Baal Shem Tov

BAAL SHEM TOV (Israël Ben Eliezer dit-)

Le début du mouvement hassidique est une des plus glorieuses périodes de l'histoire juive. Ce mouvement est dû à l'action d'un maître, dont tout Israël doit être fier et qui a groupé, autour de lui, des rabbins éminents, des hommes dont la science et le courage font de grands penseurs et de vrais fils des prophètes. (...)

Le Maître du grand élan hassidique, qui éclaira, d'une doctrine libératrice, les hassidim de son temps, et qui fit accroître leur nombre jusqu'à plusieurs millions est Israël ben Eliézer, le Baal Shem Tov, c'est-à-dire le "Maître du Bon Renom", appelé, par abréviation, le Besht. Israël ben Eliézer naquit en 1700, dans un petit village de Volhynie. (...)

Son enfance fut errante et solitaire. Il fut élevé par les gens du village. Il fréquenta peu la Maison d'études Il semblait ne pas aimer l'école, où des maîtres vulgaires enseignaient sans intelligence, et préférer la rêverie et la méditation.

On raconte qu'un jour de fête, il suivit des Juifs qui se rendaient à la synagogue. Lorsqu'il ouvrit un livre de prières, dans lequel il ne savait presque pas encore lire, et balbutia quelques paroles d'ardente aspiration, toutes les prières de la communauté s'envolèrent vers Dieu, comme soulevées par un élan libérateur. (...)

A douze ans, il était employé par le maître d'école à conduire les enfants à a maison d'études. Il les incitait à le suivre, par la douceur et la persuasion. Il passait des nuits entières à lire et à méditer.

La légende hassidique raconte encore que, dans un pays voisin, un Baal Shem, nommé Adam, laissa à son fils de précieux manuscrits mystiques ; Il lui recommanda de les remettre au seul homme capable, à son époque, de les comprendre, à Israël ben Eliézer, dont Dieu lui avait révélé la grande mission.

Le fils du maître se mit en route; il alla au village que son père lui avait indiqué, et s'informa d'Israël ben Eliézer. On lui dit que ce jeune homme habitait la maison d'études, mais qu'on ne le croyait pas bien savant. Le voyageur lui parla, et Israël simula l'ignorance. Cependant, le visiteur demanda la permission de demeurer avec lui quelques jours.

L'envoyé posa, sur la table, quelques-uns des manuscrits; puis, il fit semblant de s'endormir et, à son réveil, il trouva le Besht penché avidement sur les textes mystérieux. Ils commencèrent alors à les étudier ensemble et vécurent ainsi plusieurs années. Israël lui avait demandé une faveur : il désirait passer, aux yeux de tous, pour le serviteur de son ami.

Israël ben Eliézer grandissait en sagesse et en puissance. Il fut aussi conseillé par un maître sur lequel la légende est discrète. Écrivant, plus tard, à l'un de ses élèves, il dit : " Ne t'étonne pas de faire des erreurs. J'errais aussi, jusqu'à ce que mon maître bien-aimé m'ait indiqué la route."

Dans une petite ville proche de Brody, il entreprit d'enseigner de jeunes enfants. Sa réputation de grand talmudiste, de guérisseur et d'inspiré s'étendait dans la région. Il était déjà le prédicateur et le juge d'une petite communauté.

Un sage rabbin de Brody, étant venu lui demander de résoudre un problème talmudique, fut enthousiasmé de sa lumière. Il lui offrit sa fille en mariage, et les fiançailles furent conclues, sans même que le Besht ait vu sa fiancée : mais il savait qu'elle était, pour lui, l'Elue.

Israël Baal Shem Tov quitta, peu après, la communauté où il était aimé et admiré pour aller chercher son épouse. Il se vêtit en paysan; il n'usa pas de son titre de rabbi, et se présenta à son futur beau-frère. Le vieux rabbin qui l'avait choisi pour gendre venait de disparaître et son fils, rabbi Guershom, un remarquable talmudiste, savait seulement que sa soeur avait été fiancée à Israël ben Eliézer.

