Contemporary Jewish Demography

 

 

Demography

 

Démographie
par Steve Israel

  1. Introduction
  2. Les évenements de Russie à la fin du XIX ème siècle
  3. L’Holocauste
  4. Sionisme et la création de l’Etat d’Israël
  5. La chute du communisme en Europe de l’Est et Centrale.
  6. Les facteurs économiques qui causent l’immigration
  7. Assimilation et mariages inter-communautaires.
  8. Résumé sur cette question : suggestion de signification.
  9. Suggestions d’exercices éducatifs

1) Introduction

Une des questions les plus délicates dans le monde juif contemporain concerne la démographie.

  • Combien de Juifs y a-t’il aujourd’hui ?
  • Qu’arrive-t’il à la population juive dans les différentes parties du globe ?
  • Quelles sont les proportions relatives d’Israël et de la Diaspora dans la population juive mondiale ?
  • Mais bien plus importante que les nombres eux-mêmes, la question véritable et sans doute cruciale se cache en dessous de la surface : Quelle est la véritable signification de ces nombres ?
  • Quelle est la nature du changement d’équilibre du pouvoir démographique entre l’Etat d’Israël et la Diaspora ?
  • Quelles tendances suggèrent-ils ?
  • Quelles sont les implications des nombres d’aujourd’hui pour le futur ?
  • Et la question à laquelle il est, sans doute, le plus difficile de répondre pour tous ceux qui passent leur vie à compter les Juifs, est : Qui, exactement, faut-il compter ?
  • Ou en d’autres mots, pour les besoins des calculs démographiques, Qui est juif ?

Dans cet article, nous allons essayer de répondre à toutes les questions qui relèvent de la démographie du judaïsme mondial contemporain. Mais pour mieux les comprendre, nous les présenterons dans différents contextes : l’histoire juive dans sa totalité, l’histoire juive moderne plus spécifiquement, et la sociologie juive contemporaine. C’est, en effet, la seule façon de donner un sens aux chiffres bruts et aux statistiques.

Il y a peu de peuples, si ce n’est aucun, dans le monde aujourd’hui, pour lesquels la mobilité géographique a joué un rôle aussi important dans l’histoire que pour le peuple juif. Traditionnellement, dès les Patriarches de la Bible (qui ont représenté pour la plupart de l’humanité l’archétype du modèle nomade) les juifs étaient un peuple nomade. Une simple étude de la Bible montre que, malgré le fait que les racines juives soient si inextricablement ancrées dans la Terre d’Israël, les Juifs sont d’extraordinaires voyageurs. Les patriarches ont erré, tout comme les différentes tribus. Puis la nation a été exilée. De plus, malgré l’erreur commune qui veut que les Juifs n’aient quitté leur terre qu’après la destruction du second Temple, force est de constater que bien avant cette date fatidique (70 de notre ère), plus de juifs vivaient en Diaspora que sur la Terre d’Israël. A cette époque, à l’orée du premier millénaire, on trouvait déjà des Juifs dans tout l’Empire romain, en Asie et en Afrique du Nord. La population juive totale du monde connu à cette époque est estimée entre 4.5 et 7 millions.

Un grand changement eut lieu après la destruction du Temple. En quelques générations, non seulement une majorité de Juifs se trouva vivre en dehors d’Israël, mais le centre de gravité du monde juif se déplaça lui aussi déplacé vers l'extérieur. Après la compilation de la Mishna qui eut lieu en Eretz Israël (approximativement 200 de notre ère), le rôle de l’ancienne communauté de Babylone devint de plus en plus proéminent. De son côté, la communauté de Judée entra dans une période de déclin dont elle ne devait sortir qu'au XX ème siècle. A partir de cette époque, la vie juive se concentra principalement en Diaspora, et différents centres juifs apparurent puis disparurent en une succession rapide.

En quelques générations, plusieurs grands centres juifs fleurirent simultanément. Mais ce ne fut que le temps d’une génération ou deux, au XVIème siècle, qu’un centre significatif de vie juive exista en Eretz Israël. Nous avons donc l'image générale de plusieurs centres juifs en diaspora sur une période a de plusieurs milliers d’années.

Avec le déclin de Babylone, on assista à la montée des centres dl’Espagne et d'Ashkenaz (Allemagne). Puis, avec leur déclin, l’Afrique du Nord et la Pologne devinrent des centres dominants. Plus tard encore, ce fut le tour à nouveau de l'Europe du Nord et de l’Ouest. Enfin, les terres nouvellement découvertes des Amériques devinrent une nouvelle destination pour les Juifs, ce qui ouvrit un nouveau chapitre de l’histoire des communautés juives.

En ce qui concerne le Moyen Age, quelques remarques s'imposent : il ne fait aucun doute qu'au cours de cette période la population juive mondiale déclina de façon substantielle. Vers le XV ème siècle, par exemple, on estime le nombre global de Juifs à approximativement 1 million. De plus, jusqu’au début de la période moderne, la majorité des Juifs vivaient en Orient ; seuls 30% environ du million de Juifs mentionné plus haut (soit près de 300,000) vivaient en Europe. Au début de l’époque moderne, à partir du milieu du XVIII ème siècle, cet état de fait commença à changer. La population mondiale augmenta, ainsi que le nombre de juifs vivant en Europe. En 1800, 2.5 millions de Juifs environ vivaient à travers le monde, dont 1.5 million en Europe.

Mais la dynamique qui a créé la situation actuelle n’a eu lieu qu’à la fin du XIX ème siècle. A cette période les grands centres juifs de l'Europe de l’Est ont commencé à déverser leur population vers Amérique, principalement l'Amérique du Nord, dans une moindre mesure vers l'Amérque du Sud, vers le monde anglophone dans son ensemble et enfin, et c'est peut-être plus significatif, vers la vieille/nouvelle Terre d’Israël.

C’est à ce point qu’il nous faut examiner l’histoire de façon plus précise.

Chacun des six phénomènes suivants a joué un rôle dans la composition démographique moderne du judaïsme dans son ensemble :

  • Les événements survenus en Russie à la fin du XIX ème siècle.
  • L’Holocauste.
  • Le Sionisme et la création de l’Etat d’Israël.
  • La chute du communisme en Europe de l’Est et Centrale.
  • Les facteurs économiques qui causent l’immigration et
  • L’assimilation et les mariages inter-communautaires.

2) Les événements de Russie à la fin du XIXème siècle.

1881 est une date-clé de l’histoire juive moderne. A la suite des événements qui se sont produits cette année-là des changements d’une extrême importance ont eu lieu –d'ordre à la fois démographique et idéologique – qui ont transformé de façon définitive le visage de la population juive mondiale. Les premiers frémissements ont commencé à se faire sentir à travers la communauté juive d’Europe de l’Est, groupée dans la zone de résidence autorisée aux Juifs, à l’Ouest de la Russie.

Ces changements sont le plus souvent attribués au grand pogrom de 1881 qui suivit l’assassinat du Tzar Alexandre II, assassinat dont les Juifs furent tenus pour responsables. S’il est vrai que le pogrom fut le catalyseur immédiat de l’intense volonté de changement et du vent nouveau qui avait commencé à souffler, on a souvent sous-estimé ou mal compris que ces événements avaient aussi une cause démographique profonde.

En effet les pogroms visaient une population juive qui était en train de mourrir de faim. L’Europe de l’Est en général, mais plus particulièrement la Russie Occidentale (ouverte aux Juifs), était la région la moins développée d’Europe, et les Juifs étaient sans doute la population la plus durement touchée par la crise économique. N’étant pas autorisés, dans la plupart des régions, à posséder de la terre, ils étaient forcés à gagner leur vie dans un nombre restreint de professions. De plus, ils étaient bien souvent les victimes d’une discrimination de la part du régime. Dans des circonstances économiques plus favorables, ils auraient eu des difficultés. Ajoutons à cela que le XIX ème siècle fut le témoin d’une explosion démographique au sein de la population juive d’Europe de l’Est restée inexpliquée jusqu’à ce jour.

