Pourim à travers le monde
Ce lundi soir, les Juifs du monde entier vont se rendre à la synagogue, lire le Livre d’Esther (la Meguilla) et célébrer la fête de Pourim. Fête joyeuse du calendrier juif, Pourim est marqué le 14 Adar, par l’échange de friandises et de pâtisseries, de dons aux pauvres et de déguisements. Les années embolismiques comme celle-ci, un mois supplémentaire est ajouté au calendrier, Adar II. Dans les villes entourées de remparts, comme à Jérusalem, la fête est célébrée le 15 Adar, jour de Shoushan Pourim.
Le Centre pédagogique du Département de l’éducation de l’Agence Juive nous a communiqué les détails suivants concernant la manière dont Pourim est célébré dans les diverses communautés juives du monde, celles d’hier et celles d’aujourd’hui.
En Perse, pour commencer, puisque c’est dans l’Empire perse que les Juifs célébrèrent pour la première fois leur victoire providentielle sur Aman , le grand vizir d’Assuérus, qui après avoir lancé ses dès, fomentait leur perte le 13ème jour du mois de Adar. Pour commémorer ce pour («tirage au sort» en accadien), les enfants préparaient une effigie d’Aman qu’ils revêtaient de vêtements bourrés de poudre à canon, la pendaient à un gibet érigé dans la cour de leur maison et l’incendiaient.
En Afghanistan, les enfants dessinaient des effigies d’Aman sur du papier et du carton et les piétinaient pendant la lecture de la Meguillah. Ils se servaient aussi de socques de bois qui, tapées les unes contre les autres, faisaient un bruit d’enfer.
A Boukhara, il neigeait à Pourim. Alors on faisait un grand bonhomme de neige incarnant Aman près de la synagogue, dont le torse était déformé, les jambes décharnées et la tête éléphantesque: deux morceaux de charbon pour les yeux, une carotte pour le nez et un peu de betterave pour la bouche et le tour était joué. La chaîne «dorée» en pelures de pastèque qui pendait sur le ventre du bonhomme symbolisait les fonctions élevées d’Aman. Sur la tête était placée un vieux pot. Après le repas de fête, la communauté se réunissait autour d’Aman, allumait un grand bûcher et tous attendaient en chœur la fonte du bonhomme de neige.
Dans le Caucase, les femmes fabriquaient du charbon de bois dans leur cuisine. De retour de hommes de la synagogue et de la lecture de la Meguillah, les hommes les interrogeaient sur la nature de ces charbons. Elles devaient alors répondre «Aman », à quoi les hommes rétorquaient «Brûle-le» et les femmes les jetaient dans l’âtre.
En Égypte, les jeunes garçons chevauchaient à Pourim des chevaux, des ânes et des chameaux pour parcourir les venelles des quartiers juifs, commémorant ainsi le verset: «[...] Il le promena à cheval par la grande place de la ville, en s’écriant devant lui: ‘Voilà ce qui se fait pour l’homme que le roi veut honorer!’» (Esther VI, 11).
En Libye, les enfants jetaient au feu une effigie d’Aman, chacun s’efforçant de sauter le plus haut qu’il pouvait au-dessus du bûcher.
En Tunisie aussi on brûlait l’effigie d’Aman. Les tout-petits confectionnaient des effigies d’Aman en papier tandis que les plus grands en faisaient de grandes à l’aide de chiffons, de vieux vêtements et de paille. Les Juifs de la ville se réunissaient non loin de l’école où un bûcher avait été préparé. Les enfants jetaient leurs effigies de papier ou de chiffons dans le feu, les battant à l’aide de bâtons spéciaux préparés pour la circonstance jusqu’à ce que le feu les consume. Après quoi, du sel et du soufre étaient jetés dans les braises aux cris de «Longue vie à Mardochée», «Maudit soit Aman », «Bénie soit Esther », «Maudite soit Zerech».
En Algérie, les enfants allumaient des cierges pendant le repas de fête.
