LES RELATIONS ISRAEL-DIASPORA | La p?riode moderne

 

 

La période moderne

Les débuts du sionisme

Quand le mouvement moderne de retour vers la Terre d'Israël – connu sous le nom de sionisme – a vu le jour au cours de la dernière décennie du XIXème siècle, la relation de nombreux Juifs vis-à-vis de leur terre ancestrale a changé une nouvelle fois. A nouveau, Israël était considéré comme une option contemporaine et réaliste pour la vie juive.

Pendant les dernières années de ce siècle, des milliers de Juifs ont commencé à partir vers Eretz Israël pour créer la base d'une société juive moderne. Pour de nombreux Juifs, pour lesquels Le Pays appartenait au domaine du mythe, le sionisme l'avait transformée en une terre vivante, un endroit où vivre et cultiver la terre, un endroit où miraculeusement, on pouvait recommencer à parler la langue hébraïque, ancienne et fossilisée, un endroit où l'on pouvait envisager un futur réel pour la vie juive et non plus seulement parler d'un grand passé juif ou de vagues espoirs messianiques. Il s'agissait maintenant de construire une nouvelle vie – et pour beaucoup, c'est devenu une réelle option, en particulier à une époque où de nombreux pays durcissaient leur attitude vis-à-vis des Juifs et de leur traitement.

De l'argent était collecté à travers le monde afin de soutenir les nouveaux colons et leurs colonies, pour acheter plus de terres ou pour planter des arbres. La collecte de fonds continuait l'ancienne tradition, qui avait précédée la destruction du temple, du demi-shekel pour le Temple, ou encore la tradition, encore vivante, d'envoyer de l'argent pour subventionner les communautés d'érudits et d'habitants en Eretz Israël. Cette tradion de donner s'était maintenant transformée en tradition sioniste. Des institutions du type Keren Kayemet LeYsrael (le Fonds National Juif) se sont alors développées et sont devenues de plus en plus proéminentes dans la vie de la plupart des Juifs du monde. Le sionisme faisait maintenant partie de la carte mondiale.

Opposition au sionisme – les lignes de front

Cependant, beaucoup de Juifs étaient mécontents de ces nouveaux développements. Les Juifs orthodoxes et traditionnels de l'Europe orientale et centrale eurent du mal à accepter cette nouvelle idée. Certains essayèrent d'amalgamer leurs idées messianiques traditionnelles aux nouvelles idées politiques du sionisme. Quelques uns rejoinrent le mouvement et essayèrent de travailler en son sein pour influencer la direction prise par le sionisme. Ils voyaient en lui une étape sur le chemin de la rédemption messianique. D'autres restèrent à l'extérieur et ont critiquèrent vigoureusement le mouvement qui avait l'audace de vouloir remplacer les plans messianiques de D-ieu avec un plan humain. Les sionistes sapaient la volonté de D-ieu.

Un autre groupe qui rejeta avec véhémence les nouvelles idées prônées par le sionisme était celui constitué par une grande partie des Juifs occidentaux émancipés, qui avaient investi de grands efforts au cours des dernières générations pour prouver au monde extérieur que leur destin était lié à celui de leurs voisins non-juifs, dans une patrie commune, en France, en Allemagne ou aux Etats-Unis. Pour eux, le sionisme représentait une menace qui risquait de mettre en péril leurs réalisations encore bien précaires, en proclamant au monde entier ce qu'ils avaient rejeté absolument, c'est-à-dire qu'Eretz Israël était la patrie des Juifs. Ils luttèrent donc contre cette idée.

Une autre catégorie de Juifs occidentaux voyait dans le sionisme une option raisonnable et même importante, mais qui ne les concernait pas. Le sionisme était un mouvement nécessaire pour ceux qui avaient besoin d'un refuge contre la pauvreté et la persécution. Ils le soutenaient donc en tant qu'option pour ceux qui avaient moins de chance qu'eux.

De fait, les lignes de front allaient être bien vite dessinées. Le sionisme avait réussi à secouer le monde juif dans son approche vis-à-vis d'Eretz Israël. Beaucoup embrassèrent avec enthousiasme cette nouvelle relation proposée par le sionisme, se considérant comme des participants à ce nouveau drame, que ce soit en tant qu'acteurs ou comme d'audience. D'autres se tinrent à l'écart et s'opposèrent. Peu restèrent indifférents.

Le rejet de la Galout dans l'idéologie sioniste

Le sionisme a analysé le monde en général, et le monde juif en particulier, en des termes extrêmement idéologiques. Il a tenté de développer une attitude de tout ou rien par rapport à de nombreux aspects de la vie juive, la Galout (exil) comprise.

Le sionisme s'est toujours défini comme supérieur à la Diaspora et au Juif de Diaspora, qu'il décrivait dans les termes les moins élogieux: le juif de galout était "faible" et "pauvre", "parasite" et "suceur de sang", il représentait "l'ancien" face au "nouveau". Son mode de vie n'était pas naturel, il était même anormal. En bref, le sionisme faisait un portrait du Juif de Galout totalement négatif, à l'opposé du nouveau Juif sioniste, brave et fort, et qui – vivant sur sa propre terre - représentait le futur – le seul futur – pour le peuple juif. Le sionisme voyait le monde qui l'entourait en des termes uniquement idéologiques, tout était analysé et catégorisé; il n'y avait pas de déviation possible. Sion était bonne, donc la Galout était mauvaise.

Il s'agissait d'un rejet complet et abrupt de la Diaspora, considérée comme quelque chose qui ne méritait pas d'exister par la plupart des penseurs sionistes majeurs. Certains étaient plus extrêmes que d'autres, comme Jacob Klatzkin, par exemple, qui écrivit:

"Peut-être notre peuple peut-il se maintenir en Galout, mais il n'existera pas dans sa véritable dimension – pas dans la perfection de son caractère national. La Galout ne peut que faire ressortir la disgrâce de notre peuple et continuer l'existence d'un peuple défiguré à la fois dans son corps et dans son âme – en un mot, d'une horreur. Dans le meilleur des cas, elle peut nous maintenir dans un état d'impureté nationale et donner naissance à une sorte de créature bizarre… ni juive, ni goy – et dans tous les cas, pas un vrai type national."

L'image stéréotypée de la Galout et du Juif de Galout que Klatzkin et tous les autres penseurs sionistes majeurs ont développée, avait son origine dans le milieu européen de l'Est dont ils étaient issus et auquel ils étaient si familiers – mais ce milieu avait considérablement décliné, et ils n'étaient pas conscients de ce fait. Le monde qu'ls connaissaient subissait, en de nombreuses façons, un processus de désintégration totale: la vaste majorité des Juifs était très pauvre, les structures communautaires chaotiques, les Juifs sujets aux cruautés les plus terribles et en grande partie sans défense. Ils étaient impotents dans leurs réactions. Ces penseurs prirent ces réalités, caractéristiques de l'Europe de l'Est, et les extrapolèrent au judaïsme tout entier. Comment auraient-ils pu faire autrement – le sionisme était basé sur une analyse totale, une théorie très noire et blanche qui ne laissait aucune place aux "si" et aux "mais".

Ainsi l'idée sioniste développée en réaction à un monde juif Est-européen en vint à englober tout le judaïsme, y compris celui d'Occident.

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