Rabbi Guershom fut très troublé quand il reçut le Besht, grossièrement habillé, parlant rudement, et simulant une grande ignorance. Sa soeur lui dit pourtant : "Mon père m'a fiancée; ce que notre père a fait est bien fait". Le Besht se révéla enfin à sa nouvelle épouse, en lui faisant promettre de ne parler à quiconque de sa mission.

Selon l'usage de l'époque, ils vécurent ensemble chez Rabbi Guershom Dans des discussions talmudiques, devant les lettrés invités par son beau-frère, le Besht continuait à parler comme un paysan. Rabbi Guershom qui ne sentait pas, dit-on, la grandeur cachée du Besht, lui conseillait de se mettre à l'étude; le Besht refusait obstinément. Rabbi Guershom offrit au couple, dont la présence bouleversait la haute réputation intellectuelle de sa demeure, d'aller habiter une petite maison qu'il possédait dans la forêt, où son beau-frère pourrait mener la vie simple qu'il aimait... II leur fit don d'un cheval et d'une voiture; le Besht et son épouse partirent en pleine forêt...

Baal Shem Tov voulait attendre d'avoir l'âge de trente-six ans pour révéler sa mission. Le maître contemplait et priait, dans le calme frémissant des bois... Comme Ari (Rabbi Itzhak Louria, dit "le Ari" ou "le Ari Hakadosh", maître de la kabbala qui vécut à Safed au 16ème siècle.), il comprenait l'âme des arbres et le langage des oiseaux; il préparait, en chantant et en travaillant pour vivre, l'enseignement nouveau qu'il allait apporter. Il préparait une adaptation lumineuse de la doctrine éternelle, la traduction, pour tous, de quelques vérités secrètes... De cette pure vision du Besht, vivant d'une vie agreste avec son épouse, est sortie la légende -celle-là un peu trop superficielle- que le Maître des hassidim était un mystique sans science, un isolé dans la nature. Un mystique sans science ? Celui qui avait passé tant de nuits à étudier ! qui avait traversé tant d'initiations, qui avait connu, et pratiqué, les plus hautes sciences des mystiques !

Cependant, rabbi Guershom demanda à son beau-frère de revenir chez lui. Le Besht eut alors quelques entretiens avec le rabbin de la communauté, dont faisait partie Guershom. Ce rabbin aperçut une grande lumière autour du visage du Besht. Baal Shem Tov se révéla à lui. Rabbi Guershom fut ensuite éclairé et son attitude changea immédiatement : avec une admirable simplicité, l'éminent lettré reconnut la grandeur de Rabbi Israël Besht. Une amitié profonde, une collaboration étroite commença entre eux, et le talmudiste fut un propagateur ardent du nouvel enseignement.

A cette époque, les talmudistes se fréquentaient entre eux et les hommes du peuple avaient presque perdu la connaissance du judaïsme. Les Juifs n'allaient à la synagogue qu'à l'occasion des fêtes et vivaient dans l'ignorance. Le Besht demanda aux talmudistes de parler à tous. Il leur montra le devoir de relever le judaïsme, en illuminant les fidèles. Lui et quelques savants kabbalistes allèrent eux-mêmes vers les illettrés : ils les exhortèrent à l'étude, mais sans exiger d'eux l'érudition ; ils voulurent leur donner, d'abord, la ferveur.