Au Yémen, avant Pourim, les enfants nouaient en croix des bâtons, les recouvraient et criaient de toutes leurs forces «Aman le méchant». Un dicton juif yéménite évoque d’ailleurs cette coutume ancestrale. Dans la ville yéménite de Asaddeh, on fabriquait une grande effigie d’Aman en chiffons, on la plaçait sur un âne et les enfants la promenaient de maison en maison. Chacun ouvrait sa porte, donnait des friandises aux enfants tout en crachant et en jetant des seaux d’eau sale sur l’effigie d’Aman .
Dans certaines localités yéménites, les enfants hissaient un épouvantail sur une charrette tirée par un cheval. Deux perles de verroterie servaient d’yeux, une barbe était fixée à son menton et on le revêtait de vêtements de couleur vive. Les enfants précédaient la charrette en criant «Voilà ce qui se fait pour le méchant Aman». La veille de Pourim, Aman était pendu à un arbre dans la cour de la synagogue, les enfants lui jetaient des pierres jusqu’à ce qu’il ne restât de lui que les deux bâtons croisés qui étaient alors jetés au feu. Les participants ne s’en allaient que quand il ne restait plus que des cendres et de la poussière.
A Salonique, des gâteaux d’Aman étaient préparés la veille du Chabbat Zekhor et placés sur les rebords des fenêtres jusqu’au repas de fête. On les découpait alors symboliquement en tranches et on les dévorait.
En France, les enfants ramassaient de petites pierres lisses sur lesquelles ils inscrivaient le nom d’Aman, qu’ils jetaient en chœur pendant la lecture de la Meguillah à chaque fois qu’était mentionné le nom d’Aman, conformément au verset biblique «Tu effaceras la mémoire d’Amalek...» (Deutéronome XXV,19).
En Italie, les enfants se séparaient en deux groupes qui se lançaient des noix. Les adultes parcouraient les rues de la ville montés sur des chevaux et tenant en main des branches de cyprès, plaçaient une effigie d’Aman sur un promontoire et l’encerclaient au son des trompettes.
En Allemagne, la veille de Pourim, on allumait des torches contenant de la poudre à canon. Pendant la lecture de la Meguillah, les torches explosaient en faisant un bruit assourdissant. Dans une ville allemande, deux bougies étaient allumées à la synagogue, l’une intitulée Aman, l’autre Zerech (la femme d’Aman) et on les laissait brûler jusqu’au bout en signe de vengeance contre les ennemis d’Israël. On préparait aussi des gâteaux en forme de pantins qu’on appelait «Aman» et que les enfants dévoraient en commençant par la tête.
Dans cette édition:
LA RECETTE DE LA SEMAINE
«Oreilles d’Aman» (Hamantaschen) aux noix ou aux dattes
Pour la pâte:
3 verres de farine
200 g de margarine
4 jaunes d’œufs
1/2 verre de lait
1/4 de verre de sucre glace
Pour la farce aux noix:
150 g de noix concassées
50 g de pignons
1/2 jaune d’œuf
1/4 de verre d’eau
1/2 verre de sucre
2 cuillerées à soupe de miel
Pour la farce aux dattes:
250 g de dattes écrasées
1/4 de verre d’eau
50 g de noix concassées
de la cannelle
Mélanger tous les ingrédients de la pâte jusqu’à l’obtention d’une pâte ferme et lisse. Mélanger tous les ingrédients de la farce choisie; pour celle aux dattes, faire cuire à petit feu les ingrédients à l’exception des noix. Laisser refroidir. Abaisser la pâte à une épaisseur de trois millimètres. Y découper des rondelles de 6 à 8 cm de diamètre. Déposer la farce avec une cuillère à café au centre de chaque rondelle de pâte et former trois triangles de pâte au-dessus de la farce. Mettre à four moyen 25 à 30 minutes. Laisser refroidir avant de saupoudrer de sucre glace. Conserver dans une boîte métallique de préférence.
BON APPETIT!
Beteavon!
Dans cette édition: