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Démographie
par Steve Israel
- Introduction
- Les évenements de Russie à la fin du XIX ème
siècle
- L’Holocauste
- Sionisme et la création de l’Etat d’Israël
- La chute du communisme en Europe de l’Est et Centrale.
- Les facteurs économiques qui causent l’immigration
- Assimilation et mariages inter-communautaires.
- Résumé sur cette question : suggestion de signification.
- Suggestions d’exercices éducatifs
1) Introduction
Une des questions les plus délicates dans le monde juif contemporain
concerne la démographie.
- Combien de Juifs y a-t’il aujourd’hui ?
- Qu’arrive-t’il à la population juive dans les
différentes parties du globe ?
- Quelles sont les proportions relatives d’Israël et de
la Diaspora dans la population juive mondiale ?
- Mais bien plus importante que les nombres eux-mêmes, la question
véritable et sans doute cruciale se cache en dessous de la surface
: Quelle est la véritable signification de ces nombres
?
- Quelle est la nature du changement d’équilibre du pouvoir
démographique entre l’Etat d’Israël et la Diaspora
?
- Quelles tendances suggèrent-ils ?
- Quelles sont les implications des nombres d’aujourd’hui
pour le futur ?
- Et la question à laquelle il est, sans doute, le plus difficile
de répondre pour tous ceux qui passent leur vie à compter
les Juifs, est : Qui, exactement, faut-il compter ?
- Ou en d’autres mots, pour les besoins des calculs démographiques,
Qui est juif ?
Dans cet article, nous allons essayer de répondre à toutes
les questions qui relèvent de la démographie du judaïsme
mondial contemporain. Mais pour mieux les comprendre, nous les présenterons
dans différents contextes : l’histoire juive dans sa totalité,
l’histoire juive moderne plus spécifiquement, et la sociologie
juive contemporaine. C’est, en effet, la seule façon de donner
un sens aux chiffres bruts et aux statistiques.
Il y a peu de peuples, si ce n’est aucun, dans le monde aujourd’hui,
pour lesquels la mobilité géographique a joué un
rôle aussi important dans l’histoire que pour le peuple juif.
Traditionnellement, dès les Patriarches de la Bible (qui ont représenté
pour la plupart de l’humanité l’archétype du
modèle nomade) les juifs étaient un peuple nomade. Une simple
étude de la Bible montre que, malgré le fait que les racines
juives soient si inextricablement ancrées dans la Terre d’Israël,
les Juifs sont d’extraordinaires voyageurs. Les patriarches ont
erré, tout comme les différentes tribus. Puis la nation
a été exilée. De plus, malgré l’erreur
commune qui veut que les Juifs n’aient quitté leur terre
qu’après la destruction du second Temple, force est de constater
que bien avant cette date fatidique (70 de notre ère), plus de
juifs vivaient en Diaspora que sur la Terre d’Israël. A cette
époque, à l’orée du premier millénaire,
on trouvait déjà des Juifs dans tout l’Empire romain,
en Asie et en Afrique du Nord. La population juive totale du monde connu
à cette époque est estimée entre 4.5 et 7 millions.
Un grand changement eut lieu après la destruction du Temple. En
quelques générations, non seulement une majorité
de Juifs se trouva vivre en dehors d’Israël, mais le centre
de gravité du monde juif se déplaça lui aussi déplacé
vers l'extérieur. Après la compilation de la Mishna qui
eut lieu en Eretz Israël (approximativement 200 de notre ère),
le rôle de l’ancienne communauté de Babylone devint
de plus en plus proéminent. De son côté, la communauté
de Judée entra dans une période de déclin dont elle
ne devait sortir qu'au XX ème siècle. A partir de cette
époque, la vie juive se concentra principalement en Diaspora, et
différents centres juifs apparurent puis disparurent en une succession
rapide.
En quelques générations, plusieurs grands centres juifs
fleurirent simultanément. Mais ce ne fut que le temps d’une
génération ou deux, au XVIème siècle, qu’un
centre significatif de vie juive exista en Eretz Israël. Nous avons
donc l'image générale de plusieurs centres juifs en diaspora
sur une période a de plusieurs milliers d’années.
Avec le déclin de Babylone, on assista à la montée
des centres dl’Espagne et d'Ashkenaz (Allemagne). Puis, avec leur
déclin, l’Afrique du Nord et la Pologne devinrent des centres
dominants. Plus tard encore, ce fut le tour à nouveau de l'Europe
du Nord et de l’Ouest. Enfin, les terres nouvellement découvertes
des Amériques devinrent une nouvelle destination pour les Juifs,
ce qui ouvrit un nouveau chapitre de l’histoire des communautés
juives.
En ce qui concerne le Moyen Age, quelques remarques s'imposent : il ne
fait aucun doute qu'au cours de cette période la population juive
mondiale déclina de façon substantielle. Vers le XV ème
siècle, par exemple, on estime le nombre global de Juifs à
approximativement 1 million. De plus, jusqu’au début de la
période moderne, la majorité des Juifs vivaient en Orient
; seuls 30% environ du million de Juifs mentionné plus haut (soit
près de 300,000) vivaient en Europe. Au début de l’époque
moderne, à partir du milieu du XVIII ème siècle,
cet état de fait commença à changer. La population
mondiale augmenta, ainsi que le nombre de juifs vivant en Europe. En 1800,
2.5 millions de Juifs environ vivaient à travers le monde, dont
1.5 million en Europe.
Mais la dynamique qui a créé la situation actuelle n’a
eu lieu qu’à la fin du XIX ème siècle. A cette
période les grands centres juifs de l'Europe de l’Est ont
commencé à déverser leur population vers Amérique,
principalement l'Amérique du Nord, dans une moindre mesure vers
l'Amérque du Sud, vers le monde anglophone dans son ensemble et
enfin, et c'est peut-être plus significatif, vers la vieille/nouvelle
Terre d’Israël.
C’est à ce point qu’il nous faut examiner l’histoire
de façon plus précise.
Chacun des six phénomènes suivants a joué un rôle
dans la composition démographique moderne du judaïsme dans
son ensemble :
- Les événements survenus en Russie à la fin du
XIX ème siècle.
- L’Holocauste.
- Le Sionisme et la création de l’Etat d’Israël.
- La chute du communisme en Europe de l’Est et Centrale.
- Les facteurs économiques qui causent l’immigration et
- L’assimilation et les mariages inter-communautaires.
2) Les événements de Russie à la fin du XIXème
siècle.
1881 est une date-clé de l’histoire juive moderne. A la
suite des événements qui se sont produits cette année-là
des changements d’une extrême importance ont eu lieu –d'ordre
à la fois démographique et idéologique – qui
ont transformé de façon définitive le visage de la
population juive mondiale. Les premiers frémissements ont commencé
à se faire sentir à travers la communauté juive d’Europe
de l’Est, groupée dans la zone de résidence autorisée
aux Juifs, à l’Ouest de la Russie.
Ces changements sont le plus souvent attribués au grand pogrom
de 1881 qui suivit l’assassinat du Tzar Alexandre II, assassinat
dont les Juifs furent tenus pour responsables. S’il est vrai que
le pogrom fut le catalyseur immédiat de l’intense volonté
de changement et du vent nouveau qui avait commencé à souffler,
on a souvent sous-estimé ou mal compris que ces événements
avaient aussi une cause démographique profonde.
En effet les pogroms visaient une population juive qui était en
train de mourrir de faim. L’Europe de l’Est en général,
mais plus particulièrement la Russie Occidentale (ouverte aux Juifs),
était la région la moins développée d’Europe,
et les Juifs étaient sans doute la population la plus durement
touchée par la crise économique. N’étant pas
autorisés, dans la plupart des régions, à posséder
de la terre, ils étaient forcés à gagner leur vie
dans un nombre restreint de professions. De plus, ils étaient bien
souvent les victimes d’une discrimination de la part du régime.
Dans des circonstances économiques plus favorables, ils auraient
eu des difficultés. Ajoutons à cela que le XIX ème
siècle fut le témoin d’une explosion démographique
au sein de la population juive d’Europe de l’Est restée
inexpliquée jusqu’à ce jour.
La population juive était en augmentation depuis plusieurs générations,
mais les quatre-vingts premières années du siècle
virent un extraordinaire accroissement de cette population. En moins de
deux générations, elle passa d'environ 1 million
vers 1800 à plus de 5 millions en 1880, soit une augmentation
de plus de 500%. Dès le départ, la position des juifs était
très difficile et naturellement, à la suite de ces nouvelles
circonstances, la situation matérielle de la population se détériora
de façon dramatique, ce qui eut pour résultat une pauvreté
généralisée et un peuple en proie à la famine.