Le Besht enseignait que Rabbi Akiba et Rabbi Nahum de Guimzo pensaient toujours à la miséricorde, et que les hommes du commun, même, devraient, en cela, les imiter. Il mettait le hassid , le fervent, en rapport avec hessed , la Miséricorde divine, parce que l'amour de l'homme pour Dieu, l'aide à recevoir l'amour divin pour l'homme. L'érudition, l'étude sans la ferveur, est inutile, alors que la ferveur suffit à donner, à un peu d'étude, une valeur immense. Car, en toute action, l'intention est prééminente. Certes, il y eut toujours des hassidim en Israël, plus ou moins nombreux plus ou moins groupés ou isolés ; mais le Besht voulut que tout juif puisse devenir un hassid . "Je suis venu pour ouvrir un nouveau chemin, disait-il : que l'homme s'efforce d'acquérir l'amour de Dieu, l'amour de l'homme, et l'amour de la Thora, et il n'y a plus besoin de macérations ".

Les moyens d'être hassid , indiqués par le Besht, sont des facteurs d'équilibre, car l'équilibre enthousiaste est la base du développement humain qu'il demande : le hassid cherche à être un intellectuel et, si 1'on peut dire, un spirituel à la fois. Il unit le culte à la culture. Et, en quelques années, des milliers d'intellectuels et de sensitifs apprirent du Besht à recevoir les Forces Divines de l'amour, de la lumière et de la vie.

Il groupe les sages et leur demande de l'aider à illuminer le peuple, selon la parole de Daniel : "Les intelligents brilleront comme des planètes, mais les justes, qui en auront amené plusieurs à la vérité, brilleront comme des soleils, à tout jamais !" Autour de lui, les justes -ou tzadikim - deviennent les protecteurs et les maîtres des fidèles, leurs conseillers et leurs appuis spirituels.

Un jour, rabbi Jacob Joseph Hacohen devait prêcher à la synagogue de Chérigrad. Il était le descendant du saint kabbaliste Samson d'Ostropole et de plusieurs autres maîtres, et lui-même était un initié lourianiste. Quand il arriva, il n'y avait pas un fidèle au temple; c'est que le Baal Shem faisait un discours sur la place publique mêlé à la foule des auditeurs. Il admira la parole de l'instructeur il devint un fervent adepte et un ardent propagateur du mouvement.

Le Besht magnifie le rôle de la femme, si développé dans le judaïsme biblique et talmudique. Sa fille Adil, d'une beauté et d'une science inoubliables, grandit dans une atmosphère de miracle. Adil a, aussi, des pouvoirs spirituels, et ses enfants seront d'illustres tzadikim . Le petit-fils du Baal Shem écrira plus tard : "J'ai entendu souvent mon grand-père dire des paroles d'apparence banale : il ne le faisait que pour la gloire de la Thora".

L'enseignement du Besht a répandu la profonde notion kabbaliste des degrés spirituels, ou madrégoth . Les humains diffèrent selon les degrés qu'ils atteignent. Le hassid respecte celui qui a atteint des degrés supérieurs, et s'efforce de monter lui-même, de degré en degré, par une évolution incessante.

Grâce au Besht, la vie mystique peut s'incarner dans la vie des fidèles. Il va vers les Juifs des villages, vers ceux qui n'ont pas d'école... Et voici que, peu à peu, à ceux qui souffrent, incompris et sans comprendre, le Besht s'adresse et apporte des paroles d'amour, de science et d'espoir.

Et voici que chacun entend, au fond de son âme, l'âme d'Israël, que chacun entend la vérité, dans la voix du Baal Shem !

Autour des maîtres, vêtus de blanc, les hassidim dansent, les hassidim chantent ! Le Besht restaure la conception ancienne avec la joie de la mitzvah , la joie du Shabath. Il restitue un peu du glorieux passé d'Israël, où la science, l'art et la vie étaient inséparables : "autrefois, l'israélite trouvait réunis la science et l'art dans la loi et ses préceptes de vie ; la science et l'art, réunis dans le culte vivant : le hassid s'efforce de les retrouver là, et de les vivre".

