
Lui et ses fils s'enfuirent dans les
montagnes,
laissant toutes leurs possessions derrière eux dans la
ville."
(I Maccabées 2:15-28)
LA GUERRE POUR JERUSALEM
Les rebelles juifs, appelés aussi les "Maccabées" sont
dirigés par
Juda, le fils de Mathatias. Antiochus dépêche plusieurs
officiers pour tenter de freiner les révoltés. Mais leur
tâche
est malaisée, les Juifs ayant trouvé des cachettes dans le
désert
et la région des montagnes. Les soldats grecs remportent
parfois
la victoire, mais le plus souvent ce sont les Juifs qui
gagnent
dans de petits combats qui se déroulent sur un terrain
difficile
d'accès, et qu'ils connaissent mieux que l'armée
étrangère.
Les combattants juifs savent parfaitement quel est leur
but. Ils
sont en deuil de Jérusalem et du Temple qui ont été
profanés par
les Grecs :
"Jérusalem était vide, elle était comme un désert, on n'y
trouvait aucun de ses habitants, et le Temple avait été
foulé au pieds par les étrangers...
La joie de Jacob avait disparu, la flûte et violon
s'étaient tus."
(I Maccabées 2:45)
La joie qui régnait dans le passé pendant les pèlerinages
en
foules à Jérusalem a fait place à la tristesse et à la
nostalgie. Mais Juda, fils de Mathatias, qui a été nommé
chef des
combattants, refuse de se laisser désespérer par cette
situation
désastreuse ; il encourage ses hommes à poursuivre le
combat
jusqu'à ce qu'ils reviennent à Jérusalem en vainqueurs.
Avant
chaque bataille il harangue ses soldats avec des phrases
courtes mais stimulantes, comme le discours ci-dessous, prononcé
avant la
bataille d'Emmaüs, où il remportera la victoire à la tête
d'une
armée de trois mille combattants juifs dénués d'expérience
et
d'armement suffisants contre cinq mille soldats grecs,
bien
entraînés et bien armés :
"Juda leur dit : "armez-vous de courage et d'héroïsme,
soyez
prêts à combattre ces étrangers qui se sont jetés sur nous
pour
nous détruire, nous et notre Temple. Car il est préférable
pour
nous de mourir à la guerre plutôt que d'assister à notre
déchéance et à celle de notre Temple. Et ce qui
adviendra, c'est
la volonté du Ciel."
(1 Maccabées 3:58-60)
LA CONQUETE DE JERUSALEM ET LA PURIFICATION
DU TEMPLE
A la suite de combats acharnés, menés dans toute la
Judée, Juda
et son armée réussissent à conquérir Jérusalem. C'est
l'exemple
caractéristique d'une victoire où, à la pure force
militaire,
s'ajoute le moral des combattants qui est un élément
déterminant. Le Livre des Maccabées relate
l'instant
bouleversant où les Juifs reviennent dans la capitale en
vainqueurs. Cela se passe en 164 a.C.n., trois ans après
le début
de la révolte :
"Juda dit à ses frères : "voici que nos ennemis sont en
déroute ; montons purifier le Temple et l'inaugurer". Il
rassembla tout le camp et ils montèrent sur le Mont Sion.
Ils virent le Temple désert, l'autel profané, les portes
incendiées, et, dans les cours, des mauvaises herbes qui
poussaient comme dans une forêt (...) Ils déchirèrent
leurs vêtements (en signe de deuil) et pleurèrent
amèrement..."
(1 Maccabées 4:36-39)
Juda et ses hommes s'attaquent au nettoyage du terrain, à
la
restauration du bâtiment qu'ils relèvent de ses ruines.
Ils
commencent par édifier un nouvel autel, à la place de
celui qui
avait été profané et détruit par les Grecs.
RETOUR DU FEU ETERNEL SUR
L'AUTEL
La légende raconte, que lorsque Juda et ses hommes
bâtissent
l'autel et dressent un bûcher dessus, ils sacrifient un
animal et posent sa chair sur la nouvelle construction.