La communauté et ses institutions s'effondrèrent.
C’est dans ce contexte que les pogroms se produisirent. Faut-il
s'étonner de ce que la réponse de la population fut à
la fois d'ordre démographique et idéologique?
Idéologique car il était clair pour beaucoup (les jeunes
en particulier), qu’il n’y avait pas d'avenir pour eux en
Europe de l’Est, et qu'ils devaient commencer à prendre leur
situation en main. Par leurs propres efforts qu’ils allaient devoir
changer leur situation. Ils ne pouvaient plus attendre passivement le
miracle qui viendrait améliorer leur sort. Un nombre de plus en
plus important de Juifs commencèrent à entrer dans les rangs
des mouvements socialistes et révolutionnaires. D’autres
cherchèrent une solution dans ce qui allait bientôt devenir
le mouvement sioniste.
Ces réponses furent assez rapides à se mettre en place.
Mais la réponse démographique fut prise presque immédiatement
: les Juifs d’Europe de l’Est réagirent aux pogroms
en décidant de quitter la Russie et l’Europe de l’Est.
Immédiatement à la suite des pogroms, des milliers, puis
des dizaines de milliers, et très vite des centaines de milliers
puis des millions de juifs quittèrent ces régions. Ils partaient
pour un pays qui offrait plus de promesses dans le monde moderne : la
plupart voulaient partir pour l’Amérique.
Les Juifs considéraient en effet que l’Amérique offrait
le potentiel le plus grand. C’était la « Goldene Medina
», l’Etat d’or, où, disait-on, les rues étaient
pavées d’or et où les immigrants pouvaient améliorer
leur situation économique et même gravir les échelons
de la société très rapidement. C’était
ce mythe de l’Amérique, bien plus qu’une réalité
concrète, qui les attirait.
Si la majorité des immigrants qui quittaient l’Europe de
l’Est voulaient immigrer en Amérique, nombreux furent ceux
qui se retrouvèrent dans toutes sortes d’endroits différents.
Pour de nombreuses raisons, (des agents de voyages peu scrupuleux qui
profitèrent de la crédulité des immigrants, le manque
de fonds et les efforts de certains philantropistes qui avaient d’autres
plans pour ces Juifs) certains n'arrivèrent jamais à la
destination dont ils avaient rêvé. Beaucoup s'arrêtèrent
en Europe de l’Ouest, en particulier en Angleterre. D’autres
partirent en Amérique du Sud.
Cependant, une large majorité arriva aux Etats-Unis où
ils formèrent rapidement la vaste majorité des communautés
juives locales.
Ils représentaient la troisième vague d’immigrants
Juifs en Amérique. Une situation qui n’est pas différente,
en de nombreux points, à la situation dans laquelle de nombreuses
autres communautés se sont trouvées. Les vétérans
étaient presque tous Sépharades (originaires d’Espagne),
personnes dont les ancêtres avaient quitté l’Espagne
et le Portugal au cours des siècles passés et qui s’étaient
dirigées vers le nouveau monde en espérant échapper
aux persécutions religieuses. Une autre vague d’immigrants
juifs était arrivée d’Europe Centrale au milieu du
XIX ème siècle, poussés par une combinaison de motifs
religieux, économiques et politiques. Dans les années 1870,
plusieurs milliers d’immigrants juifs d’Europe de l’Est
avaient trouvé leur chemin jusqu’en Amérique du Nord,
mais il ne s’agissait que d’un prélude aux flots qui
allaient se déverser sur le pays dans les décades suivantes.
En tout, plus de 2 millions de juifs se sont frayés un
chemin vers la nouvelle « Terre Promise » au cours de ces
années.
La plupart des immigrants, à leur arrivée en Amérique,
ont rencontré une réalité très difficile,
parfois même horrible - une réalité très lointaine
des rêves de fortune rapide qu’ils avaient fait en Russie.
Une prolétarisation brutale fut le lot de la majorité dans
les ateliers des grandes villes (New-York, Philadelphie, Chicago) où
ils étaient exploités. De larges ghettos juifs, centres
de pauvreté sordide où les problèmes sociaux se sont
très vite multipliés, ont commencé à pousser
dans ces villes, comparables à ceux qui se développèrent
dans d’autres villes. Le Lower East Side par exemple était,
en de nombreux points, une version plus grande de l’East End à
Londres.
Il est important de se souvenir que ce large exode d’Europe de
l’Est suffisait à peine à draguer hors de la Russie
le « surplus » de population. La population juive
de la zone de résidence autorisée en Russie est restée
à peu près stable, autour de 5 millions à
la veille de la première guerre mondiale, et ce malgré le
départ de 2.5 millions de juifs dans les 3 décennies précédentes.
Au cours de ces années, une grande partie de la population juive
a été attirée par les grandes villes qui se développaient
à la suite d’investissements industriels et d’autres
facteurs économiques. Des villes comme Odessa, Bialystok, Lodz
et Varsovie en particulier, avaient maintenant développé
un large proétariat juif. Varsovie devint géante –
la plus large population juive du monde – avant d’être
finalement dépassée par New York.
Ainsi, l’expérience de prolétarisation et d’installation
dans de grands centres urbains fut partagée, dans une certaine
mesure, par ceux qui étaient partis vers le nouveau monde, et ceux
qui étaient restés dans l'ancien.
Dans le monde juif, on peut dire en général (au moins pour
le monde Ashkenaze, largement majoritaire à cette époque),
qu’il s’est agi d’années de grandes difficultés,
mais aussi de grand dynamisme et d’importants changements. Dans
les villes du nouveau monde, les conditions brutales rencontrées
à l’arrivée des immigrants, laissaient rapidement
place, souvent en moins d’une génération, à
une situation économique et sociale bien meilleure. Les Juifs ont
souvent connu une véritable ascension sociale.
D’un autre côté, en Europe de l’Est, cette
ascension sociale ne fut le lot que d’une petite minorité.
La grande majorité est restée dans la classe des travailleurs,
à cause de la croissance économique limitée dans
toute la région. Il faut toutefois ajouter que les opportunités
de progresser socialement pour les Juifs étaient bien souvent limitées.
3) L’Holocauste
Malgré l'horreur associée à l’holocauste,
il est relativement facile de calculer ses effets démographiques.
Le plus évident fut la destruction quasi-totale des communautés
juives d’Europe Centrale et Orientale. Avec pour deux seules exceptions
(la Hongrie, où l’on estime à 100,000 le nombre de
Juifs qui ont survécu grâce à des circonstances très
spéciales, et l’intérieur de la Russie, qui n’ayant
jamais été conquise par les Nazis, était devenue
un refuge pour des centaines de milliers de Juifs qui se précipitèrent
vers l’Est durant les années de la guerre). Le cœur
du judaïsme européen fut complètement détruit
et la carte du monde juif changée pour toujours. La population
juive globale est tombée de près de 16.6 millions en 1939
à moins de 11 millions après la guerre.
Le nombre de Juifs ayant survécu et souhaitant quitter leur terre
natale pour toujours a de loin dépassé le nombre de ceux
qui souhaitaient retourner dans leur maison d'Europe de l’Est et
Centrale. Un autre facteur décisif furent les pogroms qui éclatèrent
immédiatement après la guerre dans les régions où
les Juifs revinrent. Il est difficile de donner des nombres précis
mais des centaines de milliers de juifs suivirent l'exemple des générations
précédentes, se tournant vers la Palestine-Israël d’un
côté, vers les Amériques, l’Europe de l’Ouest,
l’Australie et l’Afrique du Sud de l’autre. On estime
qu’à peu près 150,000 survivants de l’holocauste
arrivèrent en Palestine /Israël dans les années de
l’immédiat après guerre. Les effets causés
par ces survivants sur toutes les communautés auxquelles ils se
sont joints ont été énormes. En particulier à
long terme puisque certaines de ces communautés sont ressorties
de l’expérience avec la conscience que l’Holocauste
est l’élément central de leur identité juive.
4) Sionisme et la création de l’Etat d’Israël
La montée du sionisme et la création de l’Etat d’Israël
ont eu un impact énorme sur la plupart des aspects de la vie juive.
Notons en particulier l'impact du sionisme sur la révolution démographique
.