La population juive était en augmentation depuis plusieurs générations, mais les quatre-vingts premières années du siècle virent un extraordinaire accroissement de cette population. En moins de deux générations, elle passa d'environ 1 million vers 1800 à plus de 5 millions en 1880, soit une augmentation de plus de 500%. Dès le départ, la position des juifs était très difficile et naturellement, à la suite de ces nouvelles circonstances, la situation matérielle de la population se détériora de façon dramatique, ce qui eut pour résultat une pauvreté généralisée et un peuple en proie à la famine. La communauté et ses institutions s'effondrèrent.

C’est dans ce contexte que les pogroms se produisirent. Faut-il s'étonner de ce que la réponse de la population fut à la fois d'ordre démographique et idéologique?

Idéologique car il était clair pour beaucoup (les jeunes en particulier), qu’il n’y avait pas d'avenir pour eux en Europe de l’Est, et qu'ils devaient commencer à prendre leur situation en main. Par leurs propres efforts qu’ils allaient devoir changer leur situation. Ils ne pouvaient plus attendre passivement le miracle qui viendrait améliorer leur sort. Un nombre de plus en plus important de Juifs commencèrent à entrer dans les rangs des mouvements socialistes et révolutionnaires. D’autres cherchèrent une solution dans ce qui allait bientôt devenir le mouvement sioniste.

Ces réponses furent assez rapides à se mettre en place. Mais la réponse démographique fut prise presque immédiatement : les Juifs d’Europe de l’Est réagirent aux pogroms en décidant de quitter la Russie et l’Europe de l’Est. Immédiatement à la suite des pogroms, des milliers, puis des dizaines de milliers, et très vite des centaines de milliers puis des millions de juifs quittèrent ces régions. Ils partaient pour un pays qui offrait plus de promesses dans le monde moderne : la plupart voulaient partir pour l’Amérique.

Les Juifs considéraient en effet que l’Amérique offrait le potentiel le plus grand. C’était la « Goldene Medina », l’Etat d’or, où, disait-on, les rues étaient pavées d’or et où les immigrants pouvaient améliorer leur situation économique et même gravir les échelons de la société très rapidement. C’était ce mythe de l’Amérique, bien plus qu’une réalité concrète, qui les attirait.

Si la majorité des immigrants qui quittaient l’Europe de l’Est voulaient immigrer en Amérique, nombreux furent ceux qui se retrouvèrent dans toutes sortes d’endroits différents. Pour de nombreuses raisons, (des agents de voyages peu scrupuleux qui profitèrent de la crédulité des immigrants, le manque de fonds et les efforts de certains philantropistes qui avaient d’autres plans pour ces Juifs) certains n'arrivèrent jamais à la destination dont ils avaient rêvé. Beaucoup s'arrêtèrent en Europe de l’Ouest, en particulier en Angleterre. D’autres partirent en Amérique du Sud.

Cependant, une large majorité arriva aux Etats-Unis où ils formèrent rapidement la vaste majorité des communautés juives locales.

Ils représentaient la troisième vague d’immigrants Juifs en Amérique. Une situation qui n’est pas différente, en de nombreux points, à la situation dans laquelle de nombreuses autres communautés se sont trouvées. Les vétérans étaient presque tous Sépharades (originaires d’Espagne), personnes dont les ancêtres avaient quitté l’Espagne et le Portugal au cours des siècles passés et qui s’étaient dirigées vers le nouveau monde en espérant échapper aux persécutions religieuses. Une autre vague d’immigrants juifs était arrivée d’Europe Centrale au milieu du XIX ème siècle, poussés par une combinaison de motifs religieux, économiques et politiques. Dans les années 1870, plusieurs milliers d’immigrants juifs d’Europe de l’Est avaient trouvé leur chemin jusqu’en Amérique du Nord, mais il ne s’agissait que d’un prélude aux flots qui allaient se déverser sur le pays dans les décades suivantes. En tout, plus de 2 millions de juifs se sont frayés un chemin vers la nouvelle « Terre Promise » au cours de ces années.

La plupart des immigrants, à leur arrivée en Amérique, ont rencontré une réalité très difficile, parfois même horrible - une réalité très lointaine des rêves de fortune rapide qu’ils avaient fait en Russie. Une prolétarisation brutale fut le lot de la majorité dans les ateliers des grandes villes (New-York, Philadelphie, Chicago) où ils étaient exploités. De larges ghettos juifs, centres de pauvreté sordide où les problèmes sociaux se sont très vite multipliés, ont commencé à pousser dans ces villes, comparables à ceux qui se développèrent dans d’autres villes. Le Lower East Side par exemple était, en de nombreux points, une version plus grande de l’East End à Londres.

Il est important de se souvenir que ce large exode d’Europe de l’Est suffisait à peine à draguer hors de la Russie le « surplus » de population. La population juive de la zone de résidence autorisée en Russie est restée à peu près stable, autour de 5 millions à la veille de la première guerre mondiale, et ce malgré le départ de 2.5 millions de juifs dans les 3 décennies précédentes. Au cours de ces années, une grande partie de la population juive a été attirée par les grandes villes qui se développaient à la suite d’investissements industriels et d’autres facteurs économiques. Des villes comme Odessa, Bialystok, Lodz et Varsovie en particulier, avaient maintenant développé un large proétariat juif. Varsovie devint géante – la plus large population juive du monde – avant d’être finalement dépassée par New York.

Ainsi, l’expérience de prolétarisation et d’installation dans de grands centres urbains fut partagée, dans une certaine mesure, par ceux qui étaient partis vers le nouveau monde, et ceux qui étaient restés dans l'ancien.

Dans le monde juif, on peut dire en général (au moins pour le monde Ashkenaze, largement majoritaire à cette époque), qu’il s’est agi d’années de grandes difficultés, mais aussi de grand dynamisme et d’importants changements. Dans les villes du nouveau monde, les conditions brutales rencontrées à l’arrivée des immigrants, laissaient rapidement place, souvent en moins d’une génération, à une situation économique et sociale bien meilleure. Les Juifs ont souvent connu une véritable ascension sociale.

D’un autre côté, en Europe de l’Est, cette ascension sociale ne fut le lot que d’une petite minorité. La grande majorité est restée dans la classe des travailleurs, à cause de la croissance économique limitée dans toute la région. Il faut toutefois ajouter que les opportunités de progresser socialement pour les Juifs étaient bien souvent limitées.

3) L’Holocauste

Malgré l'horreur associée à l’holocauste, il est relativement facile de calculer ses effets démographiques. Le plus évident fut la destruction quasi-totale des communautés juives d’Europe Centrale et Orientale. Avec pour deux seules exceptions (la Hongrie, où l’on estime à 100,000 le nombre de Juifs qui ont survécu grâce à des circonstances très spéciales, et l’intérieur de la Russie, qui n’ayant jamais été conquise par les Nazis, était devenue un refuge pour des centaines de milliers de Juifs qui se précipitèrent vers l’Est durant les années de la guerre). Le cœur du judaïsme européen fut complètement détruit et la carte du monde juif changée pour toujours. La population juive globale est tombée de près de 16.6 millions en 1939 à moins de 11 millions après la guerre.

Le nombre de Juifs ayant survécu et souhaitant quitter leur terre natale pour toujours a de loin dépassé le nombre de ceux qui souhaitaient retourner dans leur maison d'Europe de l’Est et Centrale. Un autre facteur décisif furent les pogroms qui éclatèrent immédiatement après la guerre dans les régions où les Juifs revinrent. Il est difficile de donner des nombres précis mais des centaines de milliers de juifs suivirent l'exemple des générations précédentes, se tournant vers la Palestine-Israël d’un côté, vers les Amériques, l’Europe de l’Ouest, l’Australie et l’Afrique du Sud de l’autre. On estime qu’à peu près 150,000 survivants de l’holocauste arrivèrent en Palestine /Israël dans les années de l’immédiat après guerre. Les effets causés par ces survivants sur toutes les communautés auxquelles ils se sont joints ont été énormes. En particulier à long terme puisque certaines de ces communautés sont ressorties de l’expérience avec la conscience que l’Holocauste est l’élément central de leur identité juive.

4) Sionisme et la création de l’Etat d’Israël

La montée du sionisme et la création de l’Etat d’Israël ont eu un impact énorme sur la plupart des aspects de la vie juive. Notons en particulier l'impact du sionisme sur la révolution démographique .

