D’Alma-Ata à Almaty en passant par Nahalal
Reuven Weinstein se balade, heureux comme un gamin,
dans les rues d’Almaty, l’ex-Alma Alta, capitale du
Kazakhstan. Il est l’un des professeurs d’hébreu du
Kazakhstan venus prendre part à un séminaire sur
l’histoire des Juifs de la région, une riche histoire
malheureusement occultée par des décades de répression
soviétique. Certains de ses collègues ont passé deux jours
en train pour assister à ce séminaire, en compagnie de
délégués de l’Agence Juive. Au programme : de l’hébreu,
une kabbalat Chabbat et un seder de Tou bi-chevat,
le nouvel an des arbres.
Il connait cette ville comme sa poche; il y est arrivé
à l’âge de six ans dans les années trente avec sa famille,
venue d’Irkoutsk en Sibérie. La maison où il vivait enfant
a disparu, mais l’école sur le trottoir d’en face, la gare
aussi, qui le faisait rêver, sont toujours là. " Je jouais
ici, mon chien m’accompagnait à l’école, en face. Là,
c’est la gare d’où mon père est parti pour la guerre. "
Son enthousiasme est contagieux : ses collègues du
séminaire voient littéralement les soldats du contingent
d’Alma-Ata montant dans le train, la division Panfilow qui
s’ébranle en direction du front. Ils voient aussi la jeune
tante de Reuven, 18 ans à peine, se dirigeant vers la gare
accompagnée d’un bon millier de jeunes femmes volontaires.
" Quand elles sont arrivées, un général de l’armée Rouge
les a mis en garde, mais aucune d’elles n’a rebroussé
chemin ", raconte Weinstein.
À douze ans, Weinstein a quitté Alma-Ata, avant de se
joindre à la aliya des jeunes (aliyat Hanoar) et de faire
ses études à l’école agricole de Nahalal. Pendant son
service militaire dans le Nahal (unité pionnière) il va
rencontrer sa future épouse, Tamar. Le jeune couple
s’installe au kibbouts et jusqu’à sa retraite récente,
Reuven Weinstein a travaillé au Service de répression des
fraudes de la police israélienne. Désormais, il peut
s’occuper de ce qu’il aime, s’occuper de l’intégration des
immigrants, et Tamar partage sa passion.
Quand on lui a proposé de partir pour l’Alma-Ata de son
enfance - devenue entretemps Almaty - il ne se tenait plus
de joie, et a emporté avec lui des photos que sa mère
avait cousues dans son manteau quand il avait 12 ans.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, adultes et enfants
de la ville passaient une bonne partie de leur temps à la
gare, pour y découvrir les blessés, ceux qui rentraient du
front, les réfugiés. C’est dans cette gare que se sont
noués ses premiers liens avec le sionisme. Un jour, des
membres du corps enseignant d’Odessa sont descendus du
train. Parmi eux se trouvait le Pr Yaakov Marson, une âme
généreuse partie à la recherche d’enfants juifs à qui il
enseignait gratuitement l’hébreu et le judaïsme.
" Je suis fier de suivre ses pas et d’aider ceux qui sont
restés ici à retourner au judaïsme ", dit Weinstein.
Précisons que 2000 Juifs du Kazakhstan ont immigré en
Israël. Ceux qui vivent dans ce pays suivent des cours
d’hébreu, participent à de nombreuses activités juives
et célèbrent ensemble les fêtes juives.
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