L’émergeance d’un nouveau centre juif influent dans
la vieille/ nouvelle Palestine est d’une importance bien plus grande
pour les Juifs que les changements démographiques mais la démographie
elle-même est frappante à plusieurs égards. En
1800, la population juive totale de Palestine était de quelques
milliers. Ce nombre venait juste de dépasser les 25,000
avant le début de l’alyah « sioniste » qui suivit
les pogroms de 1881.
Au contraire de l’immigration de masse drainant des millions vers
l’Ouest – en particulier les Etats-Unis – dans les décades
qui suivirent 1881, les alyot sionistes (vagues d’immigration vers
Eretz Israël) étaient de petite taille. En 1914, à
la fin de la seconde Alyah, on estime que moins de 65,000 personnes avaient
rejoint la communauté juive de Palestine et y étaient restés.
Les nombres augrmentèrent considérablement entre le milieu
des années 20 et à la fin des années 30,
la population juive dépassait les 425,000. La décade
suivante ajouta un peu moins de 200,000 Juifs si bien qu’à
la veille de l’Indépendance, un peu plus de 600,000 Juifs
vivaient en Eretz Israël.
Dans le portrait de ce développement, il faut aussi prendre en
compte le passé ethnique des populations. Avant que les vagues
d’immigrations sionistes ne changent le visage du pays, la plus
grande partie des Juifs de Palestine était d’origine Sépharade.
Beaucoup d’entre eux pouvaient retracer la présence de leur
famille en Terre d’Israël sur des générations.
Les immigrants qui arrivèrent en grand nombre dans les décennies
précédant la création de l’Etat, à l’exception
de quelques groupes significatifs arrivés du Yémen, venaient
presque tous d’Europe.
Cela n’est pas une surprise étant donné que l’idéologie
sioniste est originaire d’Europe, et a fait suite à l'effervescence
nationaliste qui avait embrasé tout le continent à travers
le XIX ème siècle. L’Orient, qui depuis quelques siècles
vivait une phase d’endormissement, était moins touché
par ces phénomènes et ne trouverait un intérêt
dans ces idées qu’au XX ème siècle. De ce fait,
le nouvel Etat d’Israël est presque exclusivement la création
de Juifs ashkénazes sionistes en révolte contre le mode
de vie européen.
Une des premières décisions du nouvel Etat fut de changer
la politique des Britanniques au sujet de l’immigration. Ces derniers
l’avait très largement restreinte dans les années
d’avant guerre. Immédiatement, les nouveaux immigrants arrivèrent
en masse dans le nouveau pays. A cette époque, il y avait deux
sources principales d’immigration : les survivants de l’Holocauste,
dont beaucoup avaient été internés par les Britanniques
dans des camps à Chypre, et la masse des juifs d’Orient,
qui, jusqu’à ce point n’avaient joué qu’un
rôle marginal dans l’histoire sioniste. Ces communautés
avaient décidé de venir en Israël suite à un
mélange de circonstances, résultat à la fois de la
propagande sioniste, d’un enthousiasme messianique et de l’atmosphère
anti-sioniste / anti-juive qui commençait à se développer
dans de nombreux pays Arabes.
Au cours de années qui suivirent l’Indépendance,
le caractère de l’Etat juif, en tant que création
européenne, berceau de l’idéologie sioniste, commença
à être remis en cause par les immigrants qui, par centaines
de milliers, sont arrivèrent d’Asie et d’Afrique. Les
trois plus grands pays d’immigration de cette époque étaient
: l’Iraq (de loin le plus important), le Yémen et le Maroc.
Les immigrants de ces pays se joignirent aux juifs arrivés de l’Europe
post-holocauste, en particulier de Roumanie et de Pologne.
Alors qu’Israël commençait à se peupler et
à intégrer quelques 680,000 immigrants arrivés entre
1948 et 1952, les centres juifs dans le monde entier commençaient
à se vider. Des centres qui avaient été influents
pendant des siècles, parfois même des millénaires,
comme en Babylonie (Irak) ou au Yémen. Ces années correspondent
au « début de la fin » de ces communautés et
à leur relocalisation dans leur contrée d’origine,
la Terre d’Israël.
La population juive du jeune Etat a plus que doublé dans les années
qui ont suivi son établissement, créant des frictions sociales
intenses et des problèmes qui continuent à influencer le
pays aujourd’hui encore. Dans les années qui suivirent, cependant,
le niveau de l’immigration baissa à des chiffres plus faciles
à gérer, et ce, pour les trois décennies suivantes.
De nombreux juifs ont continuèrent à arriver dans les années
50, en particulier de pays comme la Pologne, la Roumanie et le Maroc.
A la suite de la guerre de 1967, un nombre significatif d’immigrants
arriva de l’Occident, en particulier de pays Anglo-Saxons et d’Europe
de l’Ouest.
Les immigrants d’Union Soviétique commencèrent à
arriver dans les années 70, suite une pression intense de l’Occident.
A la fin de la décade, près de 140,000 d’entre eux
avaient pu sortir d’URSS pour venir en Israël. Cette Alyah
fut considérée comme un triomphe par les Juifs à
travers le monde, d’autant plus qu’elle comprenait un nombre
important de figures proéminentes tels des anciens «prisonniers
de Sion », qui étaient devenus célèbres au
cours de leur combat. Mais cela causa du ressentiment en Israël,
en particulier parmi les couches les plus socialement désavantagées
de la population. Ce n’était qu’un prélude à
l’arrivée bien plus massive de Juifs d’Ex-Union Soviétique
qui eut lieu à partir de la fin de années 80, avec un sommet
en 1990-91. A la fin du XX ème siècle, plus de 375,000 Juifs
russes étaient arrivés en Israël.
Une autre vague d’immigration notable arriva d’Ethiopie,
principalement en 1984 (opération Moïse) et en 1991 (opération
Salomon). Elle apporta un élément jusque là inconnu
dans la population d’Israël et même dans la conscience
du judaïsme mondial. L’arrivée des Ethiopiens fut à
la fois une source de grande fierté et de grandes frustrations,
dues principalement aux difficultés d’intégration
qui sont encore largement senties aujourd’hui au sein de cette communauté.
Plus récemment, le nombre d’immigrants des communautés
d’Argentine et de France a augmenté significativement.
Voir www.judaica.org.il
Facteurs de répulsion et facteurs d’attraction
Pourquoi tous ces gens sont-ils venus en Israël ? Ce sujet a
un intérêt qui va au-delà du contexte sioniste.
Pour comprendre pourquoi les gens vont d’un endroit A à
un endroit B, il faut analyser deux catégories de facteurs. Les
facteurs de répulsion et les facteurs d’attraction.
Les facteurs de répulsion, c’est tout ce qui peut pousser
une personne à quitter sa maison.
Les facteurs d’attraction, tout ce qui peut la pousser à
choisir un endroit plutôt qu’un autre pour s’y installer.
Il ne suffit pas de comprendre pourquoi une personne veut quitter
un endroit A. Il faut aussi comprendre pourquoi elle choisit de s’installer
dans un endroit B plutôt que C. Lorsque l’on veut appliquer
ces principes aux Olim (nouveaux immigrants) qui sont venus en Palestine
/Israël, la complexité de cette question devient évidente.
Les immigrants sionistes du début étaient principalement
des personnes qui ressentaient l'impossibilité de continuer à
vivre en Europe de l’Est, mais elles étaient aussi attirées
par l’idéologie sioniste et l’idée de vivre
dans un Etat ou une société juive. Parmi eux, nombreux
étaient ceux qui ne pouvaient pas continuer à vivre en
Europe parce que cela ne correspondait pas à l’idée
qu’il se faisaient de vivre une vie juive. D’autres, encore,
voulaient un changement géographique plutôt qu’idéologique.
Beaucoup d'autres, arrivés à la même période
que les sionistes, ne sont pas venus pour des raisons idéologiques.
La plupart d'entre eux étaient attirés par l’idée
de la vie sur la Terre d’Israël mais ne voulaient rien avoir
à faire avec l’idéal sioniste, un Etat ou une société
juive.
Tous ces immigrants étaient attirés par l’idée
de partir vivre en Israël, cependant, chacun avait une raison différente
de vouloir y vivre et ce qu’il voulait y voir. Cela a été
la source de nombreux conflits dans les années qui ont suivi
leur arrivée. Et même après la création de
l’Etat, nombreux sont ceux qui sont arrivés, non pas grâce
à l’Etat, mais plutôt en dépit de l’Etat.
