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Hityachvout
Introduction : Coloniser la terre,
exposé historique général.
L’idée d’une colonisation juive (hityashvout)
sur la Terre d’Israël est l’un des concepts les plus
fondamentaux de l’histoire juive. Une idée qui n’a
jamais cessé d’exister au cours de milliers d’années.
En effet, nous pouvons dater le début de cette histoire à
l’époque biblique, lorsque Dieu a demandé à
Abraham de quitter sa terre natle et d’aller « sur la Terre
que je te montrerai », une terre qui a rapidement été
identifiée comme étant la Terre d’Israël. De
ce fait, on peut dire que ce lien très fort avec la Terre a même
précédé tous les autres concepts, théologiques
ou pratiques qui, avec le temps, sont devenus une partie du judaïsme
et de l’histoire juive.
L’histoire juive se développe donc pendant plusieurs millénaires
autour de cet axe de la Terre. Pour une longue période, il s’agit
d’un centre physique pour les Juifs. Durant d’autres périodes,
il s’agit plutôt d’un centre émotionnel et spirituel.
Quoi qu’il en soit, l’existence juive à travers le
monde, et à quelque époque que ce soit, a toujours été
largement défini par rapport à la relation avec la Terre.
Que le Juif se trouve sur cette Terre, ou en dehors de cette Terre (Galout
ou Diaspora), la communauté a toujours été définie,
physiquement ou idéologiquement en relation avec la Terre d’Israël.
Un autre fait important à signaler, en ce qui concerne l’attitude
ancestrale des Juifs à la Terre d’Israël, c’est
que traditionnellement, la colonisation de la Terre d’Israël
n’était pas seulement définie comme un acte physique,
mais comme un acte revêtant une énorme signification théologique.
Car cette Terre n’était pas seulement perçue comme
le pays dans lequel on demandait aux Juifs de se fixer, mais plutôt
un edroit qui demandait une adhésion à toute une série
de codes et de comportement éthique et théologique –
le code de Dieu.
Si ce comportement n’était pas respecté, le peuple
serait puni par la mort, la destruction et l’exil.
Tout au long des milliers d’années qui ont suivi la destruction
du second Temple et la révolte de Bar Kokhba, la terre Sainte est
devenue de plus en plus identifiée à la christianité,
la colonisation juive a pratiquement disparu de la région et la
Terre d’Israël, en tant que centre physique (en opposition
à centre émotionnel, psychologique et théologique)
est devenue un aspect pratiquement marginal dans l’histoire juive.
Entre le III ème siècle et le XX ème siècle,
du point de vue de la colonisation juive en Eretz, c’est le trou
noir. Seule la communauté qui s’est développée
au XVI ème siècle à Safed mérite d’être
mentionnée en tant que communauté physique qui a affecté
le monde juif. Cependant, même s’il s’agit d’exemples
marginaux, il semble qu’une communauté juive, aussi petite
soit-elle, a toujours été présente sur la Terre d’Israël
et ce, tout au long des siècles. Des Juifs seuls, ou parfois en
groupes plus ou moins grands, ont continué à se frayer un
chemin à partir de différentes parties du monde vers la
Palestine, y renforçant la communauté juive indigène.
Ce, malgré l’opinion dominante dans le monde juif, qui voulait
que la colonisation d’Eretz Israël soit réservée
à une intervention divine. La plupart des Juifs s’opposaient
donc à un retour en masse qui serait une entreprise humaine.
Ce n’est qu’au XIX ème siècle que la communauté
juive de Palestine a connu une augmentation significative, alors que des
groupes de Juifs, principalement venus d’Europe Centrale et de l’Est,
ainsi que d’Afrique du Nord, trouvaient leur chemin jusqu’à
la Palestine. Ces Juifs se sont pratiquement exclusivement installés
dans les villes de Palestine. En particulier dans quatre villes qui, pour
les Juifs, étaient associées à la Sainteté
: Hébron, Jérusalem, Tibériade et Safed. Leur mode
de vie était typiquement urbain et ces Juifs s’occupaient
principalement de petit commerce et d’artisanat, alors que nombreux
parmi eux choisissaient de se consacrer exclusivment aux études.
Ils étaient largement supportés financièrement par
de l’argent collecté à travers tout le monde juif.
Au cours de la seconde moitié de ce siècle, un certain
nombre d’initiatives novatrices ont vu le jour. Leur but était
de casser la nature restrictive de la vie urbaine et de mettre en place
de nouveaux modes de vie, basés sur l’agriculture en zones
rurales. Des terrains étaient même achetés dans de
nombreux endroits. La première tentative de ce genre a été
faite à la fin de 1870, par des Juifs de Jérusalem et de
Safed qui ont commencé à s’installer dans le centre,
à Petakh Tiqva et dans le Nord, à Gai Oni, (plus tard connue
sous le nom de Rosh Pina). Ces deux essais ont échoué principalement
à cause des difficultés physiques et climatiques. Mais l’idée
avait germé et sa réalisation allait être laissée
à de nouvelles vagues de colons, arrivés en Palestine dans
les années 1880 et 90. On les appelle en général
les colons de la première Alyah.
Sionisme et hityashvout : nouvelles idéologies de colonisation.
Les pionniers de la première alyah se sont donc appuyés
sur les fondations qui avaient été posées par les
initiateurs de Petakh Tiqva et de Gai Oni, développant une idéologie
de la colonisation qui allait rapidement devenir le pilier le plus central
du mouvement sioniste. Bien qu’aucun de ces colons ne soient venus
d’un milieu agricole, ils ont mis en place une approche idéologique
vers la Terre, qui comprenait un certain nombre d’aspects différents.
Pour eux, revenir à la terre avait un but qui allait servir d’autres
personnes après eux : toute la société juive qui
allait suivre.
La rédemption de la terre :
Ils se considéraient donc comme étant l’avant-garde
du mouvement de retour à la terre du peuple juif. Ils commencèrent
par renverser le concept passif selon lequel la décision pour le
Peuple juif de revenir en Terre Sainte ne pouvait être que divine.
Les noms qu’ils choisirent pour leurs colonies, comme par exemple
Rishon LeTzion (Premier à Sion), Rosh Pinah (Pierre angulaire),
Yesod HaMaalah (Le début de la montée), illustrent clairement
la conception qu’ils avaient de leur rôle.
