PESSAH VERSION KARAÏTE
Mardi dernier, Nehemia Gordon est allé cueillir des gerbes dorge dans la région de Jéricho. Pour lui, comme pour ses coreligionnaires karaïtes, lorge est le signal du printemps, de la Pâque.
La secte des Karaïtes adhère à la Torah, célèbre la Pâque conformément au commandement biblique (Exode 34, 18): «Observe la fête des azymes: sept jours tu mangeras des azymes, à lépoque du mois de la germination, car cest dans ce mois que tu es sorti dÉgypte.» Selon la doctrine karaïte, le mois de la germination commence quand lorge a mûri.
À la différence du judaïsme rabbinique qui a adopté un calendrier calculé davance sur une période de 19 ans, les débuts des mois hébraïques (Roch hodesh) des Karaïtes, et par voie de conséquence toutes les fêtes du mois, sont basés sur la nouvelle lune. De sorte que la date du Seder de Pessah peut différer de plusieurs jours, voire dun mois, par rapport à la date fixée par le calendrier rabbinique. Chose qui ne sest pas produite depuis longtemps, précise Magdi Shmuel, dirigeant karaïte dAshdod.
Le karaïsme est depuis le VIIIe siècle de lère chrétienne à Babylone, une secte dissidente du judaïsme sous la direction dAnan ben David. Les dirigeants musulmans de lépoque autorisèrent ce groupe à pratiquer librement leurs rites et le groupe sintitula Bnei Mikra (littéralement «Fils des Écritures») avant dadopter le nom de Karaïtes.
Aujourdhui très clairsemés, les Karaïtes étaient autrefois nombreux en Russie, Irak, Turquie et Égypte. Au Moyen-Age, ils atteignaient dans certaines régions presque la moitié de la population juive. Les 25 000 Karaïtes vivant actuellement en Israël sont en général originaires dÉgypte et dIrak.
Comme tous les Juifs du monde, ils célèbrent la Pâque par un Seder comprenant la lecture de la Haggadah. Mais leur Haggadah - qui comporte deux versions, la version «égyptienne» abrégée et la version «russe» plus ancienne - cite des versets des Psaumes et dautres livres de la Bible pour raconter lExode, et est entremêlée dexplications et de bénédictions.
Leur repas du Seder est agrémenté des denrées évoquées dans la Bible: agneau, matsa et maror (herbes amères), mais sans plateau garni duf et de harosset. Les quatre verres traditionnels de vin sont remplacés par du jus de raisin non fermenté, les Karaïtes se refusant à manger tout aliment ayant subi un processus de fermentation, y compris les fromages.
Aux États-Unis, la communauté karaïte (1200 membres) vit essentiellement à San Francisco. On trouve également de nos jours de minuscules communautés à Istanbul et au Caire. Comme le yom tov sheni shel galouyot - jour additionnel observé par les Juifs de Diaspora rappelant les difficultés de communication dans lAntiquité et au Moyen-Age - résulte dune décision rabbinique, les Karaïtes de létranger observent à Pessah sept jours de fête seulement, à linstar des Juifs israéliens.
Si les Karaïtes se refusent à observer la Loi orale - cest à dire la Michna et le Talmud - et lautorité rabbinique, ils partagent toutefois les dogmes fondamentaux du judaïsme rabbinique: le monothéisme, la Révélation et lattente du Messie. Pour Nehemia Gordon, étudiant de maîtrise à lUniversité hébraïque de Jérusalem, issu dune famille orthodoxe de Chicago et qui se définit comme «baal tchouva karaïte», «les Karaïtes sont convaincus que chaque Juif a lobligation détudier la Torah et de décider seul de linterprétation à donner aux commandements divins, selon sa conscience.»
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DES ATELIERS SUR PESSAH
La semaine dernière, une trentaine dimmigrantes ont participé au premier atelier sur Pessah organisé au Centre dintégration Beit Canada de lAgence Juive à Ashdod. Nombreuses étaient celles, surtout parmi les immigrantes originaires de la CEI, qui entendaient pour la première fois de leur vie parler de cette fête.
«Nous tentons de leur enseigner le judaïsme en les distrayant, tout en facilitant leur intégration», déclare Dina Shalvi, responsable culturelle du Centre. Les ateliers sont animés par Ella Kaminsky, chanteuse et comédienne qui a quitté Kiev pour Israël il y a neuf ans et souhaite devenir chantre du mouvement réformé. La première séance de latelier a été consacrée au nettoyage de Pâque et au rituel de la fête. Les autres rencontres seront focalisées sur lart et lartisanat liés à cette fête: notamment la fabrication de napperons pour recouvrir les matsot et la préparation des mets traditionnels.
Cet atelier sinscrit dans une série de rencontres sur les principes et les rites fondamentaux du judaïsme. «Le rôle de la femme est essentiel, cest elle qui enseigne le patrimoine juif à ses enfants, elle qui prépare le chabbat et les fêtes», ajoute Dina Shalvi.
Le Centre dintégration dAshdod organise également des ateliers sur lidentité juive destinés aux quelque 200 enfants et adolescents qui y sont hébergés. Les plus jeunes sont chargés du nettoyage à fond de leur salle de réunion et apprennent à lire une Haggadah illustrée. On y apprend aussi à brûler le hamets et à cuire des matsot. Puis cest un modèle de seder pour le plus grand plaisir des participants, et avec lintervention active des cordons bleus du Centre, qui échangent les recettes juives traditionnelles de Pessah.
Dans cette édition:
Dans cette édition de votre Agenda, nous avons choisi de vous livrer une recette traditionnelle des Juifs du Maroc:
POISSON EN SAUCE ROUGE
Ingrédients
deux mulets
trois poivrons rouges
un piment piquant
cinq gousses dail
1/2 botte de coriandre
1/2 verre dhuile
deux cuillerées à soupe de paprika
du sel
Préparation
Lever les filets des poissons et les placer dans une poêle.
Couper les poivrons rouges en lamelles et ciseler le piment.
Disposer lail et la coriandre hachée sur le poisson, verser lhuile, un peu deau et assaisonner.
Mettre à feu vif quelques minutes et réduire la flamme jusquà la cuisson du poisson.
BON APPETIT!
Beteavon!
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