L’émergeance d’un nouveau centre juif influent dans la vieille/ nouvelle Palestine est d’une importance bien plus grande pour les Juifs que les changements démographiques mais la démographie elle-même est frappante à plusieurs égards. En 1800, la population juive totale de Palestine était de quelques milliers. Ce nombre venait juste de dépasser les 25,000 avant le début de l’alyah « sioniste » qui suivit les pogroms de 1881.

Au contraire de l’immigration de masse drainant des millions vers l’Ouest – en particulier les Etats-Unis – dans les décades qui suivirent 1881, les alyot sionistes (vagues d’immigration vers Eretz Israël) étaient de petite taille. En 1914, à la fin de la seconde Alyah, on estime que moins de 65,000 personnes avaient rejoint la communauté juive de Palestine et y étaient restés. Les nombres augrmentèrent considérablement entre le milieu des années 20 et à la fin des années 30, la population juive dépassait les 425,000. La décade suivante ajouta un peu moins de 200,000 Juifs si bien qu’à la veille de l’Indépendance, un peu plus de 600,000 Juifs vivaient en Eretz Israël.

Dans le portrait de ce développement, il faut aussi prendre en compte le passé ethnique des populations. Avant que les vagues d’immigrations sionistes ne changent le visage du pays, la plus grande partie des Juifs de Palestine était d’origine Sépharade. Beaucoup d’entre eux pouvaient retracer la présence de leur famille en Terre d’Israël sur des générations. Les immigrants qui arrivèrent en grand nombre dans les décennies précédant la création de l’Etat, à l’exception de quelques groupes significatifs arrivés du Yémen, venaient presque tous d’Europe.

Cela n’est pas une surprise étant donné que l’idéologie sioniste est originaire d’Europe, et a fait suite à l'effervescence nationaliste qui avait embrasé tout le continent à travers le XIX ème siècle. L’Orient, qui depuis quelques siècles vivait une phase d’endormissement, était moins touché par ces phénomènes et ne trouverait un intérêt dans ces idées qu’au XX ème siècle. De ce fait, le nouvel Etat d’Israël est presque exclusivement la création de Juifs ashkénazes sionistes en révolte contre le mode de vie européen.

Une des premières décisions du nouvel Etat fut de changer la politique des Britanniques au sujet de l’immigration. Ces derniers l’avait très largement restreinte dans les années d’avant guerre. Immédiatement, les nouveaux immigrants arrivèrent en masse dans le nouveau pays. A cette époque, il y avait deux sources principales d’immigration : les survivants de l’Holocauste, dont beaucoup avaient été internés par les Britanniques dans des camps à Chypre, et la masse des juifs d’Orient, qui, jusqu’à ce point n’avaient joué qu’un rôle marginal dans l’histoire sioniste. Ces communautés avaient décidé de venir en Israël suite à un mélange de circonstances, résultat à la fois de la propagande sioniste, d’un enthousiasme messianique et de l’atmosphère anti-sioniste / anti-juive qui commençait à se développer dans de nombreux pays Arabes.

Au cours de années qui suivirent l’Indépendance, le caractère de l’Etat juif, en tant que création européenne, berceau de l’idéologie sioniste, commença à être remis en cause par les immigrants qui, par centaines de milliers, sont arrivèrent d’Asie et d’Afrique. Les trois plus grands pays d’immigration de cette époque étaient : l’Iraq (de loin le plus important), le Yémen et le Maroc. Les immigrants de ces pays se joignirent aux juifs arrivés de l’Europe post-holocauste, en particulier de Roumanie et de Pologne.

Alors qu’Israël commençait à se peupler et à intégrer quelques 680,000 immigrants arrivés entre 1948 et 1952, les centres juifs dans le monde entier commençaient à se vider. Des centres qui avaient été influents pendant des siècles, parfois même des millénaires, comme en Babylonie (Irak) ou au Yémen. Ces années correspondent au « début de la fin » de ces communautés et à leur relocalisation dans leur contrée d’origine, la Terre d’Israël.

La population juive du jeune Etat a plus que doublé dans les années qui ont suivi son établissement, créant des frictions sociales intenses et des problèmes qui continuent à influencer le pays aujourd’hui encore. Dans les années qui suivirent, cependant, le niveau de l’immigration baissa à des chiffres plus faciles à gérer, et ce, pour les trois décennies suivantes. De nombreux juifs ont continuèrent à arriver dans les années 50, en particulier de pays comme la Pologne, la Roumanie et le Maroc. A la suite de la guerre de 1967, un nombre significatif d’immigrants arriva de l’Occident, en particulier de pays Anglo-Saxons et d’Europe de l’Ouest.

Les immigrants d’Union Soviétique commencèrent à arriver dans les années 70, suite une pression intense de l’Occident. A la fin de la décade, près de 140,000 d’entre eux avaient pu sortir d’URSS pour venir en Israël. Cette Alyah fut considérée comme un triomphe par les Juifs à travers le monde, d’autant plus qu’elle comprenait un nombre important de figures proéminentes tels des anciens «prisonniers de Sion », qui étaient devenus célèbres au cours de leur combat. Mais cela causa du ressentiment en Israël, en particulier parmi les couches les plus socialement désavantagées de la population. Ce n’était qu’un prélude à l’arrivée bien plus massive de Juifs d’Ex-Union Soviétique qui eut lieu à partir de la fin de années 80, avec un sommet en 1990-91. A la fin du XX ème siècle, plus de 375,000 Juifs russes étaient arrivés en Israël.

Une autre vague d’immigration notable arriva d’Ethiopie, principalement en 1984 (opération Moïse) et en 1991 (opération Salomon). Elle apporta un élément jusque là inconnu dans la population d’Israël et même dans la conscience du judaïsme mondial. L’arrivée des Ethiopiens fut à la fois une source de grande fierté et de grandes frustrations, dues principalement aux difficultés d’intégration qui sont encore largement senties aujourd’hui au sein de cette communauté.

Plus récemment, le nombre d’immigrants des communautés d’Argentine et de France a augmenté significativement.

Voir www.judaica.org.il

Facteurs de répulsion et facteurs d’attraction

Pourquoi tous ces gens sont-ils venus en Israël ? Ce sujet a un intérêt qui va au-delà du contexte sioniste. Pour comprendre pourquoi les gens vont d’un endroit A à un endroit B, il faut analyser deux catégories de facteurs. Les facteurs de répulsion et les facteurs d’attraction.

Les facteurs de répulsion, c’est tout ce qui peut pousser une personne à quitter sa maison.
Les facteurs d’attraction, tout ce qui peut la pousser à choisir un endroit plutôt qu’un autre pour s’y installer.

Il ne suffit pas de comprendre pourquoi une personne veut quitter un endroit A. Il faut aussi comprendre pourquoi elle choisit de s’installer dans un endroit B plutôt que C. Lorsque l’on veut appliquer ces principes aux Olim (nouveaux immigrants) qui sont venus en Palestine /Israël, la complexité de cette question devient évidente.

Les immigrants sionistes du début étaient principalement des personnes qui ressentaient l'impossibilité de continuer à vivre en Europe de l’Est, mais elles étaient aussi attirées par l’idéologie sioniste et l’idée de vivre dans un Etat ou une société juive. Parmi eux, nombreux étaient ceux qui ne pouvaient pas continuer à vivre en Europe parce que cela ne correspondait pas à l’idée qu’il se faisaient de vivre une vie juive. D’autres, encore, voulaient un changement géographique plutôt qu’idéologique. Beaucoup d'autres, arrivés à la même période que les sionistes, ne sont pas venus pour des raisons idéologiques. La plupart d'entre eux étaient attirés par l’idée de la vie sur la Terre d’Israël mais ne voulaient rien avoir à faire avec l’idéal sioniste, un Etat ou une société juive.

Tous ces immigrants étaient attirés par l’idée de partir vivre en Israël, cependant, chacun avait une raison différente de vouloir y vivre et ce qu’il voulait y voir. Cela a été la source de nombreux conflits dans les années qui ont suivi leur arrivée. Et même après la création de l’Etat, nombreux sont ceux qui sont arrivés, non pas grâce à l’Etat, mais plutôt en dépit de l’Etat.