De plus, les membres de la première alyah se considéraient
comme étant les continuateurs de la tradition biblique et post-biblique
d’agriculture juive, telle qu’elle est reflétée
dans la Bible et la littérature rabbinique. Par ailleurs, en tant
que groupes religieux (une minorité), certains ont même pensé
pouvoir suivre les différentes halakhot (lois juives) qui étaient
liées à l’agriculture et qui avaient été
oubliées à travers le temps.
Enfin, étant donné que dans la Diaspora, il était
en général interdit pour les Juifs de posséder de
la terre ou même seulement de la travailler, ils considéraient
qu’en Terre d’Israël, la Terre des Juifs, ils devraient
se libérer et faire justement ce qui leur avait été
interdit pendant si longtemps dans ces pays qu’ils ne contrôlaient
pas. De ce fait, travailler la terre était une expression de la
Liberté, du fait qu’ils étaient devenus les représentants
d’un peuple libre de sa propre destiné sur sa propre terre.
Et cette valeur, ils la ressentaient évidemment très fort.
Toutes ces idées, à l’exception des idées
halakhiques (qui n’étaient pas pertinentes pour la plupart
des futurs colons qui étaient laïcs), allaient être
suivies et même largement développées par les vagues
suivantes d’immigration.
A partir de là, l’idée de hityashvout allait se
cristalliser et se solidifier, jusqu’à devenir une des valeurs
sionistes les plus sacrées.
Des débuts difficiles
A ce point de cet article, il est nécessaire de parler des associations
spécifiques qui sont intrinsèquement liées avec l’idée
de hityashvout, et ce, dès les premières étapes de
la colonisation juive. Hityashvout fait uniquement référence,
dans l’interprétation sioniste, à l’acte de
coloniser la terre (colonie rurale exclusivement, donc), ce qui de plus
inclue l’idée du travail (physique) de la terre sur laquelle
on s’installe. Cette idée est donc distincte d’une
autre valeur sacrée du sionisme – l’alyah, qui réfère
elle, à l’installation sur la terre d’Israël (ou
que ce soit) et qui comprend des idées telles que le travail juif
et l’autosuffisance. Il est donc intéressant de noter que
les premières idées sionistes étaient intimement
liées à l’idée de colonisation physique de
la Terre d’Israël – tout comme les premières idées
du judaïsme sont liées, comme nous l’avons dit plutôt,
à une relation physique avec la Terre d’Israël. Et ce,
malgré le fait qu’en terme de connaissances pratiques, les
premiers colons ne savaient à peu près rien sur le travail
agricole. Il est possible que cela ait aussi contribué à
la nature idéologique du concept de hityashvout qui a souvent réhaussé
l’importance pratique de tout acte spécifique de colonisation,
ajoutant même une certaine aura romantique autour de l’idée
de retour vers la Terre.
Il est cependant important de souligner que tous les immigrants de la
première alyah, loin de là, ne se sont pas installés
en zone rurale. Beaucoup, sans doute la majorité, ont continué
à graviter autour des villes. Et cela est aussi vrai des vagues
successives d’immigration. Malgré tout, le fait que pendant
longtemps, l’image du nouvel immigrant allait rester celle du pionnier
agricole, travaillant la terre avec ses propres mains, est symptomatique.
La première vague d’immigration, qui a eu lieu pendant les
deux dernières décennies du XIX ème siècle,
a créé une nouvelle carte des points de peuplement. A la
fin de cette vague d’immigration, une douzaine de nouvelles colonies
avaient été formées. La plupart sur la plaine côtière
(Petakh Tiqva, Rishon LeTsion, Rechovot, Hadera …) ou dans le Nord,
(Rosh Pinah, Yesod HaMaalah, Metula …). Le mot qui était
utilisé pour décrire ces fermes-villages, qui étaient
basées sur le principes de petites fermes privées était
Moshava.
En theory, chaque ferme devait être (ou devenir) autosuffisante.
En réalité, cependant, dès les premiers jours des
moshavot, les fermiers se sont enfoncés profondément dans
les dettes. Incapables de s’en sortir par leurs propres moyens,
ils furent forcés, en fin de compte, de dépendre d’efforts
philanthropiques. Le Baron Edmond de Rothschild de Paris, en particulier,
était prêt à injecter de larges sommes d’argent
pour les colons, afin de soutenir ces fermes et d’éviter
que cet effort ne s’effondre. Cette aide, cependant, avait un prix,
et un prix très important pour certains de ces colons : Rostchild
avait insisté pour mettre un de ses représentants dans chacune
des fermes qui réclamait son aide. Ces personnes avaient l’autorité
de prendre des décisions à presque tous les niveaux significatifs
de la vie de la colonie, et ce, pas seulement au niveau agricol ou économique.
Beaucoup d’entre eux ont d’ailleurs dirigé ces fermes
avec une attitude dure et méprisante vis-à-vis des colons.
Il en a résulté un changement d’attitude de beaucoup
de ces fermiers.
Inévitablement, ils ont commencé à sentir que le
projet n’étaient plus vraiment le leur, et l’intense
détermination qui avait caractérisé toutes ces colonies
dans les premiers temps – de travailler la terre uniquement avec
leurs propres mains afin de créer une base pour la nouvelle communauté
juive - s’est affaiblie, jusqu’à bien souvent disparaître.
Beaucoup de colonies décidèrent de louer les services d’une
main-d’œuvre arabe et beaucoup de ces fermiers se sont transformés
en superviseurs du travaille des autres, plutôt que de travailler
de leurs propres mains.
Alors que le XIX ème siècle touchait à sa fin,
ces colonies avaient, pour la plupart, atteint l’indépendance
financière. Mais la plupart des caractéristiques qui avaient
marquées les moshavot dans les premiers temps avaient disparues.
Pour de nombreux colons arrivés plus tard, en particulier au cours
de la seconde alyah, les colonies de leurs prédécesseurs
étaient décevantes, manquant de ce qui, de plus en plus,
était vu comme la marque intégrale de la colonisation authentique
: le travail juif.
