Parashat Vayetse - Reflexions d’Oleh
h’adash
J’aimerais proposer une lecture du debut de notre
Parasha a la lumiere des commentaires de Rachi. De nombreux
midrachim sont cites dans
son commentaire de notre sidra. Sans avoir l’orgueil de decider quelles
etaient les intentions du Maitre en choisissant tel ou tel Midrach,
j’aimerais montrer ce qu’une lecture du commentaire peut evoquer comme
reflexions, et plus particulierement a nous, Olim H’adashim ou Olim tout
court.
Le debut de la parasha decrit le depart de Yaakov
d’Eretz Israel en direction de H’arane. Ce depart est marque par
un evenement connu de tous : le reve de Yaakov. D’ors et deja, ce reve
nous indique un contexte special, une situation de passage. Rachi nous
explique que les anges montant l’echelle sont les anges de la Terre d’Israel, et
les anges descendant, les anges de l’Exil. Il y a ici un double “passage”:
Yaakov quitte a titre individuel la Terre d’Israel; mais, aussi,
incontestablement, une epoque prend fin: le prochain retour en Israel se fera a
l’etat de noyau familial, d’embryon de peuple. D’ailleurs le discours de D. a
Yaakov est entier tourne vers ce retour de la “prosperite de
Yaakov” vers sa terre.
Et la, un commentaire de
Rachi merite a nouveau une attention particuliere. Citant le Talmud
(‘Houline) a propos du
verset : “…la terre sur laquelle tu es assis, je la donnerai a ta descendance”
(XXXVIII, 13). Rachi commente : “La terre sur laquelle tu es
assis: il est enseigne a ce propos que la terre vint se plier sur elle-meme
pour se “compacter” sous Yaakov”.
Voyons tout d’abord quelle
difficulte au sens “pshat” entraine le Talmud a commenter ainsi. D.
promet a Yaakov la Terre sur laquelle il est assis. Il se pourrait que
seules les quelques metres carres occupes alors par Yaakov devienne
l’heritage de sa descendance?! Bien maigre promesse! Palliant cette difficulte,
le Talmud nous dit que Yaakov est, en fait, a ce moment precis, assis sur
la totalite de la Terre d’Israel venue se compacter sous lui. Ainsi, la promesse
divine concerne bien l’entiere superficie d’Israel.
Mais, au dela du
Pshat, nos Sages ont voulu faire passer un message. A nouveau, nous
n’avons aucunement la velleite de percer l’entiere signification pensee par les
Maitres du Talmud, mais proposer quelques reflexions engendrees par la lecture
de ce midrash.
Se degage de ce
midrash une idee d’humilite de la part de la terre. Elle sait se faire
petite, rester a sa place a l’ombre du Tsaddik Yaakov.
Or, il est interessant de
remarquer que la notion d’humilite est
liee a la Terre d’Israel en d’autres endroits de la litterature
Rabbinique.
Le Rav A.I Kook
zatsal, est l’auteur, entre autre, d’un livre de morale: Moussar
Avih’a. Ce livre est decoupe en chapitres quand chaque chapitre traite d’une
midah, d’un trait de caractere.
Au chapitre consacre a
l’orgueil, le Rav ecrit “Celui qui est veritablement attache a la Terre
d’Israel, meritera de se debarasser de tout orgueil”
Bien des considerations
ethiques pourraient etre developpees autour de cet enseignement:
-
Etre constament dependant de la pluie n’est il pas un “coup de
fouet” a l’illusion la toute-puissance humaine?
-
De meme, la “foi humble” a laquelle est “reduit” l’homme
d’Israel pendant l’annee de Shmita.
-
La Torah nous met constamment en garde avant l’entrée en
Israel: la force militaire n’assure pas a elle seule la conquete. La Terre se
merite par une moralite. Le leurre
du “koh’I veOtsem Yadi” (“Ma force et la puissance de mon bras”)
est a bannir en ces lieux.
Bien d’autres enseignements pourraient etre cites
pour etayer cette phrase du Rav zatsal.
Mais, ce que je voudrais evoquer ici, est une
experience que nous avons du tous vivre en arrivant ici. Alors qu’en France, on
etait “quelqu’un” de connu, dans sa synagogue, dans sa structure communautaire;
certains etaient animateurs, d’autres dirigeaient des associations, la majorite
d’entre nous avaient une charge “honorofique” –toutes proportions gardees, bien
evidemment!! - dans sa communaute .
L’on arrive en Israel, et l’on se retrouve noye dans la masse.On n’est plus le
Juif parmi les Goyim; ici, tout le monde est Juif! Alors, comment s’affirmer,
comment trouver sa place?
Quelques solutions se presentent: Se recreer un sous-groupe reuni par
certaines affinites (etre actif au CNEF par exemple J
) …
Mais, malgre toutes ces solutions, une donnee reste
entiere: il nous aura fallu, a travers notre Alyah, apprendre l’humilite! Trait
de caractere capital pour vivre le passage!
Il nous reste a lire la fin du commentaire de
Rachi sur le verset cite: “…Et pourquoi la Terre se contracta sous
Yaakov? Pour qu’elle soit plus facile a concquerir par ses enfants”. Si
nous, nous devons passer par le stade de l’humilite, c’est pour que nos enfants
a venir n’aient pas a vivre cette periode de passage et s’ancrent ainsi en Israel de
maniere naturelle (surement auront-ils, alors, la ‘Houtzpa des Sabras!! ).
Benjamin
Sznajder - Technion