Beaucoup sont arrivés en Palestine /Israël parce qu’ils avaient été repoussés de leur pays d’origine et qu’ils n’avaient pas d’autre solution. Ce fut le cas de nombreux juifs d’Europe centrale qui, dans les années 30, fuyaient le Nazisme et le fascisme. La plupart d’entre eux n'arrivèrent pas en tant que sionistes actifs. Ils auraient préféré rester dans leur pays d’origine, ce qu’ils auraient fait si les circonstances politiques ne les avaient pas poussés dehors. Ils arrivèrent en Palestine parce qu’il n’y avait que peu d’options. De plus, jusqu’à ce que les Britanniques limitent sévèrement l’immigration, a Palestine était plus facile d’accès que de nombreuses autres destinations.

Cependant, quand ces personnes arrivèrent Palestine et prirent conscience de la réalité, beaucoup devinrent sionistes. Ainsi, le facteur d’attraction n’a eu un effet sur eux qu’après seulement. D’autres groupes, les Yéménites par exemple, arrivés au début des années 20, et les Ethiopiens à la fin du XX ème siècle, sont arrivés en Palestine /Israël avec très peu de connaissances sur la réalité de la vie sur place et sur l’idéologie sioniste. Ils étaient attirés par un rêve messianique qu’ils poursuivaient de génération en génération depuis des milliers d’années.

Beaucoup sont partis en Palestine /Israël pour des raisons économiques. Par exemple, ceux qui ont quitté la Pologne au début des années 20, ceux qui ont quitté l’ex-Union Soviétique dans les années 90 et aujourd’hui les Argentins. Un grand nombre de ces immigrants ont été transformés par leur expérience alors que d’autres ont choisi une autre destination ou de rentrer chez eux quand des opportunités économiques se sont ouvertes à eux.

Un des aspects intéressants de ces cheminements variés, est l’interraction entre les différents groupes qui ont petit à petit constitué la société Israélienne. Si l’on considère à la fois la diversité des origines des gens, et des motifs qui les ont poussé à venir, il n’est pas surprenant de constater que les relations furent souvent problématiques. Il y a plus de raisons pour ce phénomène que nous ne pouvons en citer ici. Nous nous contenterons de dire que l’un des résultats les plus intéressants et importants de cet état de fait a été le renforcement des groupes identitaires séparés au sein de ces groupes de population, et ceci, souvent longtemps après leur immigration.

Les pères fondateurs de l’Etat d’Israël rêvaient de créer un "melting pot" dans lequel chaque citoyen oublierait son groupe identitaire d’origine pour se fondre dans la nouvelle société et dans une identité commune qui serait celle de la nouvelle nation juive. Mais les buts différents des membres des nombreuses communautés, et les antagonismes créés ont eu le résultat opposé. Cela était particulièrement vrai des groupes qui ont eu le sentiment que l’on cherchait à gommer leurs spécificités et par là-même leur identité. Leur réponse fut au contraire de chercher à préserver leur identité de groupe, tout en ruminant un sentiment de ressentiment vis à vis du courant principal, qu’ils percevaient comme étant le pourvoyeur d’une idée d’uniformité.

Ainsi donc, bien que la Diaspora ait disparu dans de nombreuses régions, les identités spécifiques des membres de ces communautés continuent à perdurer – bien que sous une forme légèrement altérée – en Israël. Il ne fait pas de doute qu’une des questions les plus importantes à laquelle la société Israélienne doit faire face aujourd’hui est la suivante : dans quelle mesure ces identités culturelles séparées auront-elles encore une importance dans une génération. Il est encore trop tôt pour prendre une position là-dessus.

L’équilibre entre les communautés juives d’Israël et du reste du monde.

Un des problèmes critiques dans le monde juif moderne est celui de cet équilibre. Comme nous l’avons dit plus tôt, à l’époque de la chute du second Temple, les Juifs sont devenus un peuple de Diaspora. Ce processus a eu lieu en trois étapes. La majorité des Juifs s’était déjà installée dans la Diaspora avant la destruction du Temple. Cependant, en terme d’influence, le centre du monde juif était resté en Judée. Les évenements de 70 de notre ère ont dramatiquement changé l’équilibre entre ces deux éléments, même si le leadership rabbinique qui commençait à émerger continuait à fournir un centre autour duquel la vie juive était organisée.

A un certain point au cours du III ème siècle, après l’écriture de la Mishna, la Diaspora juive a commencé à assumer un rôle plus central. Avec l’aide de lettrés qui avaient quitté Eretz Israël, la grande communauté de Babylone – qui existait déjà depuis plusieurs siècles – a finalement commencé à prendre plus de forces. La Terre d’Israël a commencé à tenir un rôle émotionnel et théologique plutôt qu’un rôle de centre de peuplement juif. Il en est resté ainsi jusqu’aux débuts du mouvement sioniste.

A ce moment, l’équilibre a commencé - lentement mais sûrement – à changer à nouveau. A partir des années 1880, un nombre de plus en plus grand de Juifs de la Diaspora ont commencé à s’installer en Palestine / Israël. Et au fur et à mesure que les communautés de la Diaspora commençaient à se vider, la population juive d’Eretz Israël augmentait. Cette situation est transparaît très clairement dans les statistiques suivantes, qui sont basées sur des développements qui ont eu lieu depuis la fin des années 30. Etant donné que certaines statistiques pour la population juive mondiale font l’objet de disputes, nous avons chois de ne prendre en compte que celles qui paraissaient les plus dignes de foi.

 

Année
Population juive mondiale
Israel
1800 2,500,000 6,000
1880 7,750,000 25,000
1939 16,620,000 445,000
1945 11,000,000 565,000
1948 11,530,000 650,000
1950 11,373,000 1,203,000
1955 11,800,000 1,591,000
1975 12,742,000 2,959,000
1985 12,871,000 3,517,000
1990 12,869,000 3,947,000
1993 12,963,000 4,335,000
1995 13,000,000 4,550,000
2001 13,254,000 4,952,000
2002 Nombre exact pas disponible 5,292,000

Qu’impliquent ces nombres pour l’équilibre général du monde juif ? Si l’on considère que la transition de l’hégémonie d’Eretz Israël à la dominance de la Diaspora s’est faite graduellement, sur plusieurs siècles, il serait dangereux de se précipiter vers des conclusions.

D’autre part, les statistiques brutes ne montrent jamais qu’un aspect de la situation. Par exemple, on sait qu’Eretz Israël a continué a exercer un rôle central de leader alors qu’une majorité de Juifs l’avait déjà quittée et que les communautés de la Diaspora étaient déjà majoritaires. Il est possible que l’on puisse considérer la situation actuelle comme une copie (à l’inverse) de la situation du début de notre ère.
La population juive d’Israël dépasse actuellement légèrement les 5,250,000 sur une population totale de 6,500,000. Selon les statistiques, cela prendra encore quelques générations avant que la population juive d’Israël n’atteigne une supériorité numérique par rapport à celle de la Diaspora. Sous peu, on s’attend à ce que le nombre de Juifs en Israël dépasse de peu celui de la plus grande communauté : celle des Etats-Unis.
Cependant, en ce qui concerne de nombreux aspects significatifs, on peut d’ores et déjà dire que le leadership est retourné en Eretz Israël, et ce à un moment du passé qui n’est pas exactement déterminé.
Il faut maintenant voir dans quelle mesure cette tendance va continuer. Il paraît clair, cependant, qu’à moins d’un virage à 90°, dû à quelque développement dramatique, le processus de « diasporisation » qui avait commencé il y a quelques milliers d’années est en cours de renversement.

5 – La chute du communisme en Europe de l’Est et Centrale.

Comme nous l’avons dit plus tôt, l’Holocauste n’a pas réussi à éliminer complètement la vie juive en Europe Centrale et de l’Est. Des communautés substancielles ont – potentiellement - continué à y vivre, principalement en Hongrie (surtout à Budapest), et dans les parties les plus à l’Est et Centrales de l’Union Soviétique.

Le mot « potentiellement » a été utilisé ici pour mettre l’accent sur la nature problématique de l’existence juive dans des pays qui sont restés sous contrôle communiste jusqu’à la fin des années 80.