Les pionniers socialistes : approfondir le concept, augmenter les modèles
Cependant, les deux vagues d’alyah suivantes se sont basées
sur les fondations de ceux qui s’étaient déjà
établis, approfondissant et agrandissant à la fois la carte
de la colonisation du pays et la valeur idéologique de la colonisation
rurale. Les premiers pionniers de la seconde alyah ont commencé
à travailler dans les moshavot de la première alyah. Mais
ils rencontrèrent des difficultés majeures pour remplacer
la main-d’œuvre arabe (peu payée) qui travaillait déjà
dans les colonies. De ce fait, les relations avec les colons de la première
alyah étaient difficiles à l’extrême.
C’est pourquoi dès que l’opportunité se présenta,
au cours des années qui ont précédé la première
guerre mondiale, ils commencèrent à fonder leurs propres
colonies, sur des terres appartenant principalement au Mouvement Sioniste
et qu’ils s’accaparèrent. C’est ainsi qu’un
réseau de colonies de travailleurs indépendantes s’est
créé, principalement autour du lac de Tibériade.
A la différence des colonies de la première alyah, qui étaient
des fermes privées à l’intérieur d’un
village, les pionniers de la seconde alyah exprimèrent leurs idéaux
socialistes par la création de colonies coopératives de
travailleurs, basées dans une large mesure sur la propriété
et la direction collective. Ils appelèrent ce type de colonies
« kvoutzot ».
Idéologie
Sur le plan de l’idéologie, les pionniers de la seconde
alyah ont approfondi les idées qui avaient été exprimées
– du moins au début – par les membres de la première
alyah, en ce qui concerne la nature de la colonie agricole sur la Terre
d’Israël. Dès le début, ils ont renforcée
la valeur de travail juif, réagissant durement à ce qu’ils
avaient vu comme étant la corruption du concept par les colons
des premières moshavot. Ils développèrent le thème
de la longue histoire d’amour entre la Terre d’Israël
et son peuple : les deux amants avaient dû subir une douloureuse
rupture alors que les Juifs avaient quitté leur terre, au cours
des siècles qui ont suivi la destruction du second Temple. D’après
eux, la Terre s’était languie sans son amant et il était
temps de lui redonner sa splendeur, grâce au retour des Juifs, expression
de l’amour sans limite qu’ils ressentaient pour elle. Une
nouvelle fois, cette terre porterait des fruits, une nouvelle fois, elle
serait libérée de sa misère, de l’inculture
et de la solitude dans laquelle elle avait été laissée,
par le retour sioniste.
De plus, les Juifs eux-même seraient transformés par ce
retour au travail de la terre. A cette époque, une nouvelle idée
avait surgit : la notion selon laquelle, pendant la période de
leur Exile, les Juifs étaient tombés en disgrâce et
qu’ils n’étaient devenus, en tant que Peuple, qu’une
pâle ombre de ce que les Hébreux avaient un jour été
; un peuple fort, vital et fier qui avait gouverné cette terre
autrefois. Maintenant, le temps était venu de changer cette situation,
et cela prendrait l’effet d’un retour massif à la terre,
qui transformerait les Juifs et les ferait redevenir le peuple fier et
indépendant de la période précédente.
« Nous sommes revenus sur la Terre pour construire et pour être
construits », c’est ce qu’ils chantaient, épousant
une philosophie d’auto-transformation, où le travail de
la terre était présenté comme la clé du
changement personnel.
Il est intéressant de noter qu’au début, les colons
de la seconde alyah mettaient un point d’honneur à ne pas
s’installer dans un endroit spécifique. En effet, ils se
voyaient comme les sauveurs de la Terre dans son ensemble et non pas d’un
endroit en particulier sur lequel ils se fixeraient. A l’origine,
ils décrivaient même comme bourgeoise l’idée
de s’installer dans un endroit spécifique. Mais rapidement,
leurs idées changèrent, en particulier lorsqu’ils
s’aperçurent de l’importance, quand on veut travailler
la terre, de poser des racines permanentes.
Après la première guerre mondiale, la troisième
alyah, a continué selon les modèles de la seconde vague
d’immigration, tout en ajoutant de nouveaux types de colonisation.
En plus des radicales « kvoutzot intimes » comme ils les appelaient,
ces petits groupes dans au sein desquels régnaient ouverture totale
et intimité, ils ajoutèrent les modèles du Kibboutz
élargi et du Moshav Ovdim (colonie de travailleurs).
- Le Kibboutz élargi, dont le premier exemple est Ein Harod,
fondé en 1921, était basé sur l’idée
que plusieurs centaines de personnes pourraient créer une large
colonie collective, avec une économie mixte, embrassant de nombreuses
branches de travail différentes, qu’elles soient agricoles
ou industrielles.
- Le Moshav Ovdim, lui, était une structure intermédaire
entre la ferme privée et le village collectif de travailleurs.
Il fonctionnait sous la forme d’un village d’exploitations
agricoles dirigées de façon privée, mais qui coopéreraient
dans différents aspects de la production ou de la distribution.
Certains villages, avec des lignes de conduite similaires, s’étaient
déjà développés pendant les dernières
années de la seconde alyah. Mais ce n’est qu’à
l’époque de la troisème alyah que l’idée
a vraiment « décollée » et que des moshavim
à grande échelle se sont développés.
Géographiquement, le centre physique et idéologique de
la colonisation durant la troisième alyah se trouve dans la vallée
de Jézréel, nouvellement acquise.
L’expansion continue : les décades qui ont précédé
la création de l’Etat
A partir de ce moment, les types de colonies qui existaient ont continué
à s’agrandir et de nombreuses nouvelles colonies (de même
types) se sont créées, souvent les rejetons de colonies
qui existaient déjà mais qui s’étaient agrandies.
Un certain nombre d’entre elles a été créé
le long de la côte, par des immigrants Allemands ou d’Europe
Centrale, qui fuyaient les persécutions nazies.
Cependant, la nouvelle étape majeure qui a suivi, a commencé
à prendre place vers le milieu, fin des années 30. Il s’agissait
d’une réaction aux émeutes arabes qui s’étaient
répandues pendant ces années. On a appelé ce nouveau
type d’installations Homa OuMigdal (Muraille et forteresse), nom
qui vient du besoin de mettre en place dans la nuit, des colonies déjà
prêtes, afin de stopper les attaques arabes et l’opposition
britannique.