Beaucoup sont arrivés en Palestine /Israël parce qu’ils
avaient été repoussés de leur pays d’origine
et qu’ils n’avaient pas d’autre solution. Ce fut le
cas de nombreux juifs d’Europe centrale qui, dans les années
30, fuyaient le Nazisme et le fascisme. La plupart d’entre eux
n'arrivèrent pas en tant que sionistes actifs. Ils auraient préféré
rester dans leur pays d’origine, ce qu’ils auraient fait
si les circonstances politiques ne les avaient pas poussés dehors.
Ils arrivèrent en Palestine parce qu’il n’y avait
que peu d’options. De plus, jusqu’à ce que les Britanniques
limitent sévèrement l’immigration, a Palestine était
plus facile d’accès que de nombreuses autres destinations.
Cependant, quand ces personnes arrivèrent Palestine et prirent
conscience de la réalité, beaucoup devinrent sionistes.
Ainsi, le facteur d’attraction n’a eu un effet sur eux qu’après
seulement. D’autres groupes, les Yéménites par exemple,
arrivés au début des années 20, et les Ethiopiens
à la fin du XX ème siècle, sont arrivés
en Palestine /Israël avec très peu de connaissances sur
la réalité de la vie sur place et sur l’idéologie
sioniste. Ils étaient attirés par un rêve messianique
qu’ils poursuivaient de génération en génération
depuis des milliers d’années.
Beaucoup sont partis en Palestine /Israël pour des raisons économiques.
Par exemple, ceux qui ont quitté la Pologne au début des
années 20, ceux qui ont quitté l’ex-Union Soviétique
dans les années 90 et aujourd’hui les Argentins. Un grand
nombre de ces immigrants ont été transformés par
leur expérience alors que d’autres ont choisi une autre
destination ou de rentrer chez eux quand des opportunités économiques
se sont ouvertes à eux.
Un des aspects intéressants de ces cheminements variés,
est l’interraction entre les différents groupes qui ont
petit à petit constitué la société Israélienne.
Si l’on considère à la fois la diversité
des origines des gens, et des motifs qui les ont poussé à
venir, il n’est pas surprenant de constater que les relations
furent souvent problématiques. Il y a plus de raisons pour ce
phénomène que nous ne pouvons en citer ici. Nous nous
contenterons de dire que l’un des résultats les plus intéressants
et importants de cet état de fait a été le renforcement
des groupes identitaires séparés au sein de ces groupes
de population, et ceci, souvent longtemps après leur immigration.
Les pères fondateurs de l’Etat d’Israël rêvaient
de créer un "melting pot" dans lequel chaque citoyen
oublierait son groupe identitaire d’origine pour se fondre dans
la nouvelle société et dans une identité commune
qui serait celle de la nouvelle nation juive. Mais les buts différents
des membres des nombreuses communautés, et les antagonismes créés
ont eu le résultat opposé. Cela était particulièrement
vrai des groupes qui ont eu le sentiment que l’on cherchait à
gommer leurs spécificités et par là-même leur
identité. Leur réponse fut au contraire de chercher à
préserver leur identité de groupe, tout en ruminant un sentiment
de ressentiment vis à vis du courant principal, qu’ils percevaient
comme étant le pourvoyeur d’une idée d’uniformité.
Ainsi donc, bien que la Diaspora ait disparu dans de nombreuses régions,
les identités spécifiques des membres de ces communautés
continuent à perdurer – bien que sous une forme légèrement
altérée – en Israël. Il ne fait pas de doute
qu’une des questions les plus importantes à laquelle la société
Israélienne doit faire face aujourd’hui est la suivante :
dans quelle mesure ces identités culturelles séparées
auront-elles encore une importance dans une génération.
Il est encore trop tôt pour prendre une position là-dessus.
L’équilibre entre les communautés juives
d’Israël et du reste du monde.
Un des problèmes critiques dans le monde juif moderne est celui
de cet équilibre. Comme nous l’avons dit plus tôt,
à l’époque de la chute du second Temple, les Juifs
sont devenus un peuple de Diaspora. Ce processus a eu lieu en trois
étapes. La majorité des Juifs s’était déjà
installée dans la Diaspora avant la destruction du Temple. Cependant,
en terme d’influence, le centre du monde juif était resté
en Judée. Les évenements de 70 de notre ère ont
dramatiquement changé l’équilibre entre ces deux
éléments, même si le leadership rabbinique qui commençait
à émerger continuait à fournir un centre autour
duquel la vie juive était organisée.
A un certain point au cours du III ème siècle, après
l’écriture de la Mishna, la Diaspora juive a commencé
à assumer un rôle plus central. Avec l’aide de lettrés
qui avaient quitté Eretz Israël, la grande communauté
de Babylone – qui existait déjà depuis plusieurs
siècles – a finalement commencé à prendre
plus de forces. La Terre d’Israël a commencé à
tenir un rôle émotionnel et théologique plutôt
qu’un rôle de centre de peuplement juif. Il en est resté
ainsi jusqu’aux débuts du mouvement sioniste.
A ce moment, l’équilibre a commencé - lentement
mais sûrement – à changer à nouveau. A partir
des années 1880, un nombre de plus en plus grand de Juifs de
la Diaspora ont commencé à s’installer en Palestine
/ Israël. Et au fur et à mesure que les communautés
de la Diaspora commençaient à se vider, la population
juive d’Eretz Israël augmentait. Cette situation est transparaît
très clairement dans les statistiques suivantes, qui sont basées
sur des développements qui ont eu lieu depuis la fin des années
30. Etant donné que certaines statistiques pour la population
juive mondiale font l’objet de disputes, nous avons chois de ne
prendre en compte que celles qui paraissaient les plus dignes de foi.
Année |
Population juive mondiale |
Israel |
| 1800 |
2,500,000 |
6,000 |
| 1880 |
7,750,000 |
25,000 |
| 1939 |
16,620,000 |
445,000 |
| 1945 |
11,000,000 |
565,000 |
| 1948 |
11,530,000 |
650,000 |
| 1950 |
11,373,000 |
1,203,000 |
| 1955 |
11,800,000 |
1,591,000 |
| 1975 |
12,742,000 |
2,959,000 |
| 1985 |
12,871,000 |
3,517,000 |
| 1990 |
12,869,000 |
3,947,000 |
| 1993 |
12,963,000 |
4,335,000 |
| 1995 |
13,000,000 |
4,550,000 |
| 2001 |
13,254,000 |
4,952,000 |
| 2002 |
Nombre exact pas disponible |
5,292,000 |
Qu’impliquent ces nombres pour l’équilibre général
du monde juif ? Si l’on considère que la transition de
l’hégémonie d’Eretz Israël à la
dominance de la Diaspora s’est faite graduellement, sur plusieurs
siècles, il serait dangereux de se précipiter vers des
conclusions.
D’autre part, les statistiques brutes ne montrent jamais qu’un
aspect de la situation. Par exemple, on sait qu’Eretz Israël
a continué a exercer un rôle central de leader alors qu’une
majorité de Juifs l’avait déjà quittée
et que les communautés de la Diaspora étaient déjà
majoritaires. Il est possible que l’on puisse considérer
la situation actuelle comme une copie (à l’inverse) de
la situation du début de notre ère.
La population juive d’Israël dépasse actuellement
légèrement les 5,250,000 sur une population totale de
6,500,000. Selon les statistiques, cela prendra encore quelques générations
avant que la population juive d’Israël n’atteigne une
supériorité numérique par rapport à celle
de la Diaspora. Sous peu, on s’attend à ce que le nombre
de Juifs en Israël dépasse de peu celui de la plus grande
communauté : celle des Etats-Unis.
Cependant, en ce qui concerne de nombreux aspects significatifs, on
peut d’ores et déjà dire que le leadership est retourné
en Eretz Israël, et ce à un moment du passé qui n’est
pas exactement déterminé.
Il faut maintenant voir dans quelle mesure cette tendance va continuer.
Il paraît clair, cependant, qu’à moins d’un
virage à 90°, dû à quelque développement
dramatique, le processus de « diasporisation » qui avait
commencé il y a quelques milliers d’années est en
cours de renversement.
5 – La chute du communisme en Europe de l’Est et Centrale.
Comme nous l’avons dit plus tôt, l’Holocauste n’a
pas réussi à éliminer complètement la vie
juive en Europe Centrale et de l’Est. Des communautés substancielles
ont – potentiellement - continué à y vivre, principalement
en Hongrie (surtout à Budapest), et dans les parties les plus à
l’Est et Centrales de l’Union Soviétique.
Le mot « potentiellement » a été utilisé
ici pour mettre l’accent sur la nature problématique de l’existence
juive dans des pays qui sont restés sous contrôle communiste
jusqu’à la fin des années 80.