En effet, le communisme a rendu toute forme de vie juive significative impossible. La culture juive n’était reconnue que de la façon la plus limitée qui soit. De plus, les membres des comunautés juives de ces pays se sentaient toujours suspectés par les différents régimes ainsi que la société en général. A moins d’être extrêmement déterminés et courageux, les Juifs de ces pays pensaient que leur survie, en tant qu’être humain, serait mise en péril par la pratique publique de leur judaïsme.

Ce sentiment était sans doute renforcé par le fait que, des millions de Juifs étaient morts dans ces pays, car les régimes les avaient considérés comme hostiles. Dans ces circonstances, cacher ses origines juives était moins un acte de paranoïa que de prudence. Si bien que dans de nombreux endroit, la vie juive devint clandestine ou cessa simplement d’exister. Les parents ne pouvaient rien transmettre de positif sur leur culture et sur leur patrimoine à leurs enfants. Pour beaucoup, l’identité juive devint même un stigmate. Beaucoup sont même allés jusqu’à chercher à être dissociés du judaïsme afin de n’éveiller aucune suspicion.

Les résultats étaient inévitables : la disparition quasi-complète de la vie juive dans ces communautés. Quelques personnes âgées, trop âgées pour changer, avaient gardées quelques anciennes connections. Les régimes ne les considéraient pas comme pouvant faire du mal et les laissait faire, allant parfois jusqu’à les utiliser. Ces personnes n’auraient en aucun cas pu représenter des modèles pour les jeunes générations. Si bien que la vie juive dans ces pays a connu un coup d’arrêt. Et ceci autant dans les endroits où la population avait pratiquement totalement disparue, à cause de l’Holocauste, que dans ceux où elle avait été épargnée et était encore relativement nombreuse.

Bien sûr, il y a eu quelques exceptions à cette tendance. Ceci était particulièrement vrai dans les régions où – à la fin des années 60 – les identités juives et sionistes sont devenues connectées avec la dissidence aux régimes en place. Quelques jeunes Juifs courageux ont mis en place des cercles clandestins dans lesquels la culture juive et l’hébreu étaient étudiés. Il est important de les noter même si, par nature, il s’agit d’actions extrêmement minoritaires. Il n’y avait simplement aucun moyen pour les faire surgir au grand jour et à grande échelle, en tant que manifestation de l’identité juive.

Quand le rideau de fer a fini par tomber, le sort des populations juives de ces régions n’était pas clair. Personne ne pouvait savoir combien parmi eux seraient prêts à se définir comme Juifs. Même après la chute des différents régimes communistes, les gens n’étaient pas sûrs qu’il serait bénéfique (voire même prudent) de révéler leur identité au grand jour, tant qu’il ne savait pas si dans cette nouvelle société, les Juifs seraient mieux acceptés qu’auparavant.

Une chose qui changea, cependant, fut la liberté d’action qu’avaient les organisations occidentales pour opérer dans ce vide laissé par les régimes communistes. Certains, comme par exemple l’American Joint Distribution Committee, avaient été actifs secrètement depuis longtemps déjà. Ils pouvaient maintenant émerger et commencer à travailler ouvertement et bien sûr, plus efficacement. D’autres organisations, qui jusque là n’avaient pas été actives, pouvaient elles aussi se mettre au travail publiquement.

Il est difficile de savoir ce qui se serait passé si ces nombreuses organisations juives n’avaient pas tenté de galvaniser ces communautés dormantes. Mais le résultat (largement dû aux activités de ces organisations) est très clair : avec à leur disposition de larges sommes et des donations, ils ont réussi à stimuler la vie culturelle et religieuse et les communautés juives ont commencé à revivre.

Peu à peu, un nombre de plus en plus important de personnes – y compris certains qui n’avaient jamais fait aucune allusion à leurs racines – ont commencé à émerger et à se mettre en rapport, d’une façon ou d’une autre, avec la communauté juive. Comme prévu, les principales aires d’activité etaient en Hongrie et dans l’Ex-Union Soviétique. Cependant, d’autres communautés, en Pologne, dans les Etats Baltes et les nouveaux Etats créés dans les ex-Tchécoslovaquies et Yougoslavie, ont commencé à montrer des signes de renouveau.

Les estimations des tailles de ces communautés juives aujourd’hui sont encore très spéculatives. Personne ne peut savoir combien de Juifs vivent encore dans ces pays, parce que nombreux sont ceux qui continuent à émerger. Il y a aussi un sérieux problème en ce qui concerne la définition de qui est juif. Malgré cela, des personnes informées proposent les statistiques suivantes :

  • Russie, 500,000 juifs
  • Ukraine, 400,000
  • Hongrie, 80,000
  • Biéorussie, 60,000
  • Uzbekistan, 35,000
  • Azerbaïjan, 30,000
  • Moldavie, 30,000
  • Géorgie, 17,000
  • Kazakhstan, 15,000
  • Lettonie , 15,000
  • Roumanie, 14,000
  • Pologne, 8,000
  • République Tchèque, 6,000
  • Lituanie, 6000
  • Slovaquie, 6,000
  • Et 6 autres pays dans lesquels la population juive oscillerait entre 1,000 et 1,500.

Il est possible que, dans les générations prochaines au moins, ces régions nous offrent l’exemple unique de populations diasporiques qui grandissent. C’est parce que les écoles et les réseaux culturels ou d’éducation non-formelle travaillent dur afin de changer l’image négative du Juif qui est envore si profondément ancrée dans l’esprit de ces populations. De larges sommes d’argent vont continuer à être dépensées dans ces régions, à cet effet, dans le futur proche, ce qui pourrait en pousser encore certains à révéler leur identité. Cependant, ces populations pourraient aussi se décider à partir ailleur.

6 – Les facteurs économiques qui causent l’immigration

Si l’on analyse les raisons qui, tout au long de l’histoire juive, ont poussé à l’immigration, on peut noter deux raisons principales : le désir d’échapper aux persécutions et celui d’améliorer sa situation économique et ses perspectives de futur. Ces deux facteurs ont constamment contribué à changer la carte du judaïsme mondial et ce, souvent avec un considérable niveau d’inter-dépendance.

Là où l’on avait besoin des Juifs pour des raisons économiques, ils avaient moins de chance d’être activement persécutés. Inévitablement, les Juifs gravitaient autour de ces endroits.
On peut voir un exemple de cette tendance dans l’immigration des Juifs vers Ashkenaze (l’Allemange) autour du IX ème siècle. Dès le XIII ème siècle, cette communauté est poussée plus à l’Est en Pologne puis vers l’Ukraine au XVI ème siècle.

Cela ne signifie cependant pas que l’on peut regarder une carte des communautés juives à une période donnée, et en déduire que là où il y a des Juifs en grand nombre, ils vivaient en toute sécurité et prospérité. Certaines communautés vivaient dans des situations économiques marginales et restaient très vulnérables. Cependant, peu avaient des alternatives. Cinquante ans après les terribles pogroms du milieu du XVII ème siècle en Ukraine, qui décimèrent la population juive de cette région, entraînant la mort de dizaines de milliers de Juifs et poussant la plupart des autres à fuir, de nombreux Juifs vivaient à nouveau en Ukraine.

Cependant, les facteurs économiques ont presque toujours été la cause principale des vagues d’immigration de grande ampleur, et cela comprend celles qui ont eu lieu dans les temps modernes. Parfois, le facteur économique était le seul motif. Mais le plus souvent, il était couplé avec d’autres causes qui décidaient à la fois du timing et de la nouvelle destination.
Nous avons déjà mentionné quelques exemples qui pourraient illustrer ces propos.
Par exemple, un des facteurs principaux qui ont fait que de nombreux juifs, à la fin du XIX ème siècle et le début du XX ème, se précipitaient vers les Etats-Unis et dans une moindre mesure, l’Amérique du Sud et l’Europe Occidentale, était le concept de « Goldene Medina » où, l’on disait, les rues étaient pavées d’or. Nous avons aussi parlé de groupes similaires qui s’étaient rendus en Palestine pour une motivation économique analogue. Par exemple, les immigrants de Pologne des années 20 et ceux qui viennent aujourd’hui de Russie viennent à cause d’une combinaison de raisons incluant les troubles économiques, et la nécessité de quitter une réalité politique et sociale difficile.