Un grand nombre de terrains avait été acheté par
le Keren Kayemet LeIsrael (K.K.L.) et si l’on voulait créer
des colonies sur ces terrains, malgré l’opposition britannique
et l’hostilité arabe, il fallait le faire par surprise, en
une nuit. Cela permettait de créer un fait accompli, avant qu’aucune
réaction ne puisse se faire entendre.
De nombreux colons et travailleurs partaient pour le nouveau point de
colonisation au crépuscule afin de finir d’ériger
la colonie avant le levée du jour. Le nom Homa OuMigdal vient du
fait que l’élément central de ces communautés
pré-plannifiées était la tour de garde, en son centre,
et les murailles qui entouraient la colonie. Une cinquantaine de ces colonies
ont été érigées entre 1936 et 1939, avant
la publication en 1939 du Livre Blanc - à cause duquel l’immigration
est devenue largement clandestine - et l’éclatement de la
seconde guerre mondiale. On les a principalement installées dans
la Haute-Galilée et la vallée de Beith Shean.
Une nouvelle forme de colonie a été créée
pour la première fois en 1936, il s’agit du Moshav Shitoufi.
Une variation de la structure du Moshav Ovdim, plus collective à
la fois en terme de production et de consommation, mais qui laissait un
degré de propriété individuelle intact. A mi-chemin
entre le Moshav et le Kibboutz. Ce n’est jamais devenu une forme
majeure de colonie, mais il y a eu une bonne douzaines de moshavim de
ce type.
La prodigieuse activité de peuplement des années 1936-39
a continué pendant les années suivantes, malgré les
restrictions officielles mises sur l’immigration. La période
qui a précédé la création de l’Etat
a vu la création de plus de 90 nouvelles colonies de peuplement,
dont beaucoup sur le modèle de Homa OuMigdal qui avait été
initié quelques années plus tôt. Au cours de cette
période, une attention spéciale s’est portée
sur l’idée de peupler certaines régions stratégiques,
considérées comme vitales pour l’existence du futur
Etat d’Israël. C’est ainsi qu’est née l’idée
de développer des colonies pour servir d’avantage stratégique
et sécuritaire. Le fait qu’elles pourraient aussi dicter
les futures frontières d’un Etat indépendant n’était
pas mineur, mais il s’agissait surtout d’offrir à ces
mêmes frontières une ligne fortifiée de défense.
Les premières années de l’Etat, de 1948 à
1967
Politique de peuplement à des fins sécuritaires et de
dispersion de la population
Les années qui ont suivi la création de l’Etat ont
vu différentes tâches se mêler. Chacune d’elle
était extrêmement importante, voire accablante, et était
intrinsèquement liée à une recherche de solution.
Une analyse du concept de hityashvout durant ces années le montre
de façon très claire :
- L’une des tâches majeures était d’absorber
les énormes vagues d’immigration qui sont arrivées
dans le pays pendant ces années.
- Un autre besoin était celui de disperser ces nouvelles populations,
de façon à décentraliser la population du jeune
Etat, alors que plus de 50% de celle-ci était concentrée
dans les trois principaux centres urbains : Tel Aviv, Jérusalem
et Haïfa en 1948.
- Mais surtout, il y avait un grand problème de sécurité.
Une grande partie du nouveau pays était vide. Dans de nombreux
endroits, la population arabe était partie, soit parce qu’elle
avait fuit, soit pour mieux préparer son retour, ou encore parce
qu’on l’avait encouragée à le faire. Leurs
villages étaient abandonnés, largement en ruines.
- De plus, toutes les terres pour lesquelles personnes n’avaient
de certificat de propriété étaient maintenant devenues
propriétés de l’Etat. Les frontières comprenaient
des régions peu peuplées qui invitaient à l’infiltration.
- Et enfin, pas le moins important, le pays, pratiquement en faillite
après la guerre d’Indépendance, ne produisait pas
assez de nourriture pour sa population.
Tous ces problèmes se sont posés en même temps. C’est
pourquoi un grand programme de colonisation a été lancé,
afin essayer de résoudre cette crise potentielle au sein du jeune
Etat.
Le format : les moshavim
En association avec l’Agence Juive, le gouvernement prit l’initiative
d’installer des centaines de milliers de nouveaux arrivants dans
des colonies agricoles placées dans toutes les régions «
vides » du pays, et dans les régions où la sécurité
demandait une augmentation du nombre de colonies déjà existantes.
La première forme de colonie agricole suggérée et
acceptée par les immigrants fut le moshave. Au cours des 5 premières
années de l’Etat seulement, plus de 250 moshavim ont été
créés, dans tout les pays, de la plaine côtière,
au couloir de Jérusalem, en passant par le Nord et le Sud du pays.
La majorité des nouveaux immigrants qui ont été
installés dans ces moshavim venaient des pays orientaux. Le fait
que cela ai rapidement été la cause de problèmes
sociaux n’est pas surprenant. Aucun de ces immigrants n’avait
d’expérience de l’agriculture. De plus, beaucoup venaient
de villes où le travail agricole était dénigré
comme étant primitif. La plupart étaient étrangers
aux idées sionistes qui avaient guidées leurs prédécesseurs
: leur sens de l’attachement physique à la terre, contrairement
au concept de Terre, était minimum. De plus, une tentative à
une échelle si grande, au milieu de tant de problèmes et
avec si peu de ressources, de prendre en charge une population si importante
(proportionnellement au nombre d’habitants d’origine), ne
pouvait que résulter en un nombre sans fin de problèmes,
une grande confusion et des difficultés immenses. De fait, beaucoup
de nouveaux immigrants ne se sont pas adaptés à ces conditions,
ne les ont pas accepté et ont rapidement fuit ces terres pour des
taudis urbains. Certains groupes éthniques comme par exemple les
Yémenites, se sont habitués à ces conditions jusqu’à
devenir des fermiers modèles. D’autres groupes, en particulier
les Irakiens, ont refusé de s’installer dans les colonies
rurales.
En résumé, tout le programme de colonisation de ces années
a été semé d’embûches.
Cependant, si l’on prend en compte les circonstances, les résultats
au long terme n’ont pas été si mauvais. A la fin des
années 60, presque 440 nouvelles communautés agricoles avaient
été ajoutées à la carte d’Israël.
