Eliezer Ben Yehuda
BEN YEHUDA Eliezer
(Perlman dit-) (1886 - 1973)
Eliezer Ben Yehuda naît en Lituanie, et commence ses
études dans une yeshiva, qu'il quitte pour se
rendre dans une petite ville où Dvora Yonas, fille d'un
écrivain connu, lui enseigne le russe et le français.
Il se rend ensuite à Paris pour y entreprendre des
études médicales. Pendant tout ce temps, il lit de
nombreux ouvrages en hébreu, et rédige aussi des
articles dans cette langue; c'est alors qu'il adopte le
nom de "Ben Yehuda" (son vrai nom est Perlman).
Il écrit en 1877 : "Les Juifs ne peuvent être un peuple
vraiment vivant que s'ils retournent au pays de leurs
pères, et que s'il reviennent à la langue hébraïque".
Il parle l'hébreu en toutes circonstances : à ses amis
dans les cafés parisiens, et même à la gare, où il
demande son billet en hébreu. Il décide de monter en
Eretz Israël en 1881.
Dvora Yonas vient le rejoindre : ils se rencontrent au
Caire, où ils se marient, puis se rendent en Palestine.
Dans le bateau qui les mène à Jaffa, Eliezer commence à
enseigner l'hébreu à Dvora, et dès lors ils ne
parleront plus que dans cette langue.
Ben Yehuda s'installe à Jérusalem, où les Juifs forment
alors une communauté très démunie, mais qui constitue
déjà la majorité des habitants de la ville. Il commence
à travailler au journal hébreu Ha'havatseleth
("Le lis"). En 1884, il fonde son propre journal
Hatsvi ("Le cerf"), dans lequel il
exhorte les Juifs à construire Eretz Israël et à ne
parler qu'en hébreu, avec la prononciation sepharade.
Il exige que l'on n'étudie qu'en hébreu dans les
écoles. On trouve aussi dans son journal une section
consacrée aux nouveaux mots qu'il invente pour enrichir
la langue hébraïque moderne.
En dehors de son travail de journaliste, E. Ben Yehuda
est professeur à l'école de l'Alliance Israélite
Universelle. Il y enseigne toutes les matières en
hébreu, bien qu'il soit difficile pour les élèves
d'étudier dans cette langue qu'ils ne parlent pas chez
eux, et dans laquelle il n'existe pas de manuels
scolaires.
En dépit de toutes ces occupations, il ne gagne pas
assez pour assurer sa subsistance et celle de sa
famille. Son travail incessant et l'inconfort de son
logement provoquent une rechute de la tuberculose dont
il avait souffert dans son adolescence. Il sent que ses
jours sont comptés, et il redouble d'ardeur au travail,
selon sa devise : "Le jour est court et le travail est
grand" (Pirkei Avoth). Il commence à rassembler,
à partir de la littérature de tous les siècles, des
mots et des expressions hébraïques, dans le but de les
actualiser et de composer un dictionnaire de l'hébreu
moderne.
Un fils naît à Eliezer et Dvora. C'est le premier
enfant des temps modernes auquel ses parents ne parlent
que l'hébreu, et qui n'a pas le droit de jouer avec
d'autres enfants, pour ne pas entendre d'autre langue.
Ce n'est que lorsque leur naîtront quatre autres
enfants que la maison s'emplira de cris et de rires.
Mais ce bonheur sera de courte durée : Dvora tombera
malade et mourra de la tuberculose.
De plus Ben Yehuda subit les persécutions des Juifs
ultra-orthodoxes de Jérusalem, opposés au sionisme et à
la renaissance de l'hébreu. Ils proclament son
excommunication et le dénoncent au gouverneur turc
comme révolutionnaire. Il est arrêté, et ne sera libéré
que par l'intervention du Baron de Rothschild.
Ben Yehuda se remarie avec Hemda, la jeune soeur de
Dvora, qui et prête à apprendre l'hébreu. Peu à peu,
d'autres habitants de Jérusalem, ainsi que les
pionniers des localités agricoles, apprennent à parler
cette langue, et la maison de Ben Yehuda devient le
centre du Comité de la Langue hébraïque (fondé en
1904).
Il visite les localités pionnières du pays, et cela le
confirme dans l'idée qu'il doit donner au peuple un
grand dictionnaire de la langue hébraïque. Dès lors, il
travaille jour et nuit à ce projet, et se rend en
Europe dans les grandes bibliothèques universitaires,
pour y étudier les livres et les manuscrits en hébreu
ancien. Le premier volume est publié en 1909.
En 1914 il part pour New York avec sa famille, fuyant
les persécutions ottomanes, et revient à la fin de la
guerre. Il a alors la joie d'assister à l'accroissement
de Jérusalem, et de constater qu'on parle de plus en
plus l'hébreu dans le pays. Son rêve sera réalisé
lorsque l'Administration mandataire britannique
reconnaîtra la langue hébraïque comme langue officielle
en Eretz Israël. Il deviendra lui-même, de son vivant,
un personnage légendaire aux yeux du peuple.
Ben Yehuda rendra l'âme à Hanouka 5683 (1922). Des
milliers de personnes assisteront à son enterrement, et
trois jours de deuil seront décrétés dans le pays.
©1998 Le Centre Pédagogique
Created: 14/12/97 Updated: 18/12/97