Dans d’autres cas, encore, les considérations économiques étaient centrales. Ce phénomène peut être démontré à travers l’histoire de quatre communautés différentes. Il s’agit d’un choix représentative et non pas exhaustif. Lorsque l’on discute du choix des Juifs d’Afrique du Nord de partir pour la France, des Russes de s’installer en Allemagne ou des Sud-Africains d’aller en Australie, nous n’ignorons pas que nombreux sont ceux qui sont partis en Angleterre, au Canada ou aux Etats-Unis. Mais chacune de ces histoires est significative, car elle indique une véritable tendance.

A – L’immigration des Nord-Africains vers la France.

Quand la plupart des Juifs d’Afrique du Nord se sont installés en Israël dans les années 50, on estime que plus de 200,000 ont choisi de s’installer en France à la place. Leurs raisons pour quitter l’Afrique du Nord étaient les mêmes, mais ils étaient arrivés à des conclusions différentes. Ayant vécu sous la domination coloniale française pendant plusieurs générations, ils étaient familiers à la fois avec la langue et la culture. Ils choisirent donc de partir pour un endroit où ils avaient de meilleures chances d’améliorer leur situation économique. Ces considérations pragmatiques plutôt qu’idéologiques ont certainement portée leurs fruits. Cet énorme apport d’énergie a totalement changé le visage fatigué de la communauté juive française de l’après-guerre. Et beaucoup parmi ces nouveaux immigrants ont réussi leur intégration et ont participé à l’élaboration de ce mythe classique des immigrants qui atteignent des fortunes en quelques générations.

Et ceci en contraste total avec les immigrants qui ont choisi Israël. Décapités du leadership de leur communauté qui était parti en France et handicappés par l’obstacle d’une nouvelle langue à apprendre, ils ont eu beaucoup de mal à s’intégrer dans l’Etat Hébreu naissant, aux conditions économiques si difficiles, et ils ont en général continué à avoir des difficultés pendant la seconde et la troisième génération.

B – L’immigration des Russes vers l’Allemagne

Un phénomène similaire s’est produit avec les dizaines de milliers de Russes qui ont choisi de s’installer en Allemagne au cours de la dernière décennie. Dans ce cas aussi, les raisons pratiques et économiques ont prévalu. Cette histoire est cependant légèrement différente, puisque ceux qui sont venus en Israël ne l’on pas fait pour des raisons idéologiques. La plupart cherchaient seulement à repartir de zéro dans un nouveau pays et pour beaucoup, Israël était la solution la plus facile, l’endroit où ils seraient le plus facilement acceptés. Cependant, il y a toujours une connotation négative considérable attachée au fait, pour un Juif, de vivre en Allemagne. Seuls des matérialistes, ceux qui n’ont que des raisons pratiques et économiques d’immigrer pourraient accepter de s’installer en Allemagne, et ce si peu de temps après l’Holocauste.
Parmi les 60,000 Juifs qui vivent actuellement en Allemagne, une large majorité est arrivée de la Russie au cours de la dernière décennie, et leur présence a commencé à totalement transformer la communauté juive allemande qui menaçait de disparaître.

C – Les Israéliens qui s’installent en Allemagne

Ici, il est nécessaire de discuter d’une composante différente de la communauté juive d’Allemagne, qui représente une autre facette de ce même phénomène. Dans les années 70 et 80, plusieurs milliers d’Israéliens sont venus s’installer en Allemagne. Au cours de ces deux décennies, nombreux sont les Israéliens qui sont partis à la recherche d’une réalité politique et économique plus brillante, en particulier dans le monde Anglo-Saxon. Mais la présence d’une large comunauté Israélienne en Allemagne est particulièrement intéressante à noter pour démontrer ce point, justement à cause du stimate associé avec le fait qu’un juif choisisse de vivre en Allemagne.

Les Israéliens vivent dans la seule communauté dans laquelle le fait de décider d’y vivre ou d’en partir est perçu comme un choix idéologique. Le simple choix des termes pour désigner ceux qui viennent y vivre (alyah, qui signifie monter) et ceux qui quittent le pays (Yeridah ou descente), implique un jugement moral très clair : ceux qui viennent sont les bons. Ceux qui partent sont les méchants. C’est une démonstration du fait que pour les Juifs, il semblerait qu’il y aurait un bon et un mauvais endroit où être. Cette interprétation sioniste de la vieille catégorie théologique de Galout (« exil », ou le mauvais endroit), pour parler de tous les endroits en dehors d’Israël, a fait que pour beaucoup, pendant de nombreuses années, il était très difficile de partir. Aujourd’hui, il y a beaucoup plus de tolérance. Mais dans les années 70 et 80, le stigmate attaché à ceux qui quittaient le pays était énorme.

Ceux qui choisissaient l’Allemagne étaitent donc doublement entachés. Il est clair que la plupart d’entre eux étaient assez motivés et préparés pour ignorer toutes les considérations idéologiques. Mais à un niveau symbolique, le fait qu’ils sont partis en Allemagne représente l’acte le plus important de Yerida d’Israël et sans doute sa forme la plus problématique.

D – Les Sud-Africains partis pour l’Australie

Un quatrième groupe a avoir quitté son pays d’origine pour des raisons de pragmatisme économique et des raisons politico-sociales sont les Sud-Africains (même si dans leurs cas, les motifs sont moins clairs). Pour la plupart, ils ont choisi de s’installer dans le monde Anglo-Saxon, en Australie en particulier.

Socialement et politiquement, ils ne se sentaient pas à l’aise avec la révolution qui se produisait dans leur pays, alors que les natifs africains acédaient au pouvoir. Beaucoup de Juifs étaient incertains en ce qui concernait le futur à la fois de leur pays et de leur famille. De plus, l’augmentation de la criminalité qui a balayé tout le pays, victimisant en premier les classes moyennes de la population (dont les juifs représentaient une bonne part), leur a donné un sentiment de vulnérabilité particulière. D’autres causes économiques se sont ajoutées, avec en particulier la dévaluation du Rand Sud-Africain. Beaucoup ont alors décidé de partir avant que cela ne devienne financièrement impossible.

Le cas de ces Juifs sont différents de celui la petite minorité qui avait quitté l’Afrique du Sud dans les décennies précédentes, parce qu’ils n’étaient pas prêts à vivre sous le régime de l’Appartheid. Nombreux sont ceux parmi eux qui, d’ailleurs, choisirent Israël, mettant l’une contre l’autre deux raisons idéologiques.

C’est sans doute parce qu’ils connaissaient des difficultés à s’intégrer dans le monde des Afrikaans que les Juifs d’Afrique du Sud ont développé une identité juive et sioniste extrêmement importante. Beaucoup étaient prêts à travailler pour influencer et améliorer la communauté dans laquelle ils vivaient, quelle qu’elle soit. C’est pourquoi la récente immigration d’Afrique du Sud vers l’Australie a eu un impact très fort sur la communauté juive d’Australie. Ils ont considérablement transformé les institutions de la communauté et injecté beaucoup de talent et d’énergie dans le leadership.

Ces quatre exemples indiquent une tendance importante dans la démographie juive moderne : un monde de plus en plus mobile, une conscience de plus en plus grande du fait que l’on peut changer sa situation économique et sociale en changeant de domicile. Cette idée a en effet été particulièrement bien intégrée par les Juifs. Comme résultat direct, de nouvelles communautés entières se forment par le biais de l’émigration et d’anciennes communautés se transforment aussi.

7 – Assimilation et mariages inter-communautaires.

Contrairement à une idée répendue, ni l’assimilation, ni le mariage inter-communautaire ne sont des phénomènes nouveaux au sein du peuple juif. Il y a 2500 ans, alors qu’il retournait à Jérusalem pour diriger la communauté de Juifs qui retournait en Eretz Israël, Ezra fut choqué par le nombre de mariages de Juifs locaux avec des personnes d’autres peuples. Il les força à se séparer de leur partenaire non juif. Nous avons peu d’informations concernant ce phénomène dans l’époque pré-moderne. Il est clair que cela se produisait à certains endroits et certaines époques, même si l’on ne peut qu’assumer que les tabous religieux et l’isolation sociale ont certainement reduit sa fréquence.