Les trois quart presque étaient des moshavim et le reste des kibboutzim.
Ce qui a causé un changement majeur dans la répartition
des deux types majeurs de communautés rurales. En effet, avant
la création de l’Etat, les deux tiers des colonies étaient
des kibboutzim.
Le format : villes de développement
Bien que le terme hityashvout soit généralement utilisé
pour parler de colonies agricoles, il est important, à ce moment
de la chronologie, de mentionner un développement significatif
qui a débuté au milieu des années 50. Il s’agit
de la création de nouvelles villes, qu’on a appelées
villes de développement. Un concept tout nouveau dans la planification
Israélienne, destiné aux immigrants arrivés pendant
les premières années de l’Etat. La plupart pourrissaient
dans des ma’abarot (camps de transit en toile) depuis déjà
un certain nombre d’années, dans des conditions, cela va
sans dire, très difficiles. L’Etat cherchait donc des solutions
pour replacer ces personnes sans pour autant engorger les centres urbains
déjà existant. Quelques exemples de ces villes de développement
sont : Dimona, Sderot, Ofakim et Netivot, toutes dans le Néguev
et Kiryat Shmona, dans la pointe Nord.
Les villes de développement étaient des villes nouvelles
mises en place principalement pour fournir aux régions agricoles
du cœur du pays et du sud, ainsi qu’aux régions frontalières,
une série de petits centres urbains qui fourniraient des produits
et des services pour la région qui l’entourait et les régions
plus périphériques. Les nouveaux immigrants qu’on
y a emmenés ont eu l’impression d’être envoyés
au milieu de nulle part, coupés du centre de la vie du pays. Plus
tard, cela est devenu un problème, alors que l’écart
socio-économique entre les populations de ces villes et le centre
du pays devenait plus important.
Depuis le début, ce sentiment d’isolation, mêlé
à des infrastructures inadéquates qui caractérisaient
la plupart de ces villes, ont généré un ressentiment
et de la frustration qui n’ont fait qu’augmenter avec les
années. Les circonstances, aussi bien objectives que subjectives,
se sont exacerbées et ont créé des sentiments d’aliénation
et des problèmes sociaux, qui ont persisté pendant le seconde
et même la troisième génération, et qui persistent
encore. Cela a créé le terrain pour une grande colère
dirigée vers le pouvoir gouvernemental, qui était de plus
en plus considéré comme ayant manipulé les immigrants,
et profité de leur naïveté et du fait qu’ils
n’avaient aucun pouvoir. Au milieu des années 60, la création
de ces villes de développement faisait suite à la volonté
du Premier Ministre David Ben Gourion, de plus en plus exprimée,
de développer le Néguev. Mais la décentralisation
massive qu’il attendait n’a pas eu lieu.
Après la guerre de 1967 : nouveaux territoires, nouvelles questions
La phase majeure suivante, en ce qui concerne la colonisation, a commencé
tout de suite après la guerre des six jours, qui a apporté
de larges régions nouvelles sous le contrôle Israélien.
La question de la possibilité d’implanter de nouvelles colonies
dans ces territoires a immédiatement été soulevée.
Si l’on prend en compte la tradition de hityashvout du pays, vue
à la fois comme un moyen de créer des liens avec la terre
à travers un travail productif, et un moyen de sécuriser
de nouvelles régions, comme un avantage stratégique pour
l’Etat, en particulier le long des frontières, le fait que
cette question se soit posée n’est pas une surprise. Au début,
cette idée est rejettée par un contre concept annoncé
par le gouvernement immédiatement après la guerre, alors
qu’il annonce sa politique vis-à-vis de ces nouveaux territoires.
Globalement, ils sont vus comme une carte de négociation pour essayer
de tirer les gouvernements des pays alentours vers la paix, mouvement
qui pourrait mettre un coup d’arrêt à l’isolation
d’Israël dans la région.
Dans certaines régions, cependant, les deux valeurs se sont heurtées,
mais pas partout. Dans certains secteurs, il y avait un consensus très
fort pour qu’Israël garde ces territoires indéfiniment
et les annexe.
Les régions principales qui étaient vus sous cette lumière,
étaient les quartiers autour de Jérusalem qui allait pouvoir
s’étendre, le plateau du Golan, la vallée du Jourdain
et la région connue sous le nom de Gush Etzion ou bloc Etzion,
juste au sud de Jérusalem. Dans toutes ces régions, une
planification commença de façon immédiate, avec le
support du gouvernement et une approbation du public quasi-unanime.
Structure et colonies
Un anneau de nouvelles banlieues urbaines a été construit
autour de Jérusalem, afin de « sécuriser » la
tenue de la ville, avec la construction de plusieurs dizaines de milliers
de maisons dans les quartiers de Ramot Eshkol, Gilo, Ramot et Talpiot
Est.
Dans le Golan, deux kibboutzim, Merom Golan et Mevo Chama ont été
mis en place, chacun à une extremité opposée du plateau.
Au cours des années qui ont suivi, la région entre les deux
a été remplie avec une ligne de colonies, la plupart des
kibboutzim et des moshavim, et avec une ville, Katzrin, fondée
à la fin des années 70.
La vallée du Jourdain allait rapidement devenir la location d’une
série de point de peuplement. Le premier fut Kfar Mechola, fondé
en 1968. La plupart des colonies, principalement des kibboutzim et des
moshavim, furent créés dans les années 70, afin de
remplir la ligne orientale de cette région nouvellement acquise
par Israël, allant du Sud de Beith Shean au Nord de Ein Guedi.
La quatrième région a recevoir une approbation du gouvernement
quasi-immédiatement, a été la région de Goush
Etzion (bloc Etzion), où des colonies établies avant la
création de l’Etat, qui étaient finalement tombés
pendant la guerre d’Indépendance, s’étaient
trouvées. Ici, le kibboutz religieux Kfar Etzion a été
établi immédiatement après la guerre, peuplé
en majorité par les descendants des résidents de ces colonies
d’avant 1948. En deux ans, il serait suivi par un autre kibboutz
religieux et la région allait se remplir au cours des décennies
suivantes, avec d’autres kibboutzim religieux, des villages communautaires
et les villes de Efrat et Betar Illit.