En effet, le communisme a rendu toute forme de vie juive significative
impossible. La culture juive n’était reconnue que de la façon
la plus limitée qui soit. De plus, les membres des comunautés
juives de ces pays se sentaient toujours suspectés par les différents
régimes ainsi que la société en général.
A moins d’être extrêmement déterminés
et courageux, les Juifs de ces pays pensaient que leur survie, en tant
qu’être humain, serait mise en péril par la pratique
publique de leur judaïsme.
Ce sentiment était sans doute renforcé par le fait que,
des millions de Juifs étaient morts dans ces pays, car les régimes
les avaient considérés comme hostiles. Dans ces circonstances,
cacher ses origines juives était moins un acte de paranoïa
que de prudence. Si bien que dans de nombreux endroit, la vie juive devint
clandestine ou cessa simplement d’exister. Les parents ne pouvaient
rien transmettre de positif sur leur culture et sur leur patrimoine à
leurs enfants. Pour beaucoup, l’identité juive devint même
un stigmate. Beaucoup sont même allés jusqu’à
chercher à être dissociés du judaïsme afin de
n’éveiller aucune suspicion.
Les résultats étaient inévitables : la disparition
quasi-complète de la vie juive dans ces communautés. Quelques
personnes âgées, trop âgées pour changer, avaient
gardées quelques anciennes connections. Les régimes ne les
considéraient pas comme pouvant faire du mal et les laissait faire,
allant parfois jusqu’à les utiliser. Ces personnes n’auraient
en aucun cas pu représenter des modèles pour les jeunes
générations. Si bien que la vie juive dans ces pays a connu
un coup d’arrêt. Et ceci autant dans les endroits où
la population avait pratiquement totalement disparue, à cause de
l’Holocauste, que dans ceux où elle avait été
épargnée et était encore relativement nombreuse.
Bien sûr, il y a eu quelques exceptions à cette tendance.
Ceci était particulièrement vrai dans les régions
où – à la fin des années 60 – les identités
juives et sionistes sont devenues connectées avec la dissidence
aux régimes en place. Quelques jeunes Juifs courageux ont mis en
place des cercles clandestins dans lesquels la culture juive et l’hébreu
étaient étudiés. Il est important de les noter même
si, par nature, il s’agit d’actions extrêmement minoritaires.
Il n’y avait simplement aucun moyen pour les faire surgir au grand
jour et à grande échelle, en tant que manifestation de l’identité
juive.
Quand le rideau de fer a fini par tomber, le sort des populations juives
de ces régions n’était pas clair. Personne ne pouvait
savoir combien parmi eux seraient prêts à se définir
comme Juifs. Même après la chute des différents régimes
communistes, les gens n’étaient pas sûrs qu’il
serait bénéfique (voire même prudent) de révéler
leur identité au grand jour, tant qu’il ne savait pas si
dans cette nouvelle société, les Juifs seraient mieux acceptés
qu’auparavant.
Une chose qui changea, cependant, fut la liberté d’action
qu’avaient les organisations occidentales pour opérer dans
ce vide laissé par les régimes communistes. Certains, comme
par exemple l’American Joint Distribution Committee, avaient été
actifs secrètement depuis longtemps déjà. Ils pouvaient
maintenant émerger et commencer à travailler ouvertement
et bien sûr, plus efficacement. D’autres organisations, qui
jusque là n’avaient pas été actives, pouvaient
elles aussi se mettre au travail publiquement.
Il est difficile de savoir ce qui se serait passé si ces nombreuses
organisations juives n’avaient pas tenté de galvaniser ces
communautés dormantes. Mais le résultat (largement dû
aux activités de ces organisations) est très clair : avec
à leur disposition de larges sommes et des donations, ils ont réussi
à stimuler la vie culturelle et religieuse et les communautés
juives ont commencé à revivre.
Peu à peu, un nombre de plus en plus important de personnes –
y compris certains qui n’avaient jamais fait aucune allusion à
leurs racines – ont commencé à émerger et à
se mettre en rapport, d’une façon ou d’une autre, avec
la communauté juive. Comme prévu, les principales aires
d’activité etaient en Hongrie et dans l’Ex-Union Soviétique.
Cependant, d’autres communautés, en Pologne, dans les Etats
Baltes et les nouveaux Etats créés dans les ex-Tchécoslovaquies
et Yougoslavie, ont commencé à montrer des signes de renouveau.
Les estimations des tailles de ces communautés juives aujourd’hui
sont encore très spéculatives. Personne ne peut savoir combien
de Juifs vivent encore dans ces pays, parce que nombreux sont ceux qui
continuent à émerger. Il y a aussi un sérieux problème
en ce qui concerne la définition de qui est juif. Malgré
cela, des personnes informées proposent les statistiques suivantes
:
- Russie, 500,000 juifs
- Ukraine, 400,000
- Hongrie, 80,000
- Biéorussie, 60,000
- Uzbekistan, 35,000
- Azerbaïjan, 30,000
- Moldavie, 30,000
- Géorgie, 17,000
- Kazakhstan, 15,000
- Lettonie , 15,000
- Roumanie, 14,000
- Pologne, 8,000
- République Tchèque, 6,000
- Lituanie, 6000
- Slovaquie, 6,000
- Et 6 autres pays dans lesquels la population juive oscillerait entre
1,000 et 1,500.
Il est possible que, dans les générations prochaines au
moins, ces régions nous offrent l’exemple unique de populations
diasporiques qui grandissent. C’est parce que les écoles
et les réseaux culturels ou d’éducation non-formelle
travaillent dur afin de changer l’image négative du Juif
qui est envore si profondément ancrée dans l’esprit
de ces populations. De larges sommes d’argent vont continuer à
être dépensées dans ces régions, à cet
effet, dans le futur proche, ce qui pourrait en pousser encore certains
à révéler leur identité. Cependant, ces populations
pourraient aussi se décider à partir ailleur.
6 – Les facteurs économiques qui causent l’immigration
Si l’on analyse les raisons qui, tout au long de l’histoire
juive, ont poussé à l’immigration, on peut noter deux
raisons principales : le désir d’échapper aux persécutions
et celui d’améliorer sa situation économique et ses
perspectives de futur. Ces deux facteurs ont constamment contribué
à changer la carte du judaïsme mondial et ce, souvent avec
un considérable niveau d’inter-dépendance.
Là où l’on avait besoin des Juifs pour des raisons
économiques, ils avaient moins de chance d’être activement
persécutés. Inévitablement, les Juifs gravitaient
autour de ces endroits.
On peut voir un exemple de cette tendance dans l’immigration des
Juifs vers Ashkenaze (l’Allemange) autour du IX ème siècle.
Dès le XIII ème siècle, cette communauté est
poussée plus à l’Est en Pologne puis vers l’Ukraine
au XVI ème siècle.
Cela ne signifie cependant pas que l’on peut regarder une carte
des communautés juives à une période donnée,
et en déduire que là où il y a des Juifs en grand
nombre, ils vivaient en toute sécurité et prospérité.
Certaines communautés vivaient dans des situations économiques
marginales et restaient très vulnérables. Cependant, peu
avaient des alternatives. Cinquante ans après les terribles pogroms
du milieu du XVII ème siècle en Ukraine, qui décimèrent
la population juive de cette région, entraînant la mort de
dizaines de milliers de Juifs et poussant la plupart des autres à
fuir, de nombreux Juifs vivaient à nouveau en Ukraine.
Cependant, les facteurs économiques ont presque toujours été
la cause principale des vagues d’immigration de grande ampleur,
et cela comprend celles qui ont eu lieu dans les temps modernes. Parfois,
le facteur économique était le seul motif. Mais le plus
souvent, il était couplé avec d’autres causes qui
décidaient à la fois du timing et de la nouvelle destination.
Nous avons déjà mentionné quelques exemples qui pourraient
illustrer ces propos.
Par exemple, un des facteurs principaux qui ont fait que de nombreux juifs,
à la fin du XIX ème siècle et le début du
XX ème, se précipitaient vers les Etats-Unis et dans une
moindre mesure, l’Amérique du Sud et l’Europe Occidentale,
était le concept de « Goldene Medina » où, l’on
disait, les rues étaient pavées d’or. Nous avons aussi
parlé de groupes similaires qui s’étaient rendus en
Palestine pour une motivation économique analogue. Par exemple,
les immigrants de Pologne des années 20 et ceux qui viennent aujourd’hui
de Russie viennent à cause d’une combinaison de raisons incluant
les troubles économiques, et la nécessité de quitter
une réalité politique et sociale difficile.