La situation a changé avec la période moderne. Les frontières traditionnelles qui avaient toujours séparées les Juifs des non-juifs dans le pays chrétiens de l’Occident ont commencé à disparaître. A cette période, on pouvait constater un certain affaiblissement de la croyance religieuse traditionnelle chez les Juifs qui s’ouvraient peu à peu aux idées et aux réalités du monde extérieur. La tentation de se convertir à une autre religion est devenue plus forte. Au XIX ème siècle en particulier, des centaines de milliers de Juifs se sont convertis et mariés en dehors de la communauté.

Au cours des générations précédentes, il arrivait qu’un petit nombre de Juifs se marient en dehors de leur communauté mais souhaitent maintenir leur mode de vie juif. De plus en plus, les Juifs étaient acceptés en dehors de leurs communautés et les lois qui limitaient leurs participations à la société générale disparaissaient progressivement. La tentation de se convertir est devenue plus faible alors qu’au contraire, le nombre de mariages inter-communautaires augmentait.

Déjà, au milieu du XIX ème siècle, certains leaders du judaïsme réformé ont commencé à repenser le ban traditionnel qui était posé sur les mariages mixtes, aussi longtemps que les enfants étaient élevés dans le judaïsme. Au cours des premières décades du XX ème siècle, les mariages inter-communautaires ont augmenté de telle façon, du moins dans le monde occidental, qu’ils sont devenus une réelle cause de soucis pour les Juifs et leurs leaders.

Il est possible que la décimation des juifs d’Europe et la montée massive de l’antisémitisme à travers le monde occidental (cela inclus l’Angleterre des années 30 et l’Amérique des années 40) ait ralenti le taux de mariages inter-communautaires. Beaucoup de moralistes ont essayé de tirer cette leçon de l’Holocauste : les Juifs qui essaient de s’assimiler et de se marier en dehors de leur communauté ne cesseront pas pour autant d’être considérés et jugés comme juifs.

Malgré cette longue tradition de mariages inter-communautaires, beaucoup pensent qu’aujourd’hui, la situation est différente. La dernière génération a vu un retour à la situation d’avant-guerre : un taux de mariages mixtes élevé et, plus inquiétant encore, en continuelle augmentation.

Les raisons principales pour ce phénomène sont facilement identifiables : un relachement des prohibitions communautaires et des sanctions. Le fait que la théologie religieuse juive ne signifie plus rien pour beaucoup de Juifs contemporains, l’ignorance de la tradition et de l’histoire, et la croyance que l’amour ne relève que du domaine des sentiments et qu’il doit être le seul critère dans le choix d’un compagnon.

Le mouvement Conservateur a suivi le mouvement Réformé en décidant d’accepter consciemment les époux non-juifs dans leur congrégation. Leur argument principal est qu’il est préférable d’essayer de gagner de nouveaux adhérants pour le judaïsme. En encourageant les Juifs qui ont quitté les cercles communautaires à y ré-entrer et à y trouver leur place, ils ont plus de chance de créer une base pour une vie juive forte et significative. Ils arguent que c’est une façon productive de s’occuper de ce problème. Pousser ces gens en dehors de la communauté, disent-ils, ne pourra qu’avoir l’effet de l’affaiblir.

Il faut cependant dire clairement qu’aucun mouvement juif n’encourage au mariage inter-communautaire. La question à laquelle ils sont tous confrontés est : comment répondre à cette réalité présente. C’est ainsi que dans la communauté non-Orthodoxe, cette position – avec ses implications pratiques importantes – a tenté de remplacer la réponse d’outrage et de fuite collective qui étaient jusqu’à il y a peu la réponse dans les cercles plus traditionnels. D’aucuns pourraient dire que cette politique d’outrage a laissé la voie à la disparition de ces personnes de la communauté.

Le monde Orthodoxe, de son côté, a en général maintenu une position traditionnelle de sanction à cet égard. Ce problème reste très controversial dans la plupart du monde juif.

L’assimilation et les mariages inter-communautaires ont certainement une très grande signification pour les démographes juifs. Mises à part les considérations théologiques sur les effets sur le judaïsme, et les considérations sociologiques sur les conséquences à l’intérieur de la communauté, le démographe a besoin de définir des critères pour compter les Juifs dans les lieux où se phénomène est fréquent.

Jusqu’à une certaine époque, on pouvait, sans avoir peur de se tromper, assumer que le nombre de Juifs vivant dans une région donnée était plus ou moins en adéquation avec le nombre de personnes actives au sein de la communauté. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Un certain pourcentage seulement de Juifs participe activement à la vie de la communauté d’une manière ou d’une autre, et ce quelle que soit la façon dont on définisse la communauté.

Cela provoque une série de nouvelle (et très controversées) questions, qui n’ont pas réellement de bonne et de mauvaise réponse.

  • Comment considérez-vous des enfants de familles mixtes qui ne sont pas élevés comme des Juifs ?
  • Vos décisions sont-elles basées sur des critères Halakhiques ou de descendance matrilinéaire, même si certaines communautés ont adopté les critères de patrilinéarité comme ayant la même valeur ?
  • Est-ce que les gens qui ne se considèrent pas comme Juifs, malgré leurs antécédents familiaux, doivent être comptés comme l’étant, ou pas ?
  • Est-ce que des considérations subjectives devraient entrer en ligne de compte dans le décompte démographique ?
  • Est-ce que des critères plus objectifs comme par exemple l’affiliation à une synagogue ou la participation à des activités sociales et culturelles devraient être des facteurs décisifs ?

Malgré le développement de techniques de plus en plus sophistiquées, le travail du démographe est en train de devenir de plus en plus difficile, à cause de difficultés sérieuses pour prendre la décision correcte sur des questions aussi compliquées.

Les statistiques en elles-même sont importantes pour démontrer des tendances au sein de communautés spécifiques en cours d’examination.

Par exemple, un débat s’est développé autour du chiffre récemment publié pour le judaïsme américain. Selon le National Jewish Population Survey, qui est fait tous les dix ans et qui représente la principale étude officielle de ce secteur démographique, la taille actuelle de la population juive aux Etats-Unis est de 5.2 millions. Cependant, l’Institut pour les Recherches Juives et Communautaires, basé à San Fransisco a récemment publié une estimation plus généreuse qui atteint 6.7 millions. Les différences proviennent moins de différences dans la technique de recherche que des critères qui ont été utilisés pour déterminer « Qui est juif ?». De plus, la dernière étude indique qu’il y a en outre 2.5 millions d’Américains qui sont « socialement ou psychologiquement » connectés avec le judaïsme. Cela inclu les personnes qui pratiquent le judaïsme en même temps qu’une autre religion, qui ont été élevées en tant que Juifs mais qui maintenant pratiquent une autre religion ou qui ont un partenaire ou époux juif.

Cette question n’est pas restreinte à l’Occident. Elle est aussi pertinente, si ce n’est plus dans les communautés d’Europe de l’Est dont nous avons parlé plus tôt dans cet article. Par exemple, on estime généralement la communauté juive de Hongrie à 80,000. Cependant, un certain nombre de recherches contemporaines en Hongrie révèlent un phénomène étonnant de disparité. En effet, les résultats varient de 50,000 à 200,000. Certaines différences peuvent être expliquées par les réalités spécifiques à ces pays, où certaines personnes on caché leur identité et ne se pressent pas pour réclamer à nouveau une connection avec la comunauté juive. Mais une partie significante de ces variations tient aux différences de réponses données à la question de la définition du Juif. Et cette question est d’importance pour pratiquement toutes les communautés juives du monde.

8 – Résumé sur cette question : suggestion de signification.

Les juifs ne disparaissent pas, ils se transforment.

Dans un article récent du magasine Jerusalem Report (21.10.2002), le démographe responsable de la recherche sus-mentionnée, faite dans un institut de San Fransisco, était interrogé et disait ceci : « Les Juifs ne disparaissent pas, ils se transforment… le type de language que l’on utilisait dans le passé pour décrire un type de population est devenu inutile et trompeur… Nous devons être plus ouverts par rapport à l’idée que la communauté juive est plus large et disconnectée de la vie juive. Je pense que le potentiel pour une communauté juive plus large et encore plus vibrante est énorme. »

Cette opinion est citée ici parce qu’elle a des implications nombreuses sur la façon dont la communauté juive est perçue de nos jours. Et entre autres choses, cela pose la question du véritable sens qui se cache derrière les chiffres bruts.