Avec le développement de la région et son expansion pour
inclure de nouvelles colonies, le fait de s’installer dans cette
région est devenu de plus en plus identifié avec la droite
politique et le mouvement religieux (même si ce n’est pas
exclusivement vrai), en particulier après le changement de gouvernement
en 1977. Le consensus autour de cette région s’est rapidement
envolé et pour beaucoup, Gush Etzion est devenu un symbole du mouvement
de colonisation en entier, dans le reste de la Judée et de la Samarie
: c’était à l’extérieur de la frontière
d’avant 1967 et d’un point de vue stratégico-défensif,
peupler cette région ne semblait pas nécessaire. De ce fait,
elle s’est fondue avec le reste des colonies juives des territoires,
et la distinction qui avait été faite au début pour
cette région, comme étant une région où il
était possible de s’installer, s’est évaporée.
Une quatrième région est devenu assez tôt le centre
de l’activité de colonisation dans les années qui
ont suivi 1967. Pour cette région, le degré de consensus
était très légèrement moindre que pour les
trois autres régions mentionnées. Il s’agissait du
front sud-ouest. De notre perspective actuelle, nous pouvons diviser l’activité
de colonisation en deux régions : la bande de Gaza et les frontières
Nord et Est de la péninsule du Sinaï (juste en dessous de
Sharm-el-Sheikh).
Les premières colonies y furent installées au début
des années 70. Il s’agissait principalement de camps militaires
qui étaient rendus à la vie civile après quelques
années. Dans la région de Gaza, les premières colonies
furent Kfar Darom fondée en 1970 et Netzarim, deux ans plus tard.
L’activité de colonisation a continué pendant les
années 70 et les années 80. C’est à cette même
époque que commença une activité de colonisation
de l’autre côté de la frontière du Sinaï,
le long des axes de la côte méditerranéenne et du
Golfe d’Eilat, jusqu’au détroit de Tiran. Cette dernière
région était acceptée par pratiquement toute l’opinion
Israélienne comme étant désirable d’un point
de vue sécuritaire, mais les colonies restaient relativement sporadiques,
jusqu’à une nouvelle initiative gouvernementale au milieu
des années 70, qui amena à la création de deux nouvelles
villes : Yamit et Ophira et aux colonies du Gush Katif dans la bande de
Gaza. Ces colonies étaient vues avec un degré différent
de sympathie ou d’ambivalence par le public.
Motifs et différences :
En ce qui concerne la colonisation dans les régions qui ont été
mentionnées précédemment, il existait un consensus
général, même s’il existait des différences
sur les détails. En revanche, en ce qui concerne les autres régions
conquises en 1967, il n’y avait pas de consensus du tout et ce qui
s’est passé dans ces régions a été le
résultat d’un choque d’idéologies révélé
par les résultats de la guerre. Le succès de la guerre et
le gain de ces terres qui avaient fait partie du cœur de l’Israël
Biblique, a libéré de forts courants messianiques auprès
d’une large portion de la jeune génération de sionistes
orthodoxes. Ils ont rapidement trouvé leur expression dans la création
de groupes de colons qui souhaitaient fonder des villages dans les régions
centrales de la Cisjordanie. Au début, le gouvernement résista,
suivant la politique conseillée dans le plan Allon, qui considérait
ces régions comme des cartes de négociations pour le futur.
Mais finalement, sous la pression de ces nouveaux mouvements de colons
activistes (qui s’organiseraient en 1974 dans le cadre de Gush Emounim
– le bloc de la Foi), le gouvernement a lâché prise
et accepté l’installation d’une nouvelle colonie juive
près de Hébron.
A Hébron en particulier, le problème était complexe.
La politique gouvernementale avait toujours été d’éviter
les colonies juives dans les régions très largement peuplées
par des Arabes, et particulièrement dans les villes arabes. Cependant,
les liens émotionnels vis-à-vis de Hébron faisaient
de cette ville un cas spécial. Ce n’était pas seulement
parce que les mémoires bibliques les plus anciennes de la colonisation
de la Terre d’Israël étaient liées à Hébron,
à travers l’histoire d’Avraham et de l’achat,
par lui, de la cave de Machpelah. Hébron renfermait aussi d’importantes
mémoires modernes. Pendant de nombreux siècles, des Juifs
s’y étaient installés, voyant en elle l’une
des quatre ‘villes saintes’. Une communauté juive vieille
de plusieurs centaines d’années y avait existé jusqu’en
1929, date à laquelle elle avait été chassée
dans un bain de sang par les attaques arabes. Pour beaucoup, coloniser
cette partie relevait de l’impératif moral. Le gouvernement,
sous une pression intense, finalement décida d’accepter l’initiative.
La colonie ou banlieue de Hebron, Kiryat Arba était officiellement
fondée en 1972, avant la guerre de Kippour de 1973.
A la suite de cette guerre, l’activité coloniale dans cette
région s’est d’abord concentrée dans la Samarie.
Mais plus tard, elle est retournée en Judée, dans la région
de Kiryat Arba. Les colonies initiales ont été fondées
par le gouvernement travailliste, mais à la suite d’un changement
de gouvernement, en 1977, c’était au tour du Likoud de gouverner.
Le Likoud était dévoué à l’affaire des
colonies dans toute la région acquise en 1967 et l’activité
de colonisation augmenta. Les colonies dans cette région avaient
été largement religieuses et idéologiques.
Il ne fait aucun doute que toutes les colonies fondées par le
Bloc de la Foi sont idéologiques dans leur approche. Mais le temps
passant, le type de populations attiré par ces nouvelles colonies
s’est diversifié. Des colonies laïques se sont créées
et des colonies plus grandes, comme par exemple la ville d’Ariel,
on vu le jour, avec une population mixte.
L’enthousiasme idéologique des colons originels n’était
pas en effet la seule raison qui attirait les nouveaux colons. La qualité
de vie, le prix bas des maisons ou même des considérations
environnementales étaient de plus en plus entendues parmi les motifs
qui avaient poussé les gens à venir s’y installer.
Cependant, il ne fait aucun doute que la population des colons a injecté
un fort élément idéologique à la discussion
sur les colonies au cours des dernières décennies.
Hityashvout : terme d’hier ou réalité actuelle ?