Toutefois le feu sacré a disparu, et il est interdit
d'utiliser un feu étranger pour les sacrifices. Ils
adressent alors des prières à Dieu, ce qui a pour effet de
faire jaillir une flamme des pierres, qui consume le
bois. Ce feu servira dans le Temple jusqu'à la destruction
finale de celui-ci, par les Romains.
L'autel est inauguré le 25 Kislev, qui est le jour où nous
célébrons la fête de Hanouka.
(Sefer Josippon 18)
LE MIRACLE DE LA FIOLE
D'HUILE
On allumait la Menora (le candélabre) du Temple avec de
l'huile
d'olive de qualité supérieure, dont la pureté avait été
préservée
pendant tout le processus de sa fabrication. Cette huile
était
conservée dans des jarres spéciales, scellées du sceau du
grand
prêtre.
Une tradition ancienne rapporte :
"Quand les Grecs
pénétrèrent dans le sanctuaire, ils profanèrent toute
l'huile qui s'y trouvait, et quand les Hasmonéens se soulevèrent et remportèrent la victoire, ils ne trouvèrent
qu'une seule fiole d'huile, frappée du sceau du grand-
prêtre. Elle ne contenait qu'une quantité suffisante pour
allumer (la Menora) pendant un jour. Mais il y eut un
miracle et l'on put s'en servir pour l'allumer pendant huit
jours.
L'année suivante on décida d'en faire des jours de fête,
où
l'on disait le Hallel et des prières de remerciement."
(Talmud de Babylone, Shabath 21 p.B)
La fête de Hanouka, qui a été établie en ce temps, depuis
plus de
deux mille ans, est célébrée aujourd'hui encore dans
toutes les
communautés juives.
Après avoir allumé les bougies de Hanouka, on a coutume de
chanter Maoz tsour yeshouati, ("Citadelle de mon
salut"). Ce
cantique a été composé au 13ème siècle en Allemagne par un
poète
inconnu, appel Mordekhaï comme on peut le voir des
premières
lettres de chaque couplet (elles forment en hébreu un
acrostiche
du nom Mordekhaï).
Le cantique évoque divers dangers dont Israël a été sauvé : le
deuxième couplet évoque la sortie d'Egypte, le troisième, le
retour à Sion après l'exil de Babylone, le quatrième, le
sauvetage du peuple au temps d'Esther et de Mardochée. Le
cinquième couplet évoque la guerre des Hasmonéens :
"Au temps des Hasmonéens, ce sont les Grecs qui se ruent
sur
nous, renversent les murs de nos citadelles et profanent
l'huile
sacrée, lorsque, en faveur de tes bien-aimés, tu opères un
miracle sur un filet d'huile oublié. Et, pour perpétuer ce
souvenir, Israël institue huit jours de fête consacrés aux
hymnes
d'allégresse."
L'ELARGISSEMENT DE
JERUSALEM
Au temps du règne des Hasmonéens, la communauté de la
ville
s'accroît et l'on y construit de nombreux bâtiments, des
quartiers d'habitation pour le peuple ainsi que des palais
pour
les membres des hautes classes de la société. Les rois
hasmonéens
possèdent un palais proche du Temple. On élargit les
murailles de
la ville, pour inclure les nouveaux quartiers à
l'intérieur Dans
les faubourgs, à l'extérieur du mur d'enceinte, les
familles
riches se font construire des monuments funéraires
somptueux,
certains d'entre eux existant aujourd'hui encore, par
exemple Yad
Avshalom, ou Tombe d'Absalon, nommée ainsi en souvenir du
fils du
roi David (qui a vécu près de mille ans auparavant). Ce
sont les
fouilles archéologiques qui témoignent du développement
urbain
cette époque.
©1997 Le Centre Pédagogique
Created: 14/10/97 Updated: 10/11/97