Dans d’autres cas, encore, les considérations économiques
étaient centrales. Ce phénomène peut être démontré
à travers l’histoire de quatre communautés différentes.
Il s’agit d’un choix représentative et non pas exhaustif.
Lorsque l’on discute du choix des Juifs d’Afrique du Nord
de partir pour la France, des Russes de s’installer en Allemagne
ou des Sud-Africains d’aller en Australie, nous n’ignorons
pas que nombreux sont ceux qui sont partis en Angleterre, au Canada ou
aux Etats-Unis. Mais chacune de ces histoires est significative, car elle
indique une véritable tendance.
A – L’immigration des Nord-Africains vers la France.
Quand la plupart des Juifs d’Afrique du Nord se sont installés
en Israël dans les années 50, on estime que plus de 200,000
ont choisi de s’installer en France à la place. Leurs raisons
pour quitter l’Afrique du Nord étaient les mêmes, mais
ils étaient arrivés à des conclusions différentes.
Ayant vécu sous la domination coloniale française pendant
plusieurs générations, ils étaient familiers à
la fois avec la langue et la culture. Ils choisirent donc de partir pour
un endroit où ils avaient de meilleures chances d’améliorer
leur situation économique. Ces considérations pragmatiques
plutôt qu’idéologiques ont certainement portée
leurs fruits. Cet énorme apport d’énergie a totalement
changé le visage fatigué de la communauté juive française
de l’après-guerre. Et beaucoup parmi ces nouveaux immigrants
ont réussi leur intégration et ont participé à
l’élaboration de ce mythe classique des immigrants qui atteignent
des fortunes en quelques générations.
Et ceci en contraste total avec les immigrants qui ont choisi Israël.
Décapités du leadership de leur communauté qui était
parti en France et handicappés par l’obstacle d’une
nouvelle langue à apprendre, ils ont eu beaucoup de mal à
s’intégrer dans l’Etat Hébreu naissant, aux
conditions économiques si difficiles, et ils ont en général
continué à avoir des difficultés pendant la seconde
et la troisième génération.
B – L’immigration des Russes vers l’Allemagne
Un phénomène similaire s’est produit avec les dizaines
de milliers de Russes qui ont choisi de s’installer en Allemagne
au cours de la dernière décennie. Dans ce cas aussi, les
raisons pratiques et économiques ont prévalu. Cette histoire
est cependant légèrement différente, puisque ceux
qui sont venus en Israël ne l’on pas fait pour des raisons
idéologiques. La plupart cherchaient seulement à repartir
de zéro dans un nouveau pays et pour beaucoup, Israël était
la solution la plus facile, l’endroit où ils seraient le
plus facilement acceptés. Cependant, il y a toujours une connotation
négative considérable attachée au fait, pour un Juif,
de vivre en Allemagne. Seuls des matérialistes, ceux qui n’ont
que des raisons pratiques et économiques d’immigrer pourraient
accepter de s’installer en Allemagne, et ce si peu de temps après
l’Holocauste.
Parmi les 60,000 Juifs qui vivent actuellement en Allemagne, une large
majorité est arrivée de la Russie au cours de la dernière
décennie, et leur présence a commencé à totalement
transformer la communauté juive allemande qui menaçait de
disparaître.
C – Les Israéliens qui s’installent en Allemagne
Ici, il est nécessaire de discuter d’une composante différente
de la communauté juive d’Allemagne, qui représente
une autre facette de ce même phénomène. Dans les années
70 et 80, plusieurs milliers d’Israéliens sont venus s’installer
en Allemagne. Au cours de ces deux décennies, nombreux sont les
Israéliens qui sont partis à la recherche d’une réalité
politique et économique plus brillante, en particulier dans le
monde Anglo-Saxon. Mais la présence d’une large comunauté
Israélienne en Allemagne est particulièrement intéressante
à noter pour démontrer ce point, justement à cause
du stimate associé avec le fait qu’un juif choisisse de vivre
en Allemagne.
Les Israéliens vivent dans la seule communauté dans laquelle
le fait de décider d’y vivre ou d’en partir est perçu
comme un choix idéologique. Le simple choix des termes pour désigner
ceux qui viennent y vivre (alyah, qui signifie monter) et ceux qui quittent
le pays (Yeridah ou descente), implique un jugement moral très
clair : ceux qui viennent sont les bons. Ceux qui partent sont les méchants.
C’est une démonstration du fait que pour les Juifs, il
semblerait qu’il y aurait un bon et un mauvais endroit où
être. Cette interprétation sioniste de la vieille catégorie
théologique de Galout (« exil », ou le mauvais endroit),
pour parler de tous les endroits en dehors d’Israël, a fait
que pour beaucoup, pendant de nombreuses années, il était
très difficile de partir. Aujourd’hui, il y a beaucoup
plus de tolérance. Mais dans les années 70 et 80, le stigmate
attaché à ceux qui quittaient le pays était énorme.
Ceux qui choisissaient l’Allemagne étaitent donc doublement
entachés. Il est clair que la plupart d’entre eux étaient
assez motivés et préparés pour ignorer toutes les
considérations idéologiques. Mais à un niveau symbolique,
le fait qu’ils sont partis en Allemagne représente l’acte
le plus important de Yerida d’Israël et sans doute sa forme
la plus problématique.
D – Les Sud-Africains partis pour l’Australie
Un quatrième groupe a avoir quitté son pays d’origine
pour des raisons de pragmatisme économique et des raisons politico-sociales
sont les Sud-Africains (même si dans leurs cas, les motifs sont
moins clairs). Pour la plupart, ils ont choisi de s’installer dans
le monde Anglo-Saxon, en Australie en particulier.
Socialement et politiquement, ils ne se sentaient pas à l’aise
avec la révolution qui se produisait dans leur pays, alors que
les natifs africains acédaient au pouvoir. Beaucoup de Juifs étaient
incertains en ce qui concernait le futur à la fois de leur pays
et de leur famille. De plus, l’augmentation de la criminalité
qui a balayé tout le pays, victimisant en premier les classes moyennes
de la population (dont les juifs représentaient une bonne part),
leur a donné un sentiment de vulnérabilité particulière.
D’autres causes économiques se sont ajoutées, avec
en particulier la dévaluation du Rand Sud-Africain. Beaucoup ont
alors décidé de partir avant que cela ne devienne financièrement
impossible.
Le cas de ces Juifs sont différents de celui la petite minorité
qui avait quitté l’Afrique du Sud dans les décennies
précédentes, parce qu’ils n’étaient pas
prêts à vivre sous le régime de l’Appartheid.
Nombreux sont ceux parmi eux qui, d’ailleurs, choisirent Israël,
mettant l’une contre l’autre deux raisons idéologiques.
C’est sans doute parce qu’ils connaissaient des difficultés
à s’intégrer dans le monde des Afrikaans que les Juifs
d’Afrique du Sud ont développé une identité
juive et sioniste extrêmement importante. Beaucoup étaient
prêts à travailler pour influencer et améliorer la
communauté dans laquelle ils vivaient, quelle qu’elle soit.
C’est pourquoi la récente immigration d’Afrique du
Sud vers l’Australie a eu un impact très fort sur la communauté
juive d’Australie. Ils ont considérablement transformé
les institutions de la communauté et injecté beaucoup de
talent et d’énergie dans le leadership.
Ces quatre exemples indiquent une tendance importante dans la démographie
juive moderne : un monde de plus en plus mobile, une conscience de plus
en plus grande du fait que l’on peut changer sa situation économique
et sociale en changeant de domicile. Cette idée a en effet été
particulièrement bien intégrée par les Juifs. Comme
résultat direct, de nouvelles communautés entières
se forment par le biais de l’émigration et d’anciennes
communautés se transforment aussi.
7 – Assimilation et mariages inter-communautaires.
Contrairement à une idée répendue, ni l’assimilation,
ni le mariage inter-communautaire ne sont des phénomènes
nouveaux au sein du peuple juif. Il y a 2500 ans, alors qu’il retournait
à Jérusalem pour diriger la communauté de Juifs qui
retournait en Eretz Israël, Ezra fut choqué par le nombre
de mariages de Juifs locaux avec des personnes d’autres peuples.
Il les força à se séparer de leur partenaire non
juif. Nous avons peu d’informations concernant ce phénomène
dans l’époque pré-moderne. Il est clair que cela se
produisait à certains endroits et certaines époques, même
si l’on ne peut qu’assumer que les tabous religieux et l’isolation
sociale ont certainement reduit sa fréquence.