Judée et Samarie
D’une certaine façon, les colons de ces régions
se considèrent comme étant les descendants directs de la
tradition des colons pionniers des années qui ont précédé
la création de l’Etat. L’image qu’ils ont d’eux-même
est celle de pionniers modernes, agissant dans un vide d’air idéologique,
en accordance avec l’attitude sioniste des générations
précédentes. Ils croient, par ailleurs, que cette attitude
a largement disparu dans l’Israël d’aujourd’hui.
D’une certaine façon, il se peut qu’ils aient raison.
Il est certain qu’ils sont parmi les groupes idéologiques
de la société actuelle qui lient le plus leurs actions avec
le bien de la nation et de la collectivité, tout comme les pionniers
de la première époque.
Il ne faut cependant pas oublier qu’en ce qui concerne la plupart
des caractéristiques centrales, cette comparaison est trompeuse.
Pour une première raison, c’est que les régions qui
ont été colonisées au cours de la période
ancienne étaient définies par le leadership du mouvement
sioniste (ou l’Etat) comme étant des régions d’importance
nationale, qui avaient besoin d’être peuplées pour
le bien de toute la collectivité. De ce côté-là,
la différence est claire : ces régions sont très
chaudement contestées. Pour les colons, ainsi que la portion de
la société qui les supporte (ce qui inclus sans question
une partie des gouvernements élus depuis 1967), cette vérité
s’applique certainement à leur cas. De fait, ils se réclament
agir pour l’intérêt de la nation toute entière.
Mais une large partie de la population n’est pas d’accord
avec cette définition. Au contraire, on peut dire qu’aucune
de ces régions n’a jouit d’un accord majoritaire de
la part de la population, (mises à part les régions mentionnées
plus haut qui ont été consensuelles tout de suite après
1967). C’est ainsi que, si les colons se considèrent comme
étant les détenteurs de la tradition des générations
de pionniers précédentes, servant la nation en s’installant
dans ces régions, pour une bonne partie de la population, leurs
colonies sont vues sous un jour totalement différent.
Une autre différence est liée au concept de sécurité.
Dans les premiers jours, les colonies étaient pratiquement vues
comme des postes avancés militaires, qui allaient résister
en cas d’attaque et qui, de ce fait, jouaient un rôle militaire
très important. Les colonies d’aujourd’hui sont clairement
différentes. La nature de la guerre a changé et on ne peut
plus raisonnablement attendre d’une colonie qu’elle résiste
à l’attaque de la même façon que leurs prédécesseurs
l’ont fait en 1936-39 ou en 1947-48. De plus, et essentiellement
à cause du changement de la nature de ces attaques militaires,
les colonies peuvent au contraire être vues comme des handicappes,
puisqu’elles nécessitent de larges déploiements militaires
alors que ceux-ci pourraient être nécessaire ailleurs, pour
la défense générale, en cas d’attaque. En tout
état de cause, on n’attend pas d’eux qu’ils offrent
un support militaire comme c’était le cas dans l’ancien
temps. Pendant la guerre de Kippour de 1973, il a plutôt fallut
évacuer les colonies du Golan dans les heures qui ont suivi l’attaque
Syrienne.
Une troisième différence est située dans la vie
intérieure de ces colonies elles-mêmes. Comme nous l’avons
mentionné plus haut, une des idées majeures des mouvements
de pionniers de la première époque, consistait dans le travail
physique, qui était considéré comme liant une personne
à la terre et lui faisant gagner le droit sur cette terre. La majorité
des colonies d’aujourd’hui ne sont pas collectives. Certaines
des colonies de Judée et Samarie sont effectivement des colonies
agricoles, mais la majorité des colons sont en fait des «
banlieusards », des cols blancs qui travaillent à l’extérieur
de leur colonie. Certaines de ces communautés pourraient même
être qualifiées de « villes dortoires » étant
donnée qu’elles sont en grande partie vides pendant la journée.
Pour toutes ces raisons, elles auraient donc certainement été
critiquées par les pionniers de la vielle époque, ou tout
au moins, elles auraient été considérées comme
étant un type différent de colonies, par rapport aux Kibboutzim
et Moshavim de la période précédente.
Mitzpim en Galilée
Mais il existe aussi un développement parallèle à
ces colonies à l’intérieur des frontières de
1967, dans une région différente et moins controversée
d’Israël : la Galilée. Dans cette région en effet,
la population juive était éparpillée. C’est
pourquoi de nouvelles initiatives ont eu lieu à la fin des années
70 pour y renforcer la présence juive.
La Galilée, bien qu’elle ait été en de nombreuses
façons l’une des régions centrales de la Hityashvout
depuis le début du XX ème siècle, a été
dans une position relativement anormale dans les première décennies
qui ont suivies l’Etat d’Israël. Une large population
arabe y était restée en 1948 et avait été
incluse dans la population de l’Etat d’Israël. Dans de
nombreuses régions du Nord, où les villages juifs étaient
peu nombreux, il y avait donc une minorité arabe relativement importante.
Un inconfort occassionnel était ressenti par rapport à
cette situation mais ce n’est qu’avec le premier gouvernement
de Begin qu’une décision d’agir a été
prise.
On a mis en place un plan pour développer une série de
colonies appelés Mitzpim (Guêt), sur les points topographiques
les plus élevés de la région, qui avaient été
définis comme des priorités. Certains de ces villages seraient
des kibboutzim, d’autres des moshavim, mais la plupart seraient,
une fois encore, des communautés non-collectives, cités-dortoires
à partir desquelles la population partirait travailler dans les
villes voisines. Une des caractéristiques intéressantes
de ces communautés et qu’elles rassemblaient parfois des
gens autour d’une idéologie claire, bien que pas nécessairement
connectée avec le mouvement sioniste, comme c’était
le cas des colonies de la Judée, de la Samarie et de la bande de
Gaza. Il s’agissait d’idéologies d’amélioration
spirituelle, comme par exemple une communauté qui se réclamait
de la philosophie anthroposophique définie par l’Australien
Rudolf Steiner. Une autre communauté était dédiée
à la méditation. Ces idées étaient représentatives
d’un changement qui s’est produit à un niveau profond
au sein de la société israélienne. De plus en plus,
on se détournait des idées à l’échelle
nationale, afin de partir à la recherche d’une satisfaction
plus personnelle, d’une paix intérieure. La beauté
à couper le souffle des collines de la Galilée était
l’endroit idéal pour attirer une partie au moins de ces populations
et c’est ainsi qu’une nouvelle sorte de colonies était
née.