Le Besht donne confiance en la grandeur de l'âme : " Une seule âme, dit-il, peut éveiller des centaines d'âmes... Chaque âme est une Thora. C'est pourquoi elle tient un peu des bons et des méchants, dont la Thora raconte l'histoire". Il enseigne la richesse enclose dans la nature humaine, et le développement des dons spirituels, obtenus non par l'ascétisme et le sacrifice, mais par le libre épanouissement dans la mystique même, de la plénitude et de l'allégresse : "Car notre Dieu est un Dieu vivant ".

Après de nombreux voyages, le Besht s'était fixé à Miedzibodz. Les fidèles affluaient pour recueillir ses paroles, ou demander 1'aide de sa prière. D'éminents rabbins qui s'opposaient d'abord à son mouvement, adhérèrent tour à tour. Le Besht leur révélait les pensées de leur coeur, ou les moyens de réparer des fautes anciennes. Ainsi, naturellement, par la puissance de sa sagesse, il devenait le maître des maîtres. Tous les soirs, avant la nuit, le Baal Shem distribuait aux pauvres ou à des étudiants indigents les sommes d'argent que les hassidim lui avaient apportées dans la journée.

Les uns admiraient la manière unique dont l'Initiateur savait prier. Les autres, la joie cons-tante qui rayonnait de sa manifestation. Les guérisons, les fiançailles, l'épanouissement des dons et des missions se réalisaient sur son passage. II était conscient de ce qui se déroulait au ciel et sur la terre. Le Besht, dans une vision, ayant demandé quand viendrait le Messie, il lui fut répondu du ciel : " Quand les fontaines de ta doctrine auront coulé partout ! quand tous sauront faire des ascensions d'âme et des concentrations spirituelles comme toi ".

Les incrédules même entendaient le Besht, dans les songes de la nuit, donner des solutions aux problèmes talmudiques qu'ils cherchaient. Ils se rendaient, alors, au troisième repas du Shabath où le maître recevait les visiteurs ; les hassidim se pressaient autour de la table présidée par lui ; le jour baissait, le Besht commençait d'une voix calme à donner des interprétations de la Thora : et les incrédules reconnaissaient, à leur stupéfaction, les paroles qu'ils avaient entendues en rêve...

Le hassid Zeib Kitziz, Jacob Joseph HaCohen le grand Magguid, le tzaddik Pinhas de Koritz, Nahum de Czernobyl, Dov Beer, Nachman de Horodenko, Isaac de Droobytz, Jéhouda-Loeb le Prédicateur, Aiendel, de Vitbesk, et plusieurs autres sages, furent initiés ou sur-élevés par le Besht.

Des aristocrates polonais furent guéris par le Besht, et de nombreux seigneurs de la région le recevaient avec honneur.

La légende hassidique raconte les bons rapports du Besht avec le fameux talmudiste de l'époque, Ezéchiel Landau, de Prague. Tandis que le mouvement hassidique s'étendait, le Baal Shem, comme les rabbins de son temps eut à déplorer l'agitation mystique créée par la secte des Frankistes Il fut un des délégués des communautés des Quatre-Pays dans une controverse publique avec les Frankistes. Ceux-ci opposaient illogiquement le Zohar au Talmud rejetaient les pratiques et les principes du judaïsme. Le grand Initié kabbaliste chef des hassidim , qui étudiait constamment le Zohar , fut l'éloquent défenseur du Talmud.

Rabbi Joseph Ha Cohen avait mis son autorité et son génie d'orateur et d'écrivain au service du Besht. La publication de son principal ouvrage, en 1781, synthétise la doctrine hassidique Il exalte la sainteté du juste, il conseille aux hommes de s'attacher au tzadik qui peut les rapprocher de Dieu et leur faciliter la montée des gradations spirituelles. Les tzadikim ou rabbins hassidiques, groupèrent ainsi, autour d'eux, d'innombrables et enthousiastes adhérents.

On ne possède du Besht lui-même que des Lettres, mais des livres entiers ont réuni des paroles, des paraboles, des proverbes attribués au maître de Lumière.

Source : Grands d'Israël , Pascal Themanlys, Ed.Rieder 1935.


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