  • Quelles sont les implications d’une population juive, dont une large partie serait disconnectée, étrangère à la vie communautaire juive ?
  • Est-ce qu’il peut y avoir une signification à définir les Juifs qui vivent en dehors de la communauté juive en tant que Juifs ? Le judaïsme et le sens de la vie juive ayant toujours été basés autour de la communauté et de l’interaction de l’individu avec elle.

Quand des démographes et des statisticiens commencent à parler d’un grand nombre de Juifs déconnectés de la vie communautaire comme étant une part significative du monde juif, il est temps de retourner au début et de se poser des questions basiques sur ce que signifie être Juif aujourd’hui. Cela ne suffit pas de parler de nombres. Les démographes doivent aussi pouvoir parler de la signification de ces chiffres pour une communauté juive vivante. Cet article a examiné les forces qui ont façonnées le monde juif tel qu’il est actuellement, a analysé la signification des principales tendances démographiques, et cherché à définir les contours du judaïsme aujourd’hui.

Les statistiques officielles de la population juive globale aujourd’hui sont un peu au dessus de 13,000,000. Certains disent qu’en produisant ces chiffres, les démographes ont accompli leur tâche. Mais en fait, leur travail a tout juste commencé : évaluer la signification de ces chiffres pour le présent, mais aussi pour le futur du judaïsme.

9 – Suggestions d’exercices éducatifs

A – Donner une signification aux nombres juifs

  • Demandez à chaque personne dans un groupe d’écrire ce qui selon lui /elle, est le nombre de Juifs dans le monde. Leur demander d’écrire aussi le nombre de Juif qui selon eux, vivent actuellement en Israël.
  • Demandez à chaque personne de donner le nombre qu’ils ont inscrit et en faire deux listes au tableau. Expliquez quelles sont les difficultés pour arriver à une certaine exactitude et entourez les nombres qui se rapprochent le plus du nombre réel actuellement accepté. Si certains des nombres donnés sont très loin de la réalité, faites une pause pour en discuter et parler des implications des nombres suggerés. Est-ce qu’il y a moins ou plus de Juifs que les gens ne pensaient ? Comment le comprennent-ils ?
  • Dites au groupe qu’ils sont des démographes auxquels on a demandé de faire un rapport pour la prochaine Conférence Mondiale des Statisticiens Juifs. Distribuez la table de statistiques suivante (prise de l’article) :
Année
Population juive mondiale
Israel
1800 2,500,000 6,000
1880 7,750,000 25,000
1939 16,620,000 445,000
1945 11,000,000 565,000
1948 11,530,000 650,000
1950 11,373,000 1,203,000
1955 11,800,000 1,591,000
1975 12,742,000 2,959,000
1985 12,871,000 3,517,000
1990 12,869,000 3,947,000
1993 12,963,000 4,335,000
1995 13,000,000 4,550,000
2001 13,254,000 4,952,000
2002 Nombre exact pas disponible 5,292,000

 

  • Divisez les en paires ou petits groupes. Sans donner d’instruction supplémentaire, dites leur qu’ils ont à peu près 15 mn pour lire les statistiques et suggérer trois tendances ou phénomènes qui semblent être significatifs. Ils devront préparer une présentation de ces faits, si possible en s’appuyant sur des documents visuels qu’ils devront préparer.
  • Le premier groupe fait sa présentation devant la classe. Discutez à la fin de chaque présentation. Est-ce que le reste de la classe est d’accord avec cette présentation ? Après quelques présentations, demandez aux autres groupes si ils ont eu d’autres idées de phénomènes qui n’ont pas encore été présentés. Faites une liste au tableau de toutes les tendances qui sont mentionnées.
  • Chaque groupe devra préparer une lettre pour le journal juif local en expliquant ce qu’est, pour eux, la signification de ce qui est en train de se passer au sein de la population juive mondiale. Elle devra aussi suggérer des politiques à suivre, ou des initiatives qui pourraient être prises par le leadership de la communauté juive de votre pays.

B – Israël et la Diaspora, définir l’équilibre :

  • Dans cet exercice, retournez à la table statistique utilisée dans l’exercice précédent. Demandez aux élèves, divisés en paires, de choisir 4 dates significatives de la table. Ils devront essayer de dessiner des diagrammes approximatifs (sous forme de camemberts), montrant la proportion de Juifs vivant en Palestine / Israël à ces 4 dates.
  • Comparez les diagrammes et discutez des tendances.
  • Préparez un débat sur la question suivante :
    LE FAIT QUE LE NOMBRE DE JUIFS VIVANT EN ISRAEL EST EN CONSTANTE AUGMENTATION EST UNE BONNE CHOSE POUR LE MONDE JUIF.
  • Une moitié de la classe préparera des raisons pour soutenir cette idée. L’autre moitié de la classe préparera des raisons contre.
  • Dirigez le débat, en passant d’un point de vue à l’autre et en changeant les portes-paroles de chaque camp.
  • Finalement, demandez aux élèves de procéder à un vote (ils jouent maintenant leur propre rôle) et ensuite, dirigez une discussion de conclusion sur ce thème.
  • Demandez à chacun de faire un résumé écrit de ses idées.

C – Ma communauté est mon pays

  • Invitez trois personnes de votre communauté, si possible avec des trajectoires différentes, à venir dans la classe parler de l’histoire de leur famille. Si des gens ont immigré récemment dans votre communauté, essayez d’en faire venir des représentants afin qu’ils racontent leur histoire. D’où leur famille vient ? Quand sont-ils arrivés dans cette communauté /pays pour la première fois et pourquoi ? Quelles sont les choses les plus significatives qui ont changé dans les histoires familiales des dernières générations ?
  • Si les membres de votre groupe ou classe ne l’ont pas encore fait dans le cadre d’un projet « racines », demandez leur de cherchez des histoires sur leur famille, auprès de leurs parents et de leurs grands-parents. Demandez leur de posez les mêmes questions que celles qu’ils ont posé à leurs invités. S’ils l’on déjà fait, demandez leur de partager avec la classe le matériel qu’ils ont accumulé.
  • Demandez à un leader de la communauté de rendre visite au groupe. Il devra donner une image générale de la situation de la communauté, en ce concentrant sur le sous-groupe principale et les raisons pour lesquelles ils sont arrivés dans cette communauté.
  • Après le départ du représentant de la communauté, discutez afin de voir si les histoires individuelles qui ont été racontées par les membres du groupe correspondent à l’histoire générale de la communauté.
  • Discutez des changements que la communauté a subis. Préparez une liste de questions dont les réponses pourront donner au groupe une idée sur la « santé juive » de la communauté. Quelles informations devraient être rassemblées afin de déterminer les tendances de la communauté aujourd’hui ?
  • Vous pourrez au choix sortir pour organiser des rendez-vous avec des « experts » de la communauté ou inviter un panel pour discuter avec votre groupe.
  • A la suite de ce rendez-vous, divisez les membres de votre groupe en paires. Chaque paire devra écrire un rapport sur la situation de la communauté, basé sur ce qu’ils ont découvert. Quelle sont leurs conclusions ? Quelles sont les recommendations qu’ils feraient pour améliorer la situation ?

D- La situation au niveau national

  • Grâce à Internet ou par des publications communautaires, le groupe devra faire des recherches pour connaître les détails de la situation de la communauté juive au niveau national (France, Belgique, Canada…)
  • Préparez une exposition sur la situation de votre communauté et de quelle façon elle s’intègre au niveau de la situation nationale.
  • Invitez les parents et les familles à une soirée communautaire au cours de laquelle l’exposition sera présentée. Après la présentation, les groupes devront présenter leurs conclusions à leurs parents (prises dans l’exercice précédent) et présenter une évaluation de la communauté dans laquelle ils vivent, ainsi qu’une liste de suggestions pour améliorer la situation.
  • Discutez des suggestions des élèves avec les parents.

 

 

 


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The Pedagogic Center
Director: Dr. Motti Friedman
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