Transformation de l’intérieur : le mouvement des kibboutzim
Si l’on parle des changements qui se sont produits entre les communautés
de pionniers traditionnelles, d’un côté, et certaines
des nouvelles communautés créées dans les années
70 et 80, il est important de mentionner les changements qui se sont produits
aussi au sein des anciens type de communautés idéologiques
eux-mêmes.
Pour des raisons qui seraient trop compliquées à expliquer
ici, dans un survol aussi bref de la situation, mais qui sont reliées
avec le déclin des idéologies collectives traditionnelles
telles que nous les avons vues avec l’exemple des Mitzpim, le kibboutz
– le porte-drapeau idéologique de la colonisation juive -
a connu de très importants changements idéologiques, en
particulier au cours de deux dernières décennies.
De plus en plus de kibboutzim se sont éloignés de la vieille
idéologie collectiviste qui avait jusque là servi de dénominateur
social commun. De même, la vieille idéologie pionnière
qui consistait à « servir la nation », qui avait autrefois
défini l’attitude du pays en entier, est en train de s’amoindrir.
De nombreux kibboutzim sont allés très loin dans le processus
de redéfinition, jusqu’à devenir pratiquement des
communautés individualistes, où les éléments
de partenariat mutuel et de responsabilité collective sont rabaissés
à la faveur d’une éthique de bien-être personnel
et de responsabilité individuelle.
- Dans de nombreux kibboutzim, les services communautaires ont été
abolis ou coupés et la philosophie de la communauté comme
fournissant des services que des individus peuvent (ou ne peuvent pas)
acheter, selon leurs goûts et leurs besoins, est maintenant prévalente.
- Certains kibboutzim ont aussi utilisé leurs terres pour développer
des projets de construction immobilière, en vue de les vendre
au public général.
- De plus, la loi permet maintenant d’être propriétaire
d’une maison dans un kibboutz, changeant de ce fait l’essence
même du système de propriété du kibboutz.
En général, une éthique fondamentalement capitaliste
a remplacé la vision socialiste d’hier, à la fois
en termes de relations internes au sein du kibboutz et des relations avec
la société extérieure. Il s’agit encore de
Hityashvout, mais une fois encore, la plupart des associations qui avaient
caractérisées le terme avant la création de l’Etat
et ses premières années ont disparu de la scène.
Conclusion : Hityashvout en tant que symbole
ou en tant que mot.
Il ne fait pas de doute que le concept de hityashvout est l’un
des plus importants aspects du mouvement sioniste et de l’Etat d’Israël.
En effet, on ne peut concevoir le développement d’une nouvelle
société sans colonisation, et ce, pas seulement en terme
de la réalité physique que cela provoque, mais plus encore
en terme des valeurs qu’elle exprime. Cependant, alors que la société
a changé dans de nombreux domaines, il aurait été
surprenant que le concept de hityashvout reste statique. Le dégagement
des valeurs de bien collectif et de l’Etat vers un bien-être
individuel et des valeurs plus personnelles est sans doute l’une
des tendances les plus marquées de la société Israélienne
de ces dernières décennies. Et ces changements qui peuvent
se sentir à bien des niveaux de la société Israélienne
peuvent aussi être ressenti, naturellement, au niveau du concept
de hityashvout.
D’une certaine façon, la hityashvout peut être considérée
comme étant le test des changements d’une société.
Ce n’est sans doute pas un hasard si ceux qui se considèrent
encore comme représentant les défenseurs des valeurs nationales
mettent l’accent sur le concept de hityashvout (« les colonies
»), qu’ils considèrent comme leur plate-forme principale.
Alors que les autres, qui ne considèrent pas que ce soit la bonne
manière de progresser, considèrent ces mêmes colonies
comme une métaphore représentant l’ennemi interne.
Pour terminer, nous dirons un mot sur la terminologie du mot «
colonie ». En Hébreu, un nouveau mot a été
utilisé pour faire référence à la colonistation
au-delà des frontières de 1967. Il s’agit du mot Hitnachalout
– qui signifie aussi colonisation, mais avec une connotation plus
biblique. Cette expression, curieusement, a été acceptée
et adoptée aussi bien par les opposants aux colonies que par les
adhérents à cette idée. Il est intéressant
à cet égard de noter que pour les colons eux-même
(ou les défenseurs de cette idée), le terme est interchangeable
avec hityashvout et est naturellement vu de façon positive. En
revanche, pour les opposants à ce mouvement, le terme a une connotation
négative et est utilisé exclusivement pour faire référence
à ce type de colonies. « Hitnachalouyot » est pour
eux opposé à l’idée de colonie légitime
(concept réservé à hityashvout pré-1967 ou
pour les régions du plateau du Golan et de la Vallée du
Jourdain0. Comme s’ils ne voulaient pas abîmer le mot hityashvout
en l’associant avec ces créations nouvelles et différentes.
Ou alternativement, afin de ne pas faire profiter les nouveaux colons
de la couronne de gloire qui appartient traditionnellement aux premiers
colons.
En Français, naturellement, cette distinction n’existe pas.
De ce fait, les termes de colonie ou colonisation ont souvent pris une
connotation négative, à tel point que cela menace de faire
disparaître tout aspect positif qui pouvaient être associé
à ce mot. Lorsque l’on parle de réalités autour
de concepts qui sont si profondément et fortement liés aux
émotions, il est triste, bien que compréhensible, de constater
que la langue hébraïque est devenue une arme dans la guerre
des idées.
Bibliographie :
A Bein : The Return to the Soil. A Story of Jewish Settlements in
Israel.
J. Ben David (ed): Agricultural Planning and Village Community in Israel.
Israel Pocket Library. Immigration and Settlement.
H. Near: The Kibbutz Movement – A History (deux volumes)
D. Weintraub, M. Lissack, A. Agmon : Moshava, Kibbutz and Moshav.
S. Hattis Rollef (ed.): A Political Dictionary of Israel
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