La situation a changé avec la période moderne. Les frontières
traditionnelles qui avaient toujours séparées les Juifs
des non-juifs dans le pays chrétiens de l’Occident ont commencé
à disparaître. A cette période, on pouvait constater
un certain affaiblissement de la croyance religieuse traditionnelle chez
les Juifs qui s’ouvraient peu à peu aux idées et aux
réalités du monde extérieur. La tentation de se convertir
à une autre religion est devenue plus forte. Au XIX ème
siècle en particulier, des centaines de milliers de Juifs se sont
convertis et mariés en dehors de la communauté.
Au cours des générations précédentes, il
arrivait qu’un petit nombre de Juifs se marient en dehors de leur
communauté mais souhaitent maintenir leur mode de vie juif. De
plus en plus, les Juifs étaient acceptés en dehors de leurs
communautés et les lois qui limitaient leurs participations à
la société générale disparaissaient progressivement.
La tentation de se convertir est devenue plus faible alors qu’au
contraire, le nombre de mariages inter-communautaires augmentait.
Déjà, au milieu du XIX ème siècle, certains
leaders du judaïsme réformé ont commencé à
repenser le ban traditionnel qui était posé sur les mariages
mixtes, aussi longtemps que les enfants étaient élevés
dans le judaïsme. Au cours des premières décades du
XX ème siècle, les mariages inter-communautaires ont augmenté
de telle façon, du moins dans le monde occidental, qu’ils
sont devenus une réelle cause de soucis pour les Juifs et leurs
leaders.
Il est possible que la décimation des juifs d’Europe et
la montée massive de l’antisémitisme à travers
le monde occidental (cela inclus l’Angleterre des années
30 et l’Amérique des années 40) ait ralenti le taux
de mariages inter-communautaires. Beaucoup de moralistes ont essayé
de tirer cette leçon de l’Holocauste : les Juifs qui essaient
de s’assimiler et de se marier en dehors de leur communauté
ne cesseront pas pour autant d’être considérés
et jugés comme juifs.
Malgré cette longue tradition de mariages inter-communautaires,
beaucoup pensent qu’aujourd’hui, la situation est différente.
La dernière génération a vu un retour à la
situation d’avant-guerre : un taux de mariages mixtes élevé
et, plus inquiétant encore, en continuelle augmentation.
Les raisons principales pour ce phénomène sont facilement
identifiables : un relachement des prohibitions communautaires et des
sanctions. Le fait que la théologie religieuse juive ne signifie
plus rien pour beaucoup de Juifs contemporains, l’ignorance de la
tradition et de l’histoire, et la croyance que l’amour ne
relève que du domaine des sentiments et qu’il doit être
le seul critère dans le choix d’un compagnon.
Le mouvement Conservateur a suivi le mouvement Réformé
en décidant d’accepter consciemment les époux non-juifs
dans leur congrégation. Leur argument principal est qu’il
est préférable d’essayer de gagner de nouveaux adhérants
pour le judaïsme. En encourageant les Juifs qui ont quitté
les cercles communautaires à y ré-entrer et à y trouver
leur place, ils ont plus de chance de créer une base pour une vie
juive forte et significative. Ils arguent que c’est une façon
productive de s’occuper de ce problème. Pousser ces gens
en dehors de la communauté, disent-ils, ne pourra qu’avoir
l’effet de l’affaiblir.
Il faut cependant dire clairement qu’aucun mouvement juif n’encourage
au mariage inter-communautaire. La question à laquelle ils sont
tous confrontés est : comment répondre à cette réalité
présente. C’est ainsi que dans la communauté non-Orthodoxe,
cette position – avec ses implications pratiques importantes –
a tenté de remplacer la réponse d’outrage et de fuite
collective qui étaient jusqu’à il y a peu la réponse
dans les cercles plus traditionnels. D’aucuns pourraient dire que
cette politique d’outrage a laissé la voie à la disparition
de ces personnes de la communauté.
Le monde Orthodoxe, de son côté, a en général
maintenu une position traditionnelle de sanction à cet égard.
Ce problème reste très controversial dans la plupart du
monde juif.
L’assimilation et les mariages inter-communautaires ont certainement
une très grande signification pour les démographes juifs.
Mises à part les considérations théologiques sur
les effets sur le judaïsme, et les considérations sociologiques
sur les conséquences à l’intérieur de la communauté,
le démographe a besoin de définir des critères pour
compter les Juifs dans les lieux où se phénomène
est fréquent.
Jusqu’à une certaine époque, on pouvait, sans avoir
peur de se tromper, assumer que le nombre de Juifs vivant dans une région
donnée était plus ou moins en adéquation avec le
nombre de personnes actives au sein de la communauté. Aujourd’hui,
ce n’est plus le cas. Un certain pourcentage seulement de Juifs
participe activement à la vie de la communauté d’une
manière ou d’une autre, et ce quelle que soit la façon
dont on définisse la communauté.
Cela provoque une série de nouvelle (et très controversées)
questions, qui n’ont pas réellement de bonne et de mauvaise
réponse.
- Comment considérez-vous des enfants de familles mixtes qui
ne sont pas élevés comme des Juifs ?
- Vos décisions sont-elles basées sur des critères
Halakhiques ou de descendance matrilinéaire, même si certaines
communautés ont adopté les critères de patrilinéarité
comme ayant la même valeur ?
- Est-ce que les gens qui ne se considèrent pas comme Juifs,
malgré leurs antécédents familiaux, doivent être
comptés comme l’étant, ou pas ?
- Est-ce que des considérations subjectives devraient entrer
en ligne de compte dans le décompte démographique ?
- Est-ce que des critères plus objectifs comme par exemple l’affiliation
à une synagogue ou la participation à des activités
sociales et culturelles devraient être des facteurs décisifs
?
Malgré le développement de techniques de plus en plus sophistiquées,
le travail du démographe est en train de devenir de plus en plus
difficile, à cause de difficultés sérieuses pour
prendre la décision correcte sur des questions aussi compliquées.
Les statistiques en elles-même sont importantes pour démontrer
des tendances au sein de communautés spécifiques en cours
d’examination.
Par exemple, un débat s’est développé autour
du chiffre récemment publié pour le judaïsme américain.
Selon le National Jewish Population Survey, qui est fait tous les dix
ans et qui représente la principale étude officielle de
ce secteur démographique, la taille actuelle de la population juive
aux Etats-Unis est de 5.2 millions. Cependant, l’Institut pour les
Recherches Juives et Communautaires, basé à San Fransisco
a récemment publié une estimation plus généreuse
qui atteint 6.7 millions. Les différences proviennent moins de
différences dans la technique de recherche que des critères
qui ont été utilisés pour déterminer «
Qui est juif ?». De plus, la dernière étude indique
qu’il y a en outre 2.5 millions d’Américains qui sont
« socialement ou psychologiquement » connectés avec
le judaïsme. Cela inclu les personnes qui pratiquent le judaïsme
en même temps qu’une autre religion, qui ont été
élevées en tant que Juifs mais qui maintenant pratiquent
une autre religion ou qui ont un partenaire ou époux juif.
Cette question n’est pas restreinte à l’Occident.
Elle est aussi pertinente, si ce n’est plus dans les communautés
d’Europe de l’Est dont nous avons parlé plus tôt
dans cet article. Par exemple, on estime généralement la
communauté juive de Hongrie à 80,000. Cependant, un certain
nombre de recherches contemporaines en Hongrie révèlent
un phénomène étonnant de disparité. En effet,
les résultats varient de 50,000 à 200,000. Certaines différences
peuvent être expliquées par les réalités spécifiques
à ces pays, où certaines personnes on caché leur
identité et ne se pressent pas pour réclamer à nouveau
une connection avec la comunauté juive. Mais une partie significante
de ces variations tient aux différences de réponses données
à la question de la définition du Juif. Et cette question
est d’importance pour pratiquement toutes les communautés
juives du monde.
8 – Résumé sur cette question : suggestion de signification.
Les juifs ne disparaissent pas, ils se transforment.
Dans un article récent du magasine Jerusalem Report (21.10.2002),
le démographe responsable de la recherche sus-mentionnée,
faite dans un institut de San Fransisco, était interrogé
et disait ceci : « Les Juifs ne disparaissent pas, ils se transforment…
le type de language que l’on utilisait dans le passé pour
décrire un type de population est devenu inutile et trompeur…
Nous devons être plus ouverts par rapport à l’idée
que la communauté juive est plus large et disconnectée de
la vie juive. Je pense que le potentiel pour une communauté juive
plus large et encore plus vibrante est énorme. »
Cette opinion est citée ici parce qu’elle a des implications
nombreuses sur la façon dont la communauté juive est perçue
de nos jours. Et entre autres choses, cela pose la question du véritable
sens qui se cache derrière les chiffres bruts.
- Quelles sont les implications d’une population juive, dont
une large partie serait disconnectée, étrangère
à la vie communautaire juive ?
- Est-ce qu’il peut y avoir une signification à définir
les Juifs qui vivent en dehors de la communauté juive en tant
que Juifs ? Le judaïsme et le sens de la vie juive ayant toujours
été basés autour de la communauté et de
l’interaction de l’individu avec elle.
Quand des démographes et des statisticiens commencent à
parler d’un grand nombre de Juifs déconnectés de la
vie communautaire comme étant une part significative du monde juif,
il est temps de retourner au début et de se poser des questions
basiques sur ce que signifie être Juif aujourd’hui. Cela ne
suffit pas de parler de nombres. Les démographes doivent aussi
pouvoir parler de la signification de ces chiffres pour une communauté
juive vivante. Cet article a examiné les forces qui ont façonnées
le monde juif tel qu’il est actuellement, a analysé la signification
des principales tendances démographiques, et cherché à
définir les contours du judaïsme aujourd’hui.
Les statistiques officielles de la population juive globale aujourd’hui
sont un peu au dessus de 13,000,000. Certains disent qu’en produisant
ces chiffres, les démographes ont accompli leur tâche. Mais
en fait, leur travail a tout juste commencé : évaluer la
signification de ces chiffres pour le présent, mais aussi pour
le futur du judaïsme.
9 – Suggestions d’exercices éducatifs
A – Donner une signification aux nombres juifs
- Demandez à chaque personne dans un groupe d’écrire
ce qui selon lui /elle, est le nombre de Juifs dans le monde. Leur demander
d’écrire aussi le nombre de Juif qui selon eux, vivent
actuellement en Israël.
- Demandez à chaque personne de donner le nombre qu’ils
ont inscrit et en faire deux listes au tableau. Expliquez quelles sont
les difficultés pour arriver à une certaine exactitude
et entourez les nombres qui se rapprochent le plus du nombre réel
actuellement accepté. Si certains des nombres donnés sont
très loin de la réalité, faites une pause pour
en discuter et parler des implications des nombres suggerés.
Est-ce qu’il y a moins ou plus de Juifs que les gens ne pensaient
? Comment le comprennent-ils ?
- Dites au groupe qu’ils sont des démographes auxquels
on a demandé de faire un rapport pour la prochaine Conférence
Mondiale des Statisticiens Juifs. Distribuez la table de statistiques
suivante (prise de l’article) :
Année |
Population juive mondiale |
Israel |
| 1800 |
2,500,000 |
6,000 |
| 1880 |
7,750,000 |
25,000 |
| 1939 |
16,620,000 |
445,000 |
| 1945 |
11,000,000 |
565,000 |
| 1948 |
11,530,000 |
650,000 |
| 1950 |
11,373,000 |
1,203,000 |
| 1955 |
11,800,000 |
1,591,000 |
| 1975 |
12,742,000 |
2,959,000 |
| 1985 |
12,871,000 |
3,517,000 |
| 1990 |
12,869,000 |
3,947,000 |
| 1993 |
12,963,000 |
4,335,000 |
| 1995 |
13,000,000 |
4,550,000 |
| 2001 |
13,254,000 |
4,952,000 |
| 2002 |
Nombre exact pas disponible |
5,292,000 |
- Divisez les en paires ou petits groupes. Sans donner d’instruction
supplémentaire, dites leur qu’ils ont à peu près
15 mn pour lire les statistiques et suggérer trois tendances
ou phénomènes qui semblent être significatifs. Ils
devront préparer une présentation de ces faits, si possible
en s’appuyant sur des documents visuels qu’ils devront préparer.
- Le premier groupe fait sa présentation devant la classe. Discutez
à la fin de chaque présentation. Est-ce que le reste de
la classe est d’accord avec cette présentation ? Après
quelques présentations, demandez aux autres groupes si ils ont
eu d’autres idées de phénomènes qui n’ont
pas encore été présentés. Faites une liste
au tableau de toutes les tendances qui sont mentionnées.
- Chaque groupe devra préparer une lettre pour le journal juif
local en expliquant ce qu’est, pour eux, la signification de ce
qui est en train de se passer au sein de la population juive mondiale.
Elle devra aussi suggérer des politiques à suivre, ou
des initiatives qui pourraient être prises par le leadership de
la communauté juive de votre pays.
B – Israël et la Diaspora, définir l’équilibre
:
- Dans cet exercice, retournez à la table statistique utilisée
dans l’exercice précédent. Demandez aux élèves,
divisés en paires, de choisir 4 dates significatives de la table.
Ils devront essayer de dessiner des diagrammes approximatifs (sous forme
de camemberts), montrant la proportion de Juifs vivant en Palestine
/ Israël à ces 4 dates.
- Comparez les diagrammes et discutez des tendances.
- Préparez un débat sur la question suivante :
LE FAIT QUE LE NOMBRE DE JUIFS VIVANT EN ISRAEL EST EN CONSTANTE AUGMENTATION
EST UNE BONNE CHOSE POUR LE MONDE JUIF.
- Une moitié de la classe préparera des raisons pour
soutenir cette idée. L’autre moitié de la classe
préparera des raisons contre.
- Dirigez le débat, en passant d’un point de vue à
l’autre et en changeant les portes-paroles de chaque camp.
- Finalement, demandez aux élèves de procéder
à un vote (ils jouent maintenant leur propre rôle) et ensuite,
dirigez une discussion de conclusion sur ce thème.
- Demandez à chacun de faire un résumé écrit
de ses idées.
C – Ma communauté est mon pays
- Invitez trois personnes de votre communauté, si possible avec
des trajectoires différentes, à venir dans la classe parler
de l’histoire de leur famille. Si des gens ont immigré
récemment dans votre communauté, essayez d’en faire
venir des représentants afin qu’ils racontent leur histoire.
D’où leur famille vient ? Quand sont-ils arrivés
dans cette communauté /pays pour la première fois et pourquoi
? Quelles sont les choses les plus significatives qui ont changé
dans les histoires familiales des dernières générations
?
- Si les membres de votre groupe ou classe ne l’ont pas encore
fait dans le cadre d’un projet « racines », demandez
leur de cherchez des histoires sur leur famille, auprès de leurs
parents et de leurs grands-parents. Demandez leur de posez les mêmes
questions que celles qu’ils ont posé à leurs invités.
S’ils l’on déjà fait, demandez leur de partager
avec la classe le matériel qu’ils ont accumulé.
- Demandez à un leader de la communauté de rendre visite
au groupe. Il devra donner une image générale de la situation
de la communauté, en ce concentrant sur le sous-groupe principale
et les raisons pour lesquelles ils sont arrivés dans cette communauté.
- Après le départ du représentant de la communauté,
discutez afin de voir si les histoires individuelles qui ont été
racontées par les membres du groupe correspondent à l’histoire
générale de la communauté.
- Discutez des changements que la communauté a subis. Préparez
une liste de questions dont les réponses pourront donner au groupe
une idée sur la « santé juive » de la communauté.
Quelles informations devraient être rassemblées afin de
déterminer les tendances de la communauté aujourd’hui
?
- Vous pourrez au choix sortir pour organiser des rendez-vous avec
des « experts » de la communauté ou inviter un panel
pour discuter avec votre groupe.
- A la suite de ce rendez-vous, divisez les membres de votre groupe
en paires. Chaque paire devra écrire un rapport sur la situation
de la communauté, basé sur ce qu’ils ont découvert.
Quelle sont leurs conclusions ? Quelles sont les recommendations qu’ils
feraient pour améliorer la situation ?
D- La situation au niveau national
- Grâce à Internet ou par des publications communautaires,
le groupe devra faire des recherches pour connaître les détails
de la situation de la communauté juive au niveau national (France,
Belgique, Canada…)
- Préparez une exposition sur la situation de votre communauté
et de quelle façon elle s’intègre au niveau de la
situation nationale.
- Invitez les parents et les familles à une soirée communautaire
au cours de laquelle l’exposition sera présentée.
Après la présentation, les groupes devront présenter
leurs conclusions à leurs parents (prises dans l’exercice
précédent) et présenter une évaluation de
la communauté dans laquelle ils vivent, ainsi qu’une liste
de suggestions pour améliorer la situation.
- Discutez des suggestions des élèves avec les parents.
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